Tout d’abord, curiosité… Passe-temps…
Dans les papiers de grand-mère, on a
trouvé un vieux livret de famille…
Quelques patronymes plus ou moins connus
excitent notre curiosité, des prénoms
insolites nous interpellent, on se prend
à étudier l’histoire d’un village, d’une
région, d’une période… On se plonge dans
une littérature oubliée des actes
anciens…
Quelques personnages se dégagent du
lot : ce Christophle né en 1609 dont on
connaît les noms et prénoms des parents,
des parrains, notables régionaux… On
imagine sa vie, ses souffrances, ses
espoirs, ses réussites, ses échecs ; il
se marie, on suit ses enfants dans leurs
parcours… Il devient ‘’turbulent’’ en
1640, en procès avec un marchand puis
avec un huissier…
Cette petite Thérèse qui ‘’s’expatrie’’,
partant de la Lizerne, près de Maîche
dans le Doubs pour aller accoucher chez
une vague tante à Belfort… 17 ans,
célibataire, lavandière… L’enfant meurt
à la naissance, les témoins sont le
fossoyeur et un clerc… Quel calvaire !
Louis, prêtre catholique, réfractaire en
1789 que l’on croit déporté en Guyane et
que l’on découvre réfugié en Suisse…
Germaine : 11 enfants en 1860… Il faut
dire que la ferme de Pierrefontaine à
besoin de bras…
Claude, cordonnier et sa femme Pernette
qui perdent 6 enfants sur 7 en
Haute-Saône à la période des épidémies…
On devient agité, on écrit à tout va !
On achète un logiciel de généalogie, on
s’inscrit dans une, puis deux
associations ! Là, on trouve Barbe,
veuve, trois enfants à charge en ayant
perdu un quatrième, marquée au fer, en
février 1789, pour vol d’une dépouille
de cochon…
La fébrilité, l’impatience,
l’enthousiasme sont là ! On y passe des
heures… Et puis voici un bagnard… Un
notaire royal… Jean Baptiste, berger de
profession, mort âgé de 87 ans en 1826
et dont l’acte porte la mention
‘’mendiant, sans domicile’’…
Et tous ces gens qui bénévolement,
généalogistes amateurs, vous passent un
‘’tuyau’’, vous mettent sur une piste,
vous facilitent la tâche, vous
traduisent les mots anciens ou latins…
Exaltation de découvrir cette dynastie
d’instituteurs, politiques égalitaires
engagés, Emile meurt à Dachau en 1944,
son fils se bat contre le régime
franquiste espagnol durant la seconde
guerre mondiale, son frère, résistant,
est miraculeusement épargné…
Un autre, militaire célèbre sur les
fronts napoléoniens en Italie, celui-ci
mort au Tonkin, un autre encore décédé
au Sénégal, celui-là blessé à cinq
reprises à Saint-Domingue…
Cette belle branche brésilienne issue
d’un marin ingénieur qui participe à une
révolution locale en 1830…
Cette autre branche en Guadeloupe,
enfants de cette île merveilleuse ! On
se jure, un jour, d’aller les rencontrer
sur leurs magnifiques plages…
Le virus vous tient ! Appétit de
nouvelles informations, impatience,
frénésie, recherches en toutes
directions ! Fiches, copies,
listes, informatique, associations,
réunions…
Quelle joie de découvrir ne serait-ce
que le prénom de l’ancêtre le plus
éloigné et pisté depuis si longtemps…
Exaltation !
Mais cette exitation, cette fièvre,
cette rage se soignent, se guérissent…
Quoique !
Remèdes ? Les résultats obtenus. Cette
belle famille décortiquée, reconstituée,
cette impression d’avoir rendu, par
cette activité, hommage à tous ceux qui
nous ont précédés, à tous ceux qui ont
souffert, qui ont tant travaillé,
appris, légiféré, manifesté, à tous ceux
qui ont offert leurs vies pour que nous
soyons aujourd’hui libres, rassasiés,
instruits, soignés, satisfaits devant
nos carnets, nos classeurs, nos
ordinateurs…