Rémy Démoly

 

Périodes d'histoire en Franche-Comté

 

Généalogie des Démoly - De Moly - Demolys - etc...

Rémy Démoly - Périodes d'Histoire en Franche Comté

 

CORNEILLE (Auteur Reynald BAILLY 1995).

 

          Voici quelques 43 années, j’épousais une demoiselle CORNEILLE, ce jour là, par un Oui solennel, elle perdait à la fois son ‘’titre’’ de demoiselle mais aussi son nom pour devenir Madame BAILLY.

 

          Il en est ainsi depuis des siècles, c’est dire combien de noms sont passés à la trappe de l’oubli, alors qu’ils étaient des nôtres. Une généalogie c’est sauver un peu de ce patrimoine aussi je n’aurais pas voulu que celui de mon épouse ne soient pas connu. C’est avec la même ardeur que j’ai cherché à connaître génération après génération les couples ascendants de mon épouse.

 

          Pour la présentation, dans un souci de clarté j’ai conservé le même découpage à partir des grands-parents :

 

Voici la première des quatre ascendances à partir du grand-père paternel : Henri Alfred Philomène CORNEILLE, né en 1865, marié à Célina MAIROT, en deuxième noce à Louise GENRE-GRANDPIERRE. Il est décédé à Besançon en 1931. Nous allons remonter le temps sur sept générations à partir de ce grand-père, neuf à partir de mon épouse. L’on verra que nombre de quartiers d’ascendance se perdent chez nos voisins Helvètes et ce n’est pas la moindre des découvertes. Je vous souhaite un bien agréable cheminement à travers cette généalogie des CORNEILLE.

 

Le Patronyme.

 

          Le processus de formation des noms est on ne peut plus simple. Il nous faut cependant remonter au XI° et XII° siècle pour voir le nom d’un des membres de la famille, généralement le chef du feu, servir à dénommer tous les membres de la famille. Ce nom devient dès lors héréditaire. Pour comprendre le sens et la valeur de ces noms, il faudrait connaître le contexte général de l’époque à laquelle ils ont été formés et ce n’est pas simple. Cependant tous ces noms ont un secret qui a fait qu’un jour un de nos lointains ancêtre, reçu ce nom, ce surnom ou ce sobriquet avant de nous le transmettre.

 

          Arrêtons-nous à ces derniers. Ces surnoms étaient formés par analogie aux animaux, aux oiseaux domestiques ou sauvages, très familiers de nos ancêtres ruraux et qui représentaient à leurs yeux une qualité, un défaut ou une particularité dont le porteur pouvait s’identifier. C’est le cas dans cette ascendance de nos CHEVAL qui était symbole de force et de vitesse d’où sans doute une des qualités de nos ascendants. C’est le cas aussi de nos DOSDANE qui peut avoir son origine dans un homme particulièrement robuste ou peut-être bossu.

 

          Alors nos CORNEILLE, analogie avec l’oiseau ??? Y trouverions-nous un homme bavard ou braillard ???

 

          C’est effectivement ce qui vient à l’esprit et cependant le nom corneille donné à cet oiseau de la même famille que le corbeau n’a son origine que bien après la formation des noms. C’est dire qu’il y a peu de chance d’attribuer l’origine du patronyme CORNEILLE par l’analogie à l’oiseau.

 

           Il nous faut donc rechercher une autre origine, qui pourrait être un nom de baptême. En effet, depuis l’antiquité les hommes étaient baptisés sous des noms religieux, d’action de grâce, ou sous des noms de saints latins, grecs ou germaniques. Or justement CORNEILLE pourrait avoir comme origine ce vieux nom de baptême latin du saint CORNELIUS, devenu nom de famille au même titre que les CORNILLE, CORNILLON et autres CORNILLET*.

 

  • On trouve des CORNILLON dans la Drôme, le Gard, l’Isère. Des CORNEIL dans l’Eure, des CORNEILLÉ en Ile et Vilaine, CORNEILLON dans le Gers, CORNEILLAN dans l’Hérault, CORNEILLE dans l’Oise et le Val d’Oise.

 

          Il s’agit d’un nom très ancien et connu aussi hors de nos frontières puisqu’on en trouve en Allemagne, en Hollande, en Italie… On peut même rappeler qu’au III° siècle, un pape Romain du nom de CORNEILLE fut élu. Plus près de nous, nous ne pouvons passer sous silence le plus connu, Pierre CORNEILLE, qui est avec MOLIÈRE, l’homme qui aura le plus marqué l’art classique du Théâtre Français. Il est né à Rouen en 1606, décédé en 1684, fils d’avocat. Il n’a donc rien à voir avec notre famille qui, à cette époque se débattait dans la pauvreté rurale du Val de Morteau. Ce Pierre CORNEILLE est le plus connu mais il y eu aussi son frère poète célèbre, ainsi que des peintres et des graveurs qui ont marqué leur époque.

 

          Et les nôtres ? Le plus ancien retrouvé, décédé en 1693 à Frambouhans est dit ‘’originaire de Mortau’’. Hors justement dès 1399, dans le val de Morteau on y trouve des familles ‘’CORNOILLE’’ qui sembleraient même être le point de départ de notre ascendance. Ceci, bien évidemment donnerait une autre orientation à l’origine de notre patronyme, puisant, cette fois sa source à partir de l’arbre ‘’le cornouiller’’ et de subir ensuite une déformation orthographique.

 

          Alors c’est peut-être par la recherche des porteurs actuels du patronyme CORNEILLE que nous pourrons situer géographiquement l’origine en France.

 

          Cette recherche a permis de répertorier : 449 foyers portant le nom de CORNEILLE, 81 départements sont concernés, 16 départements où ce patronyme est absent. À ces 499 foyers en y ajoutant les 20% habituels de foyers non répertoriés pour raisons diverses, la conclusion est sans appel, le patronyme CORNEILLE fait partie des peu répandus avec un département sur six où il n’existe pas. Pour l’ensemble de la France on peut estimer à environ 1.500 personnes porteuses du patronyme en données corrigées et à raison d’une moyenne de deux et demi personnes par foyer (les BAILLY son environs 22.000).

 

          La surprise vient de notre département du Doubs qui est de loin celui où l’on trouve le plus grand nombre de porteurs du patronyme avec 53 foyers représentant 12% du total de l’ensemble des porteurs. Vient ensuite les Ardennes 25 foyers, L’Hérault 22 foyers, la Marne, 16 foyers, l’Indre et Loire 15 foyers. L’autre surprise viendra certainement de savoir qu’il y a 21 foyers CORNEILLE en Guadeloupe, 3 en Martinique et 2 en Guyane (à Cayenne), aucun à la Réunion.

 

Il y a en France, 17 départements avec un seul abonné et seulement 24 départements ont plus de 5 foyers CORNEILLE répertoriés. On est surpris de découvrir qu’il y a moins de CORNEILLE dans des villes comme Lyon ou Marseille qu’à Maîche (Doubs). Autre constat, dans la ‘’patrie’’ de Pierre CORNEILLE, en Seine-Maritime, il n’y a que trois foyers porteurs de ce patronyme.

 

          La constatation s’impose, le département du Doubs est de loin celui qui a sur son sol le plus grand nombre de CORNEILLE. Cependant la toute relative importance du patronyme dans ce département ne signifie nullement une migration à partir de cette région puisque les départements limitrophes ont peu de foyers porteurs de ce patronyme ; seulement deux en Haute-Saône, aucun dans le Jura, neuf dans le territoire de Belfort.

 

          Attachés à leur terre par nécessité plus que par intérêt au fil des générations les CORNEILLE, se sont dispersés, abandonnant pour la plupart le travail de la terre, sans pourtant pour la grande majorité quitter le Doubs. Morteau ou plutôt le Val de Morteau pourrait être le point de départ de notre ascendance CORNEILLE, cependant les CORNEILLE y furent peu nombreux et il n’y en aurait aucun aujourd’hui ? Par contre à Frambouhans, les CORNEILLE de notre ascendance furent nombreux sur plusieurs générations et il y a encore aujourd’hui deux familles. C’est à Maîche avec sept abonnés où l’on compte le plus de CORNEILLE suivi de St Hyppolyte avec six et Besançon quatre. L’ensemble des 53 abonnés du département du Doubs sont répartis dans 10 communes. Un nombre de porteurs aussi faible pour une région aussi étendue n’est peut-être que l’essaimage après 8 ou 10 générations de la descendance d’une seule famille.

 

          Et si c’était justement de celle originaire de Morteau dont il est question dans cette présente ascendance : tous les CORNEILLE qui nous entourent seraient alors COUSINS ???. Mortau est l'ancienne orthographe toponymique de Morteau dans le Doubs avant 1693.

 

          Considérer le point de départ de l'ascendance CORNEILLE comme étant de Frambouhans est à la fois vrai et faux :

- Vrai car cette ascendance est clairement établie depuis ce lieu avec comme points de repère précis l'acte de mariage de Jacques et la naissance de ses enfants.

- Faux, parce que ce serait oublier que ce même Jacques est dit "originaire de Mortau" et son père Claude, décédé à Frambouhans, était lui aussi comme précisé sur l'acte de décès "originaire de Mortau" ce qui ne signifie par forcément qu'y y soit né. Notre curiosité nous pousse à rechercher quelle pouvait être en cette fin du 17° siècle l'implantation des CORNEILLE dans cette paroisse de Mortau. Ce n'est assurément pas facile car les registres les plus anciens qui nous soient parvenus, y sont de 1711, avec une lacune importante de 1723 à 1737. Le registre en latin est heureusement bien conservé et bien écrit. Les actes sont nombreux, ce qui prouve que cette paroisse avec les hameaux et les nombreuses fermes en "écart" qui y étaient rattachés avaient une population non négligeable. En 1749, il y avait 238 feux, ce qui se traduit par un bon millier d'habitants. Pour avoir une idée de leur implantation, compulsons, avec patience, le registre paroissial à la recherche des baptêmes, mariages et sépultures ayant pour patronyme CORNEILLE.

 

          Sur une période de 9 ans, 1711 à 1720 inclus, il n'y a que 3 mariages :

Le 04.11.1719 TOURNIER Louis et Françoise CORNEILLE,

Le 16.11.1719 RICHARD François et Jeanne Antide CORNEILLE,

Le 15.04.1720, CORNEILLE François et Catherine MIOTTE (de Mortau.

nota : les parents de Louis TOURNIER, de Lièvremont, sont Louis, père et Antonia (en latin) CORNEILLE, dite de Mortau. Si on considère que cette Antonia avait 40 ans au mariage de son fils, elle serait née avant 1679.

          On peut supposer que ces 3 mariages soient probablement ceux de CORNEILLE, frères et sœurs. Sur la période de 10 ans qui suit, il n'y a pas d'autres actes.

         En poursuivant les recherches uniquement sur les décès, on en trouve un seul durant les années 1721-22-23 : CORNEILLE François Antoine, âgé d'environ 60 ans, de Mortau. Ce François, né vers 1661, est-il un frère à notre Jacques ? C'est-à-dire un fils de Claude qui n'aurait pas suivi la famille lors du départ vers Frambouhans ? Pas impossible mais il ne s'agit là que d'une supposition. En 1750, le patronyme est encore cité dans les registres paroissiaux mais aujourd'hui, il en serait disparu.

          Cependant, le berceau des CORNEILLE se situerait au hameau des Suchaux, village des Fins, un des cinq quartiers du Val de Morteau sous l'ancien Régime. On y trouve la famille CORNEILLE sans interruption depuis les origines jusqu'à la guerre de dix ans : en 1399, on note la présence d'un Prétot CORNOILLE, en 1434, celle d'un Jehan CORNOILLE. En 1510, la seigneurie de Beaumont possédait "1/2 soiture de prél" à Grand Fontaine que tenait Guillaume et Anne CORNEILLE, de Morteau.

          À partir de 1500, ce sont des CORNEILLE : Girard, Estevenin, Huguenin, Jehan et d'autres. En 1632 : Antoine, Claude, Jehan, David, Germain etc... Concernant Antoine CORNEILLE, nous trouvons sur les registres paroissiaux de Morteau 4 naissances toutes aux Suchaux :

- Le 27.05.1641 : Étiennette, avec pour parrain Jacques MILLAUX, des Suchaux et pour marraine Étiennette CORNEILLE,

- Le 26.06.1644 : Georges avec pour parrain Georges PARROZ, des Suchaux et pour marraine Clauda PERRIN,

- Le 21.09.1645 : Claude avec pour parrain Claude MARION, des Suchaux et pour marraine Rose JEANPERRIN, procuration d'Henriette PERRIN.

- Le 18.10.1645 : Philippine avec pour parrain Antoine LANDRI, des Suchaux et pour marraine Philippine MADUR.

          Alors, ce Claude CORNEILLE, né en 1645, pourrait être notre Claude, décédé à Frambouhans en 1693 "assez avancé en âge, originaire de Mortau" ? Dans ce cas, "avancé en âge" serait 48 ans ! Bien entendu notre vision actuelle ne corresponda pas à cette constation faite par le curé, mais à cette époque, l'approche de la cinquantaine avait déjà bien marqué son homme... N'oublions pas que son épouse, née vers 1640

 avait en 1693, environ 53 ans ! Alors ? ... Ce Claude serait-il notre ascendant et Antoine CORNEILLE/Anne PERRIN (ou PERROZ), ses parents seraient dans notre ascendance, nés de toute évidence avant 1620 ? 

          D'autre part, nous avons 3 naissances d'une Étiennette CORNEILLE, des Fenelots, dont le mari est Claude FEVRE :

- Le 15.08.1641 : Jacques avec pour parrain Jacques BRAILLARD - MILLAUD et pour marraine Clauda VUILLAUME - GINDOT,

- Le 02.05.1645 : Claude avec pour parrain Claude FRESCHOT, des Fenelots et pour marraine Claude FEVRE,

- Le 01.04.1646 : Jean avec pour parrain Jean VUILLAUME, des Fénelots et pour marraine Françoise CUENOT.

 

 

 

       

         

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