Çà a commencé tout petit... Je devais avoir des pulsions instinctives, héritage de mes aïeux Franc-Comtois...
La première fois c'est ma grand-mère qui m'en a fait prendre... la malheureuse ! Elle ne savait pas ce qu'elle faisait et dans quelle dépendance elle m'entraînait... J’ai aimé tout de suite... Il faut dire que je l'avais particulièrement énervée ce jour là. J'avais renversé son pot de chambre et mis du sel dans le café de pépé...
Forte dose au départ... Elle voulait me calmer ma grand-mère... Elle a réussi ! Quelques heures après j'en réclamais déjà !
Mes parents, eux n'en usaient pas mais par chance, ils m'en achetaient. Ils sentaient bien mon état de fébrilité lorsque j'étais en manque. Une fois, ma mère a tenté de me sevrer de ce plaisir, de me priver de ce délice ! J'étais anxieux, j'avais des sueurs... Alors elle a envoyé mon père chez mon fournisseur habituel, tard le soir. Ma mère lui a dit : explique-lui que le petit est mal, qu'il en a besoin ! Une autre fois elle m'en a prodigué en cataplasme.
Je devenais hargneux et même méchant si je n'avais pas ma dose. Plus tard, durant mon service militaire, comme j'ai souffert ! Ces incultes ne savaient même pas ce que c'était. Ils m'ont réformé pour ça : en manque, je devenais incontrôlable ! Le Médecin de l'Armée m'a dit : votre cas relève d'une pathologie évolutive d'un caractère exceptionnel dont le danger consiste en une catégorisation et une individualisation trop systématiques qui conduisent à des théories isolées c'est-à-dire sans interrelations écartant toute possibilité de relais... Je ne me souviens pas de la suite...
Je devenais fou, j'ai même essayé de la mélanger avec de l'ail ou des fines herbes mais mon plaisir était inassouvi, incomplet, je voyageais mal.
J'ai eu de longues périodes d'abstinence surtout lorsque je me trouvais à l'étranger, loin de ma région, quoiqu'il me soit arrivé d'en trouver à Saigon et même au Cameroun... J'en avais tellement besoin et surtout de la fraîche… J'étais en phase ultime ! Alors je suis revenu vivre en Franche-Comté.
Je ne pouvais pas m'en passer.…………………………………..de la Cancoillotte !
Texte de Rémy DEMOLY. DAS VERS SU IN FROUMAIGE
Las monsieur que sant cousus D’bés écus Que grillant dans leut goillote, Migeant das grous mouchés de lâ Et de pâ Et craich’nt su lai canquoillote.
Nous que sans das paysans Pas pllaisans Que n’ans point de redingote, Nous n’ans lâs moi ! pou butin Que nout pain Et nout poutot d’canquoillote
Quand en soye jusqu’au soi Qu’en ait soi, En boit le vin que piquotte, Et peu l’en coupe ou chanté In gousé Pour mingi lai canquoillote
Las sois d’hivâ quand nous vans Chû las gens Aicoutâ ne raicountote, Nous pouthans nout demé-quart D’eau-de-marc, Et nous poutot d’canquoillote.
Quand n’aimi se laisse ollâ Lai volâ Dourmir ou champ de cairotte, Nous vans pllourâ lou défun Chû queuqu’ûn D’vant lou poutot d’canquoillote.
Messieurs Y souhaitais bîn Su vout pain Lai froumaiger’ que trembllotte, Et que lou chef de Pairis Eusse aippris Ai fare lai canquoillote.
Extrait de l’ouvrage : ‘’LES GAUDES’’ poésies patoises d’Henri BOUCHOT. Besançon librairie Ch. Marion, Morel et Cie – 1883
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