|
Les
Bassot de Voray sur l'Ognon (Haute-Saône)
(Avec
l'aimable autorisation de Mr. François Lassus)
Bassot,
chirurgiens
Extrait de : Vivre à Voray, un village
comtois à travers les siècles : notes historiques.
éditions Folklore comtois, 2003.
Auteur François LASSUS
La plupart des bourgs ruraux d’une importance même relative
avait un maître chirurgien : Voray ne fait pas exception et
on peut citer quelques personnages ayant exercé les
fonctions qui sont dévolues aujourd’hui au médecin, mais
s’étendent plus largement au soin quotidien des gens et des
bêtes. Christophe Latour, dont la famille s’agrandit de 1690
à 1708, mais disparaît alors de notre documentation, ou
encore plusieurs membres de la famille Morel. Trois
Jean-François Morel se succèdent à Voray, dès 1703, 1734 et
1779, tandis que d’autres enfants exercent le métier à
Besançon — Gaston Coindre évoque ces médecins installés rue
Moncey dans la seconde moitié du XIXe siècle — où la même
famille avait déjà fourni une branche au XVIe siècle.
Les Bassot, comme les Morel, forment une dynastie de
chirurgiens. Pierre-Antide Bassot, dont la mère est
voraysienne, s’installe rue de la Chapelle dans les
dernières années du XVIIIe siècle, venu d’Authoison dans les
années 1780 ; son grand-père et son oncle avaient exercé le
même métier à Rigney, son père s’était fixé à Authoison où
il est mort en 1757. La famille Bassot est connue par les
études publiées par le docteur Ledoux, reprises ici : la
première sur l’histoire des chirurgiens, la seconde à propos
d’un livre de remèdes.
Le « chirurgien » de la fin du XVIIIe siècle est appelé «
officier de santé » dans les premières années du siècle
suivant ; il est bien le prédécesseur de nos médecins de
campagne. Quand il meurt accidentellement en 1842, le neveu
Bassot est regretté par la population.
Le chirurgien ou le médecin ne sont pas les seuls à se
pencher sur la santé de leurs contemporains : il y eut
également un barbier-perruquier à Voray, à même de prodiguer
les soins les plus banals : Jean-Claude Chevrolet exerce ce
métier de 1788 à 1802.
Sauf indication contraire, les citations
sont tirées des articles du docteur Ledoux : “‘Une famille
de chirurgiens franc-comtois : les Bassot”, Revue médicale
de Franche-Comté, n° 2 (février 1910), p. 23-30. “Le Livre
de secrets de Gengulphe Bassot, maître chirurgien…”,
Mémoires de la Société d'émulation du Doubs, 1927. Les
papiers que le docteur Ledoux a utilisés ont été donnés par
lui à la Bibliothèque municipale de Besançon (manuscrits,
fonds général, ms 1373 et 1374, cours d’études, et 1709,
papiers familiaux), où ils peuvent être consultés.
Les
Bassot, chirurgiens franc-comtois

Le docteur Ledoux a voulu rapporter « les souvenirs de toute
une famille de médecins franc-comtois ».
« Les papiers de Bassot — qui de grand-père à petit-fils et
d'oncle en neveu furent chirurgiens — ne contiennent rien
cependant de particulièrement mémorable : des carnets de
route, registres d'étapes et de pérégrinations (car certains
de ces pauvres maîtres chirurgiens furent de grands
voyageurs), des certificats de stage aux hôpitaux et aux
armées, des lettres de famille, d'autres correspondances, la
copie de quelques traités de médecine, voilà tout ce qui
constituait ces archives de famille pieusement serrées.»
Quelques recherches complémentaires font apparaître non pas
sept chirurgiens appartenant à cette famille, mais plus
d’une douzaine, tous descendants de François Bassot,
chirurgien royal et juré. Il était originaire de Sirod, dans
le Jura, et s’installe à Rigney où naissent ses enfants :
Jean-Baptiste en 1710, Gengulphe en 1712… Le premier succède
à son père dans le même village, et ne semble pas y laisser
de postérité; le second s’installe à Authoison.
A François, ou un autre Bassot de sa
génération, on peut attribuer la rédaction (ou la copie ?)
d’un curieux journal de bord et de marche qui commence le 14
juin 1717 et finit en 1738, malheureusement anonyme : Les
voyages que le sieur [espace laissé en blanc] a fait, tant
par mer que par terre. « Le voyageur anonyme avait en tous
cas le pied aussi poudreux que marin. Il note au jour le
jour les étapes de ses randonnées. Partant de Besançon le 14
juin 1717, il arrive à Ulm (qu'il orthographie Oulme) le 26
du même mois, il continue sa route sur Vienne, Belgrade,
revient à Vienne, descend en Italie ; voit Modane, Parme,
Plaisance, Gênes, s'embarque pour Barcelone, traverse la
Catalogne, arrive à Pampelune, Lerida, Tortosa, en 1719,
redescend à Valence, Alicante ; arrive à Marseille en 1720
et s'embarque quelques jours
après pour la Sicile, Candie, l'Egypte, revient à Malte,
Messine, Smyrne, Toulon. A peine touchet-il au port que
c'est pour repartir et continuer pendant près de vingt ans
cet extraordinaire chassé-croisé a travers la Méditerranée,
les péninsules, les archipels.
» De ces voyages l'auteur donne peu de détails.
Une tempête, par-ci par-là, motive
quelques lignes. En 1729 — c'est le grand événement de ses
croisières — son vaisseau rencontre un corsaire tripolitain,
lui donne la chasse, lance quelques bordées de canon et de
mousqueterie, l'aborde, blesse 6 hommes et fait prisonniers
422 turcs et 5 femmes. »
Grand voyageur fut aussi Hugues Bassot
qui était, en 1758, chirurgien au Fort de Louisbourg au
Canada ; un peu plus tard, toujours en 1758 on le retrouve à
la Rochelle puis à Rochefort. Aucun document ne permet
cependant de rattacher ce personnage à la famille
franc-comtoise ; chronologiquement, il pourrait être un fils
de François.
Gengulphe Bassot exerce son état dès 1740
et y meurt le 31 janvier 1757. Sa femme, dont un frère était
fixé à Voray (Adrien Berthet habitait la maison en face de
la place, isolée entre la rue des Jardins et un trage),
meurt trois jours après lui, le 3 février, et les enfants
(du moins les plus jeunes) rejoignent leur oncle à Rigney.
Pierre-Antide I Bassot, a` Voray L’aîné des garçons Pierre-Antide
(ou plus simplement Antide) est alors âgé de 15 ans : il
s’engage
vers la vie professionnelle. « […] Continuant la tradition
(petit-fils, fils et
neveu de maîtres chirurgiens, il avait de qui tenir),
Pierre-Antide se destinait à la chirurgie […] ; il vint se
perfectionner à Besançon. Il y était attiré par la renommée
du collège des maîtres chirurgiens de Besançon. Avant la
fondation de l'Ecole de Médecine — qui fut instituée par
lettres patentes du 20 janvier 1773 — les futurs
démonstrateurs royaux donnaient déjà un enseignement
hautement apprécié. Parmi les chirurgiens réputés de
l'hôpital de Besançon, Jacques-Philippe Jussy était
certainement le maître dont Antide Gengulphe Bassot, a`
Authoison G e n g u l p h e pratiqua donc son art à
Authoison. Son prénom, oublié, n’est pourtant pas rare
: saint Gengulphe (ou Gengoul) est, par exemple, le patron
de la paroisse de Tallenay ; c’est un martyr du VIIIe siècle
dont on trouve parfois le nom transformé en Jean-Gulphe,
comme dans l’acte de baptême de Bassot : en latin Johannes
Gulfus. Le docteur Ledoux écrit partout Gengolphe. A
Authoison, Bassot, chirurgiens…

|
Certificat de bonne vie et moeurs.
« Nous Pierre Marlet, notaire royal
demeurant à Rigney, en Franche-Comté,
juridiction du bailliage de Vesoul où le
papier timbré n’est point en usage, juge
audit Rigney pour la seigneurie de Munan
et autres juridictions, certifions à
tous qu’il appartiendra que le sieur
Pierre Antide Bassot, chirurgien dudit
Rigney, y demeurant, est de bonne vie et
moeurs, et de la religion catholique,
apostolique et romaine, la professant et
fréquentant les sacremens, né de bonnes
parentés dont le feu sieur François
Bassot, vivant dudit Rigney, son ayeul,
estoit chirurgien royal et juré, le feu
sieur Gengulphe Bassot, son père, aussy
maître chirurgien royal juré, et le
sieur Jean Baptiste Bassot, son oncle,
aussy maître chirurgien royal juré, et
pratiquant avec honneur son art.
Pourquoy nous prion tous ceux qui sont à
prier de laisser librement passer, et
repasser ledit Pierre Antide Bassot,
auquel nous avons accordé notre présent
certificat pour lui valloir et servir à
la part qu’il trouvera convenir, et y
avons fait apposer le cachet de nos
armes. Fait audit Rigney le sept avril
mil sept cent soixante un. [Signé] P.
Marlet notaire.» Je, soussigné, prêtre
et curé de Rigney, diocèse de Besançon,
certifie que le contenu au certificat
présent est véritable en tous ses
articles. Donné à la maison curiale le
sept d’avril 1761. [Signé] J.B. Martin
curé de Rigney, diocèse de Besançon. »
Bibl. mun. de Besançon, ms 1709
|
Bassot désirait devenir le disciple attentif et
fidèle.
» Il passa donc deux années à l'hôpital général
de Besançon. Il y suivit avec assiduité les “
cours en chirurgie ” de 1757 à 1759. »
» [La Bibliothèque municipale de Besançon]
possède le cahier des cours, bien soigneusement
écrits de la main même d'Antide Bassot : un
cours de myologie ou “ discours des muscles ” ;
un cours de physiologie en 10 pages ; le
commencement d'un cours “ d'hygienne ” ; “ un
abrégé des maladies des os ” ; “ un traité de la
saignée pardemandes et réponses ” ; et surtout “
la véritable méthode de traiter les maladies
vénériennes tiréee de plusieurs autheurs de
Besançon, chez le sieur Jussy, très habile et
réputé bon chirurgien ”.
» […] Antide Bassot,
après deux ans d'études à l'hôpital de Besançon
réclama un certificat de Jussy et un certificat
de Sornet “ ancien aidemajor apoticaire des
camps, armées et hopitaux du Roy et maître en la
cite royale de Besançon ” qui lui “ avait donné
les principes de pharmarcie et de botanic et
avait reconnu en lui un fond de sagesse et
d'équité ”.
» Cette louangeuse sanction de deux
bonnes années de travail n'avait pas dû sembler
suffisante à Antide Bassot pour solliciter ses
lettres de chirurgien juré, car nous le
retrouvons, un an plus tard, en qualité de
garçon chirurgien ou élève de chirurgie […] à
Cologne. Pendant 5 mois, nous affirme un
certificat du chirurgien-major Jourdan, |
Antide
Bassot soigna avec assiduité les vénériens des
Recollets. »
L’apprentissage est donc assez long : douze ans
après le commencement de ses études, le 30 mars
1769 — il avait suivi les cours de l’hôpital de
Besançon à l’âge de 15 et 16 ans ! il en a
maintenant 27 — Antide Bassot se présente devant
un jury composé du médecin Boisson, de Genevrey,
maître en chirurgie à Vesoul, et du chirurgien
Richard : il obtient des lettres de maître
chirurgien pour se fixer à Voray. Là, il épousa
Jeanne-Claude Péquignot, et meurt en 1815. Le
couple n’eut pas d’enfant.
Jean-Baptiste
Bassot, à Naisey
Le second fils de Gengulphe Bassot s’installe à
Orsans (Doubs), et pratique à l’abbaye de la
Grâce-Dieu, mais quitte le village à l’automne
1779 pour aller exercer la chirurgie à Naisey,
près de Nancray : il s’y marie en décembre de la
même année en présence de son frère aîné et de
leur oncle Berthet.
La Révolution le voit député de sa commune en
1789, maire, puis premier électeur du canton.
Son Discours… à ses concitoyens, à son retour de
l'Assemblée électorale de son département, le 24
mai 1790 est publié à Besançon chez Couché.
En 1790, il est administrateur du District de
Besançon ; réélu en 1791, il est fait 1er
suppléant au Directoire du département. Mais
Jean-Baptiste Bassot s’est alors fixé à Besançon
: il est en
1793 capitaine-chirurgien à l’hôpital
Saint-Louis (l’hôpital militaire, vers le pont
de Bregille).
« Il y eut à souffrir des haines locales et du
jacobinisme effréné du prince Charles de Hesse.
L'historiographe de ce grand seigneur devenu si
farouchement révolutionnaire, — (il avait mérité
le surnom de général Marat) — M. Chuquet, nous
apprend que le chirurgien Bassot, partageant le
sort de l'apothicaire Baratte, du commis Peley
et du médecin Rognon, fut bel et bien mis à la
porte de l'hôpital […] pour incivisme notoire. »
Jean-Baptiste Bassot est réhabilité en mars 1793
; mais c’est peut-être à la suite de cette
affaire qu’il s’engage, et fait plus tard les
campagnes napoléonniennes : il y meurt en
service, en tant que chirurgien militaire, «
lors de la dernière campagne », lit-on en 1806
dans le dossier de son fils au Service
historique de l’armée de terre.
Ce fils, Denis-Joseph Bassot, né à Naisey à Noël
1788, chirurgien militaire, meurt peu après, à
Bastia le 6 août 1811. |
| |
|
|
Jean-François Bassot, à Chambornay
Jean-François Bassot se marie à
Chassey-lès-Montbozon, mais s’installe comme
chirurgien à Chambornay-lès-Bellevaux.
Ses deux fils sont également chirurgiens et,
guerres de l’Empire obligeant comme de nombreux
jeunes médecins et chirurgiens, ils suivent les
armées dans toute l’Europe : c’est pour eux
l’occasion d’acquérir une solide formation…
Pierre-Antide (le prénom, mal interprété,
devient Aristide dans certains dossiers) est
employé à l' « hôpital des sans-culottes » de
Besançon en 1793 ; il a alors 17 ans. Licencié
en 1800, il part alors à l’Armée du Danube et
plus
aucune trace de lui ne figure dans son dossier
militaire.
Pierre-Gabriel, de moins de deux ans son cadet,
est en service à l'armée du Rhin de 1793 à 1799,
à l'armée du Danube de 1799 à 1806, puis à la
Grande Armée ; on le trouve à Wilsbibourg le 25
juillet 1809 ; à l'Armée d'Espagne en novembre
1812. Fait prisonnier à Fuantes de la Reyna, il
meurt à Valence (Espagne) le 21 9bre 1810, à
l'hôpital militaire. Il était marié et son
adresse civile est à Montbozon.
Pierre-Antide II Bassot, à Rigney
Le dernier fils de Gengulphe avait eu son frère
aîné pour parrain, et porte donc les mêmes
prénoms, à ceci près que, dans la pratique, le
premier est nommé Antide, le second Pierre.
Recueilli à Rigney par son oncle Jean-Baptiste,
il lui succède en 1779. Marié avec une fille de
la paroisse, il a trois enfants en trois ans :
le plus jeune sera aussi chirurgien.
devait plus tard dédier sa thèse — et ceux de
Briot, que l'on considérait alors comme un très
éminent chirurgien. Briot, d'Orchamps-Vennes,
avant d'être chirurgien en chef de l'hôpital
Saint- Jacques, avait pratiqué en 1794 une des
premières résections articulaires. Il s'était,
en effet, spécialisé tout particulièrement dans
la chirurgie osseuse et je possède, écrit par
Joseph Bassot, tout un cahier des leçons de
Briot, en 1803, sur les maladies des os […]. »
Sa carrière, relevée au Service historique de
l’armée de terre, est la suivante : Entré en
service au 101e d'infanterie de ligne ; service
des ambulances de l'expédition de Calabre.
Prisonnier de
guerre en donnant des soins aux blessés lors de
la retraite du 26 juin 1806. Aux ambulances de
l'Armée à Naples, en 1811-1813. Soins aux
blessés du Tyrol. Aux Armées d'Espagne en 1814.
Remplacé pour refus d'acceptation, licencié le
1er 7bre 1814. Officier de santé, chirurgien
aidemajor aux dragons du Rhône en 1816. Après 10
ans 6 mois et 12 jours de services, il se retire
à Voray (Haute-Saône), où il succède à son oncle
Pierre-Antide mort l’année précédente.» Les
chirurgiens militaires, pendant le XVIIIe et au
commencement du XIXe siècle se recrutaient d'une
façon bien simple. Point n'était besoin d'être
docteur, encore moins d'avoir suivi des cours
spéciaux de chirurgie de guerre. Une instruction
générale très rudimentaire, de vagues
connaissances de pathologie, quelques notions de
matière médicale, voilà quel était le bagage
scientifique d'un « officier de santé ».
Quelques-uns, même, avaient une instruction
encore plus modeste. Engagés comme garçon
apothicaire, infirmier, domestique à la suite
d'un régiment ou d'une ambulance, ils recevaient
dans les garnisons, au cours des étapes ou sur
les champs de bataille les leçons de choses de
la vie quotidienne des camps et des hôpitaux et
montaient lentement les échelons hiérarchiques
de la médecine militaire.

» Joseph Bassot, du moins, avait suivi quelques
cours et vu quelques malades à l'hôpital de
Besançon, avant de devenir chirurgien sous-aide.
Il lui restait encore bien des choses à
apprendre. Il se mit de bon coeur au travail.»
Il devait, tout d'abord, compléter son
instruction générale il en avait, certes, un
grand besoin. Il écrivait et parlait en français
de mauvais élève de classe primaire. Je lis dans
un de ses cahiers :» “ Note des voillages que
j'ai fait, avec le nom des pays, dans lesquels
j'ai passées et ce qu'il y a de plus remarcable.
Je suis nez… Je suis été commissionné en calités
de chirurgien de troisième classe en lan 1803 le
4 ou le 5 décembre pour le 101e régiment de
ligne. Partis de Besançon le 8 février 1804,
arrivé à Mantoue ou se trouvaient le régiments
le 27 février 1804. Nom des grande ville où j'ai
passé : Lons le Saunier, Bourque en Bresse,
Chambery Savoye, Turin Piemon, Verseille Ydeme,
etc… ”
»
Bassot eut la chance de trouver en arrivant à
son corps un chef excellent avec lequel il
entretint toujours de cordiales et touchantes
relations. Ce chef était M. Guioth,
chirurgien-major au 101e de ligne, qui,
paternellement, s'était donné à coeur de
parachever l'instruction générale de son
subordonné. Bassot était un élève soumis et
respectueux envers son chef de service, ils
correspondaient entre eux. Les lettres de Bassot
pleines de déférence, sollicitaient des avis et
demandaient des conseils. Celles de Guioth
étaient affectueuses, mais soulignaient
doucement les erreurs ou les fautes qui
fourmillaient dans les missives de Bassot.
Celui-ci, sitôt reçue une lettre de son cher
Guioth, la copiait sur un petit calepin de
poche. Mais il la reproduisait hâtivement en y
laissant des fautes d'orthographe que
certainement Guioth ne commettait pas.» “
Soignez, écrivait Guioth, je vous en prie, l'hortographe
(sic) ; il vous reste encore beaucoup à faire
sous ce rapport. — A propos de l'accident du
maître tailleur, vous n'auriez pas dû vous
exprimer comme vous l'avez fait : on y lit
l'humérus du bras ! ” » A un autre point de vue,
Guioth donnait à son subordonné d'excellents
conseils : « Soyez zélé pour votre service ;
fréquentez avec assiduité l'hôpital de Tarente
et profitez des repos dont vous jouissez pour
vous livrer sans relâche à l'étude.
Persuadez-vous bien que le zèle, la bonne
conduite et les talens sont des recommandations
qui, dans notre art doivent l'emporter sur les
années de service pour ce qui concerne la
réputation et l'avancement ». » M. Guioth
inspirait à Bassot l'amour du soldat,
l'encourageait à surveiller le bien-être et la
santé des hommes, à entourer le pauvre troupier
de sollicitude et d'attentions. » “
Raisonnez-moi de temps en temps les causes des
maladies du soldat ; parlez-moi aussi de leur
nature, des moyens préservatifs dont on pourrait
user tant à la caserne que dans les occupations
des soldats, Dites-moi votre manière de voir sur
tout ce qui peut contribuer à maintenir la
salubrité des casernes ”. » Dans une autre
lettre M. Guioth écrivait : » “ Recommandez, je
vous prie, au soldat d'éviter de boire de l'eau
en transpiration. Fixez son intention sur la
fraîcheur de la nuit, que dans les gardes il ait
soin de ne pas coucher au grand air et dans les
factions qu'il s'affuble d'une redingote. ” »
Bassot ne manquait pas de donner satisfaction à
son chef. Il lui transmettait souvent son
opinion sur tel cas qu'il avait observé et lui
demandait des conseils au sujet de son service.
Une épidémie de dysenterie ayant frappé son
régiment, il consulte les « physiciens » de
Tarente. Ceux-ci estiment que « cela provient de
l'inconstance du temps ». Mais Bassot n'est pas
de cet avis : » “ Dans nos casernes, écrit-il,
j'ai eu l'occasion de
m'appercevoir que l'eau y contribuait (à
l'épidémie) plus que tout autre chause. ” » Il
s'adresse au colonel et obtient des ordres “
pour que la troupe ne se serve plus de l'eau des
citernes, mais bien de la fontaine et toujours
en y ajoutant du vinaigre ”. » Il avertit M.
Guioth qu'ayant à lutter contre une épidémie “
de fièvre éphémère ” il a administré de
l'émétique à ses malades ; qu'il a tous guéris
sauf ceux qui présentaient “ de la pléthore ou
de la cacochymie ”.» A mesure qu'il étudiait, le
style de Bassot devenait plus correct, il
commettait moins de fautes d'orthographe. Comme,
cependant, il se défiait de lui, il avait copié,
je pense, dans un de ces livres, comme on en
trouve aujourd'hui encore, dans quelque “
secrétaire discret ” le modèle des lettres
cérémonieuses qu'il adressait aux siens dans les
grandes circonstances : “ Lettre d'un fils à son
père pour lui souhaiter la bonne année — Lettre
de prière d'un neveu à son oncle — Lettres de
félicitations pour le commencement de l'année. ”
» Bassot, se rendant compte de l'insuffisance de
son instruction médicale travaillait comme il
pouvait, à la perfectionner. A Naples, à Turin,
il suivait les cours des Facultés de Médecine.»
Je lis sur un de ses carnets :» “ Noms des mots
cherchés dans le dictionnaire : chirurgien =
celui qui fait de la chirurgie et qui en fait
des opérations. Chirurgie = la chirurgie est une
science et un art qui trète (sic) des maladies
qui ont besoin de l'opération, de la main ou de
quelque médicaments extérieur. ”» et encore les
définitions des mots suivants : physiologie,
hygiène, anévrysme, ankylose.» Lorsqu'un ouvrage
de médecine lui tombait entre les mains il le
copiait depuis alpha jusqu'à omega. Il possédait
ainsi dans ses papiers plusieurs traités de
médecine de l'époque. » Il correspondait avec sa
famille, ses amis de la vallée de l'Ognon ou de
Besançon, avec son ancien maître de l'Ecole de
Besançon, le chirurgien Thomassin, aussi avec un
de ses cousins Bassot […] dont je ne puis vous
dire qu'une seule chose, c'est qu'il était lui
aussi chirurgien sous-aide au 1er régiment
d'infanterie légère à l'armée d'Italie. » Durant
tous ses voyages Joseph Bassot prenait
rapidement quelques notes. Il signale en Sicile
“ une montagne qui est toujours en fumée,
remplie de soufre et qui se nomme soulfatare ”.
A Naples il a contemplé “ le mont Vésu qui est
une chose terrible et qui fait survenir des
tremblements de terre ”. Naples “ est une des
plus grandes villes d'Italie; il y a un port de
maire [sic] superbe ”. Saint-Pierre de Rome “
est un bâtiment superbe ; au-dessus du portaille
est une galerie superbe sur laquelle sont
plusieurs appotres au centre et représenté jésus
crits ”. Dans le palais de Caserte est « un très
grand collidore au bout sont huit colones de
marbre ». […] » De 1804 à 1811 Bassot fut
attaché à l'armée de Calabre et de Sicile. Sur
le point de quitter l'Italie, pendant un court
séjour qu'il fit à Turin, il soutint le 26 juin
1811 une thèse devant la faculté de cette ville.
Il dédia son travail inaugural qui a pour titre
Coup d'oeil sur la digestion à son ancien maître
bisontin le chirurgien Thomassin. Puis Bassot
traversa la France et fit campagne en Espagne et
au Portugal. En 1814, alors qu'il était
chirurgien aidemajor au 3e régiment d'artillerie
à pied à Toulouse, il sollicita sa mise en
disponibilité et se retira à Voray, épousa
Nathalie Guépart en 1815 et exerça sa profession
de chirurgien dans la vallée de l'Ognon. Il eut
une fille qui épousa M. Antoine Bour, très
honorable négociant et conseiller
municipal de Besançon. Il mourut le 13 novembre
1842 laissant certainement à ses amis, comme en
témoigne sa correspondance, le souvenir d'un
homme de bien et d'un médecin dévoué. » C’est à
Besançon que Bassot meurt accidentellement, lors
d’un séjour chez son gendre. A Voray, le curé,
dans l’acte de sépulture, évoque : « sa grande
réputation de dévouement pourses malades et
[ses] vertus chrétiennes ».
Le Livre de secrets de Gengulphe Bassot
Dans le deuxième article qu’il consacre à la
famille Bassot, le docteur Ledoux analyse un
cahier de remèdes, du même type que celui qui a
été étudié dans sa thèse de pharmacie, en 1992,
par Marie-Andrée Jeanroy. Conservé jadis à
Voray ce dernier contient aussi des recettes de
cuisine ou de liqueurs, dont quelques-unes ont
été publiées dans Barbizier, en 2000 et 2001.
« Gengulphe Bassot, chirurgien à [Authoison],
en rentrant de sa tournée quotidienne, s'assit à
sa
table, prit sa plume d'oie et écrivit sur son
livre de
secrets cette phrase qui fixait la nouvelle
acquisition
thérapeutique qu'il venait de faire : « Laplante digital est un remède excellent dans
l'hydropisie
prise en tisanne avec ses feuilles à petite
dose. » La syntaxe ni l'orthographe ne le
tourmentaient.
Il ne songeait qu'à collectionner les bonnes
recettes, les secrets « approuvés » suivant son
expression, c'est-à-dire ayant fait leurs
preuves
pour soulager et guérir ses malades. Or, il
venait
d'apprendre que la plante digitale était
excellente
dans les hydropisies. Le premier hydropique
qu'il
rencontrerait à Venise ou à Moncey aurait sa
“ tisanne de digitale à petite dose ”.
L’auteur rappelle l’histoire de la famille
Bassot.
» Je n'y reviendrai pas. Mais je voudrais
aujourd'hui feuilleter devant vous le livre de
secrets de Gengulphe Bassot, pauvre petit
manuscrit
où ce chirurgien-barbier de la vallée de
l'Ognon consignait toute sa science, sa science
rudimentaire, incertaine et superstitieuse.
Cette
lecture nous permettra de pénétrer et
d'apprécier
le niveau intellectuel des médecins ruraux du
XVIIIe siècle.
» Ils se révèlent à nous comme des barreurs,
rebouteux, exorcistes, alchimistes, marchands
d'orviétan, je n'ose dire charlatans, car ils
étaient
certainement de bonne foi. Ces
médecins-apothicaires
devaient avoir la figure morale et la valeur
intellectuelle de ces empiriques qu'on désignait
dans nos campagnes, il y a quelques quarante
ans,
sous le nom « d'artistes ». L'artiste était
parfaitement
ignorant de science vétérinaire, mais il était
consulté pour toute maladie du bétail. Il était
le
hongreur réputé ou l'accoucheur estimé des
vaches dystociques. On appréciait son expérience
et son tour de main. On le préférait souvent au
vétérinaire le plus authentiquement diplômé.
» Gengulphe Bassot n'était qu'un “artiste” de
l'espèce humaine. Mais il était brave homme,
consciencieux ; il aimait ses semblables et
crai-gnait Dieu.
» La première page de son Livre de secrets est
une prière. Encore qu'adornée d'une faute d'ortographe
[sic], sa prière est courte : “ Louée soit
Dieu ! ”
» Puis, les uns après les autres, sont consignés
les “secrets” et les “recettes”. Il y a des
secrets qui
sont de Polichinelle, des recettes compliquées,
des
trucs de sorciers, des formules d'alchimistes.
» En voici quelques exemples où je corrigerai
une orthographe ultra-fantaisiste : Gengulphe
Bassot était illettré.
» Aux premières pages, il écrit la formule du
“sirop laxatif de M. de Montauban”. C'est un
sirop
de miel composé, avec le jus de simples, une
sorte
de tisane des Schakers du
XVIIIe siècle, fort banale et
dont la formule n'est point
outrecuidante ni audacieuse.
Mais relisons le commentaire
que donne Gengulphe de ce
merveilleux sirop.
» “ Qualités et vertus du dit
sirop : ce sirop prolonge la vie,
rétablit la santé contre toute
espèce de maladies. Contre la
goutte. Dissipe la chaleur des
entrailles. Rétablit les poumons
qui pourraient être altérés.
Contre la douleur d'estomac.
Contre la sciatique, le vertige,
migraine, généralement contre
toute sorte de maladies internes.”
» […] Je n'insiste pas sur
l'emplâtre qui guérit les hernies
« dites communément
ruptures et descentes ». Il
faut, pour le préparer, avant
tout de la peau de bélier, mais aussi de la
myrrhe,
de l'encens, du sang d'homme ou de pourceau, des
aristoloches, des consoudes, des noix de Galles,
du plâtre, des vers de terre, du vin blanc, de
l'ammoniac,
du vinaigre, de la thérébentine [sic], de
l'eau de chaux, de la pierre sanguinale (?), du
sucre de Saturne, de l'étain brûlé, de la peau
d'anguilles
et de l'huile distillée de myrrhe. Les
opérations
pour la fabrication de l'emplâtre sont assez
compliquées. Mais le matériel nécessaire l'est
beaucoup moins : une bassine de cuivre, un
tamis de crin et une spatule de bois.
Mais les
résultats thérapeutiques de l'emplâtre étant,
paraît-il remarquables, les ruptures de
descentes
», n'y résistaient pas. Gengulphe avait
plusieurs
remèdes pour les plaies, pour les tumeurs du
sein.
Il avait six remèdes pour guérir les
hémorrhoïdes
[sic]. En voici un : « La fiente de cheval
desséchée,
mise en poudre subtile. Mêlez avec la poudre de
jaune d'oeufs et incorporez le tout avec l'huile
rosat. Et on la pose sur les hémorrhoïdes et
apaise
la douleur subitement. »
» La fiente de cheval est aussi utilisée dans la
préparation d'un remède contre la pleurésie.
Mais
une précaution est indispensable. Il faut se
procurer
« fiente de cheval pour femme » et « fiente de
jument pour homme ».
» Nous notons encore des remèdes contre la
fièvre, les brûlures, la dysenterie ou « flux de
sang », pour prévenir la phtisie, un « secret
merveilleux
contre le venin et approuvé ». Une précaution
est nécessaire avant l'application de l'emplâtre
sur la région mordue par le serpent Il faut
faire la ligature du membre avec un ruban
ponceau,
à la rigueur avec un rubanrouge.
» Les substances les plus hétéroclites
figurent dans la pharmacie
de Gengulphe Bassot : la
mine de plomb, le lard, la limaille
de fer, les fleurs du pêcher, les
cloportes, le vitriol, la graisse du
mouton, la graisse d'anguilles, les
yeux de brochet, etc.
» Je pourrais m'étendre sur le
moyen de faire pousser les cheveux,
sur le remède des “pâles
couleurs des filles” qui comporte
avant l'administration d'un opiat,
une saignée et un vomitif, sur un
diurétique merveilleux qui
consiste en une infusion de “ce
qui reste dans l'étrille d'un cheval”
; et j'en arrive aux ultimes
ressources thérapeutiques de
Gengulphe Bassot. Car il est des
maladies que sa science pharmacologique
ne peut atteindre. Lorsqu'il se trouve
devant un cas de charbon ou d'épilepsie, ses
onguents, ses emplâtres, ses décoctions et sesopiats sont impuissants. Il doit recourir à des
moyens surnaturels.
» Voici le secret de la guérison du mal caduc —
et je respecte, cette fois-ci, l'orthographe :
» “Celui ou celle qui désire en estre guéri il
faut premièrement
qui se confesse et comunie et quil die trois
patter et trois avemaria en l'oneure de la
trinité et qu'il
donne une aumone et il faux qui fase dire trois
messe
trois jours durans, le premié jour il mettras
une
amandre sur l'autelle et quand la messe sera
dite, que le
prètre ou le patians mette en écris sur ladite
amande :
jesus cristus natus est et que le patians ne la
mange que
premièrement il nay fait le contenu sy dessus
pour le
premié jour.
» “Le second jour ordonnés audit patien de dire
cinq pater et cinq avemaria en loneur des cinq
plays de
Notre-Seigneur, puis après la messe dite qui
donne la
seconde omone, apres luy donnerez la seconde
amendre ou il y auras écris : jesus cristus est
mortuus et
le tiers jour ordonnes le patians dira sept
pater et sept
avemaria en lonneur des sept douleur de la
Vierge
Marie, puis après la messe qui donne laumone luy
donner
la tierse amendre ou il y auras écris jesus
cristuse
resurexit et qui le face an la plus grande
devotion. ”
» Le charbon est une maladie qui ne peut être
traitée que par des gestes ou par des paroles
rituelles. Les gestes sont indiqués par un point
et
un cercle autour du point puis par une croix et
enfin, à la fin de l'incantation par un signe
dont
nous ne pouvons préciser la signification. Lesparoles sont les suivantes : “Sors, maudit,
va-t-en
en terre, pourri, au nom du Père et du Fils.”
» Pour être délivré de certaines fièvres
malignes et qui se traduisaient
vraisemblablement
par des frissons, on doit attacher à son bras
droit un écrit avec ces mots : “Quand Jésus
portait
sa croix, à son chemin marchand y rencontra.
jésus, trembles-tu ? Non, répondit Jésus, je ne
tremble, ni frissonne.”
» Le remède de certains maux mystérieux que
Gengulphe ne désigne que par des initiales,
consiste dans la prononciation d'une phrase
cabalistique
: “Entes, surentes este superentes, au
nom du Père et du Fils.” Nous constatons que
Gengulphe oubliait systématiquement le Saint-
Esprit qui lui eût été pourtant d'un si précieux
secours.
» On cherche en vain les raisons qui guidaient
notre chirurgien dans la composition de la
plupart
de ses drogues. Si sa médecine des simples est
légitime, s'il est logique de faire des sirops
et des
infusions avec de la mercurialle, de la gentiane
et
de la bourrache, pourquoi des triturations
scatologiques
de fientes d'animaux ? S'il est bien de
faire une ligature de membre mordu par une
vipère, quelle conception guidait Gengulphe
lorsqu'il
attribuait quelque importance à la couleur du
garrot ? Et pourquoi l'infusion des poils de
l'étrille
dans la dysenterie ? Et la décoction des peaux
de
béliers dans l'onguent contre les hernies ?
Quant
à ses incantations religieuses nous devrons
relever
que la superstition est condamnée par l'Eglise,
et que de telles manoeuvres sont aussi
attentatoires
à la raison que contraire à l'orthodoxie
catholique.
» Mais soyons indulgents : Gengulphe Bassot
était illettré et les plus grands médecins de
son
temps ne valaient — scientifiquement parlant —
guère mieux que lui.
» Dans la longue transcription de cette
pharmacopée
lamentablement puérile, une seule date
nous permet de fixer chronologiquement les
élucubrations
de notre empirique : 1743.
» Cette date nous incite à mesurer le chemin
parcouru, à rendre hommage aux prestigieux
savants qui peu à peu ont balayé l'ignorance
pour
implanter la raison et la science dans les
cerveaux
humains, et à saluer leurs plus modestes
disciples.
Ceux qui font partie de ce que j'appellerais
volontiers
la démocratie médicale, c'est-à-dire cette
foule de médecins-praticiens des villes et des
campagnes qui, chaque jour, sont aux prises,
comme Gengulphe Bassot, avec la maladie et les
misères des hommes, ces vingt-mille médecins
français sont à la hauteur de leur rude tâche
quotidienne
et de leur devoir obscur. L'avenir de la
connaissance s'étend encore infini devant eux,
comme une route, mystérieuse et non encore
frayée, mais que de chemin déjà foulé, que l'on
suit à l'aise, sans cahot, en toute sécurité !
Si d'aucuns
se retournent, ils reconnaîtront, dans un
lointain brumeux, de pauvres Gengulphe Bassot,
trébuchant dans l'ignorance, et, sans orgueil,
ils se
réjouiront de pouvoir, mieux que ce pitoyable
ancêtre, remplir leur devoir d'hommes et de
médecin. » |
|
La condescendance du médecin bisontin du
XXe siècle pour son lointain prédécesseur du
XVIIIe
est souvent déplacée. Certes, les recettes de
Gengulphe
Bassot, vers 1740, sont l’expression des
préjugés qui avaient cours en son temps. Peuton
le lui reprocher ? Ledoux note
lui-même que les médecins des
villes ne valaient souvent guère
mieux ; les chirurgiens les ont
d’ailleurs pour maîtres, notamment
à l’hôpital de Besançon. Ce
sont ces chirurgiens des campagnes
qui font que la santé des
Français s’améliore grandement
pendant le XVIIIe siècle : ils appliquent
tant bien que mal les progrès
de la science, par exemple la variolisation
promue par le médecin
bisontin Acton, et participent avec
les nouvelles générations de sagesfemmes
à une révolution dans l’art
de soigner…
Dans les années qui précèdent la
Révolution française, les progrès
de la médecine font que les décès
d’enfants (à la fin XVIIe siècle, il fallait
« deux naissances pour faire un
adulte ») diminuent considérablement
; l’espérance de vie s’accroît
sensiblement, et la population
devient bien plus nombreuse.
Quant à la famille Bassot, dont
deux membres (l’oncle puis le
neveu) ont assuré les soins de la
population de Voray entre 1776 et
1842, elle est un exemple de la
transmission familiale des savoir faire
: c’est bien plus que sept chirurgiens
ou médecins — ils sont au moins une
douzaine — cités par le Dr Ledoux qu’elle a
fournie
à la région. |
 |
|