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PORTRAIT
DU FRANC-COMTOIS.
Parmi nos provinces de l'Est, il existe une contrée dont
le nom porte l'empreinte de son histoire, de sa vieille
indépendance, du mâle courage de ses enfants, la
Franche-Comté de Bourgogne est comme le Tyrol de la
France : une nature grandiose et pittoresque y tient
lieu de monuments et le coeur de l'homme semble
emprunter à cette nature quelque chose de sa force et de
sa grandeur.
Sur les flancs du Jura, défrichés par les moines, au
milieu des forêts de sapins et dans les gorges profondes
que creusent le Doubs et ses affluents, il s'est formé
une race austère, énergique, intelligente, naguère
passionnée pour ses antiques franchises, de tout temps
célèbre par son ardeur belliqueuse, son attachement
enraciné à la foi catholique, son fier et opiniâtre
dévouement à ses maîtres.
«On ne les soumet qu'à coups d'épée et il faut les
abattre jusqu'au dernier » disait d'eux un capitaine
français qui avait éprouvé leur valeur en essayant de
les détacher de la monarchie espagnole dont l'amour se
confondait dans leurs coeurs avec celui de leurs
vieilles et chères libertés. Au XVII° siècle, les
paysans comtois se faisaient enterrer la face contre
terre pour témoigner de l'aversion que leur inspiraient
la conquête française et la domination de Louis XIV.
Et toutefois, à la fin du XVIII°, tous les coeurs y
étaient tellement imprégnés du sentiment français que
nulle province n'a fourni à la patrie menacée, des
bataillons de volontaires plus nombreux, plus
intrépides, plus prodigues de leur vie.
Cette terre généreuse n'a cessé de produire des héros
que lorsque la France eut cessé de combattre. Elle a
montré la même fécondité dans le domaine de l'Église,
des lettres et des sciences et jusqu'à nos jours, elle
n'avait enfanté que des esprits dont la hardiesse,
tempérée par l'étude et la foi, n'affligea jamais la
conscience ni la raison.
Extrait du Discours de réception à l'Académie Française
du Comte de Montalembert, Député du Doubs de 1848 à
1863.
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