Texte de Reynald BAILLY, mon cousin,
généalogiste chevronné, érudit, humaniste !
… La
généalogie a comme démarche première de
mettre sur chacun de nos ascendants, un nom
et un prénom, parfois savoureux. La
récompense alors et grande d’en avoir trouvé
un aussi grand nombre et nous voici
encouragés à en savoir d’avantage. Nous
allons tenter de replacer chacun de ces
couples dans le contexte de leur époque et
de savoir ce qu’ils étaient.
C’est
là, mettre le pied dans l’inconnu, l’intérêt
est grand, la difficulté aussi, mais le
secret espoir de découvrir cet ancêtre dont
on pourrait s’enorgueillir est si présent,
que l’on ne recule pas. C’est alors que la
surprise est fâcheuse de découvrir un
ascendant qui, hélas, n’a pas inscrit son
nom sur je ne sais quel glorieux fronton
mais au contraire, sur un registre d’appel
d’un bagne…
Vous
voici touché dans votre honneur, même si ce
bougre est si loin dans votre ascendance que
personne dans la famille ne semble en avoir
eu connaissance. Votre conscience est mise à
mal et vous oblige à un choix !
Dois-je
le marginaliser (comme il fut déjà), ne pas
en parler ?
Au
contraire le traiter comme un autre, le
faire connaître ?
Etre
galérien ou bagnard était-il le prix
‘’payé’’ par un criminel, un assassin ou un
bandit de grand chemin ? Qui étaient ces
hommes rejetés de la société, bannis et
exclus jusque dans la mort pour être inhumés
dans un cimetière ‘’à eux’’ ?
Le
début de la descente aux enfers était le
plus souvent banal et la situation
particulière de notre Franche-Comté va par
la contrebande et le faux saunage fournir la
majeure partie de ces condamnés.
La
contrebande tout d’abord. Il fut un temps où
tous les riverains de la Suisse, se
livraient à une fraude le plus souvent
audacieuse en dépit de la surveillance des
douaniers. Pour quelques pièces de monnaie
les hommes se chargeaient d’apporter de
Suisse en France quelques paquets de tabac.
Pour celui qui était arrêté, l’amende
considérable qu’il ne pouvait bien
évidemment payer, était remplacée par une
peine de trois à six années de galère ou de
bagne. Tous cependant n’étaient que de bien
pauvres bougres, des paysans, des miens, des
vôtres qui avaient comme beaucoup d’autres
‘’bricolé’’ mais pour ceux-là que la chance
avait abandonné un court instant pour se
faire ‘’pincer’’ : c’était là, leur crime !
La
Comté, pays du sel ; un produit que le Roi
de France avait seul le droit de vendre. Il
avait mis en place toute une armée de commis
pour surveiller cet impôt : la Gabelle. Dans
les provinces voisines le sel valait le
triple voir le quadruple, aussi les faux
sauniers comtois avaient l’assurance de
vendre le sel meilleur marché que celui des
greniers royaux. Les grandvalliers, entre
autres avaient l’art de dissimuler un sac de
sel dans leurs chariots ; mais pour qui se
faisait prendre, le tarif était sans appel :
entre trois et six années de bagne.
Quelques fois aussi, les archers de la
gabelle ne craignaient pas d’inventer des
délits de contrebande et des juges
envoyaient aux galères de malheureux
innocents.
Pour le
‘’vol d’un mouton’’ c’est la perpétuité.
Quatorze ans de fers pour ‘’vol de 8 poules
avec effraction’’. Ce pauvre Charles, âgé de
73 ans condamné à vie pour ‘’vol de laine et
un cochon’’. Cinq ans de fers pour une
‘’tentative de vol de ruche d’abeilles’’.
Nicolas, condamné à vie pour ’’vol de tronc
d’église’’. Jean, pour ‘’une cravate et
plusieurs mouchoirs’’ huit ans de fers. Pour
le ‘’vol d’un mouchoir’’ Joseph fera un an
de fers. Emile aussi en prit pour neuf ans
pour ‘’avoir été trouvé saisi d’effets volés
de peu de conséquence’’. Claude pour ‘’vol
de chapeaux commis de nuit’’ douze ans de
fers… De quel coté est le crime ?
Le
blasphème était puni sans pitié :
Jean,
40 ans, condamné à vie pour ‘’blasphème
contre Dieu et la Vierge’’…
Jean
Claude aussi condamné à vie pour ‘’avoir
arraché la croix qui était sur le cimetière
de Mouchard et y avoir mis à la place une
potence…
Auguste
BAILLY, condamné à vie pour ‘’sacrilège et
reniement de Dieu’’…
Celui-là : condamné à vie pour ‘’avoir dit
des paroles exécrables contre le Roi’’…
Cet
autre : condamné à deux ans de fers pour
‘’avoir proféré le cri de vive le Roi dans
une assemblée. C’était cette fois en l’an 7
de la République…
Plus
incroyable encore, la condamnation pour la
simple apparence :
Claude,
condamné à cinq ans ‘’pour vie errante,
avoir mendié avec insolence’’… Il n’avait
connu ni son père ni sa mère…
Jean,
condamné à vie ‘’pour vagabondage sans aveu
ni domicile’’…
Ce
Louis âgé de quinze ans dit ’’de petite
taille et visage menu’’ galères à vie…
Lorsqu’il s’agissait de soldats, quelque que
soit la faute, c’était le conseil de guerre,
impitoyable et se voulant exemplaire.
Pour
les déserteurs : tarif unique, condamnation
à mort ou galère à vie. L’âge importait peu,
comme ce ‘’jeune tambour’’ de 16 ans ou ce
soldat de 17 ans sa peine de mort par ordre
du Roi commuée en peine de galère à vie : il
‘’avait déserté les lignes de Provence
pendant la contagion’’…
Les
galères à vie pour ‘’avoir jeté une pierre à
son sergent’’…
Les
peines étaient entières et seule (le plus
souvent d’ailleurs) la mort vous octroyait
une réduction…