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Histoire
des Demoly dans le Jura |
Nos plus anciens
DEMOLY vivaient semble-t-il dans le Haut Jura…
Enseignements sur la vie de nos aïeux du Jura,
tirés de la lecture de :
- ANNEXE 2 - Extraits d’ouvrages divers.
- ANNEXE 3 - Faits historiques
- ANNEXE 4 – Articles de presse concernant la
GÉNÉALOGIE.
ANNEXE 2 à la SAGA des DEMOLY –
Extraits d’ouvrages divers
1) L’Histoire de L’ABBAYE ET DE LA
TERRE de SAINT- CLAUDE
Dom BENOIT Imprimerie de la Chartreuse de Notre Dame
des Prés MONTREUIL SUR MER – 1890.
Les origines, les splendeurs et la décadence de
l’illustre abbaye du Haut Jura
2) Dissertation
sur l’établissement de l’ABBAYE de SAINT-CLAUDE
Ses chroniques, ses légendes, ses chartes, ses
usurpations et sur les droits des habitants de cette
terre.
Ouvrage de l’avocat Charles Gabriel Frédéric CHRISTIN
- Imprimé à Neuchâtel en 1772.
En complément : Notes sur le régime de la
mainmorte (archives M. MAITENAZ – auteur non
précisé).
3) HISTOIRE du GRANDVAUX de l’Abbé Luc
MAILLET-Guy – 1933.
4) MOINES ET PAYSANS sur les alpages de
Savoie (XI°-XIII° sicècles) : mythe et réalité de
Fabrice MONTHON.
5) Familles de la vallée de Joux
(premières pages)
A lire également : La Rationale Administrationis de
VAUCHER DE ROCHE.
(régime de l’abbaye au XV° siècle – un des plus
anciens ouvrage de la langue française dans la terre
de Saint-Claude).
Dom BENOIT Imprimerie de la Chartreuse de Notre
Dame des Prés MONTREUIL SUR MER – 1890.
Les origines, les splendeurs et la décadence de
l’illustre abbaye du Haut Jura.
Extraits
Il convient de distinguer trois époques dans
l’histoire de la terre de Saint-Claude :
Première période : elle s’étend du V° au XII°
siècle c’est-à-dire depuis le premier
établissement des moines à Condat, époque, pour le
Jura, de la floraison des Saints.
Seconde période : elle commence au XII° et
s’étend jusqu’au XVIIIe siècle. Lente décadence de
la grande abbaye du Haute Jura.
Troisième période : elle comprend la fin du
XVII et le XIXe siècle. ‘’Affligeant spectacle de la
sécularisation’’
Entre la vallée du Léman et le bassin de la Saône
s’élève le massif des montagnes baptisé Jura
par César.
Dans les vallées comme sur les montagnes de tout le
massif, la nature a multiplié ses magnificences. Des
rochers bordés de précipices et soutenant des
plateaux ondulés riches en pâturages ; des rivières
impétueuses ou tranquilles, qui arrosent des
prairies fécondes ; des ruisseaux et des torrents
innombrables, découpant le sol dans tous les sens,
présentant mille aspects variés ; des cascades
magnifiques ; de grandes forêts suspendues aux
flancs des montagnes ou s’étalant sur leurs
sommets ; des vallées encaissées à des profondeurs
capables de donner le vertige, des pics élancés d’où
le regard embrasse d’immenses panoramas……..
Dans l’antiquité, on voyait fréquemment deux nations
voisines séparées par un territoire inhabité et
neutre. ‘’C’est là que se pratiquaient de grands
chemins, que se tenaient les foires, que se
livraient les premières batailles, que s’érigeaient
les sépultures, les temples, les monuments, que se
donnaient les jeux funèbres et qu’avaient lieu les
débauches annuelles. Ces ceintures de déserts
avaient quelquefois plusieurs milles de largeur.
Il y avait eu même, pendant fort longtemps, de
vastes territoires neutres non seulement sur les
frontières qui séparaient des peuples divers, mais
dans le pays qu’habitait une même nation.
Dans les nations modernes, l’Etat s’est attribué
toutes les terres qui n’ont pas de maîtres, et il
les concède lui-mêmes, comme un propriétaire, aux
colons qui veulent les défricher. Il en résulte
qu’au sein des peuples modernes, il n’y a pas, à
proprement parler, de terres sans maître ; les
terres incultes elles-mêmes sont le domaine sinon
des particuliers, au moins de l’Etat.
Dans l’antiquité, au contraire, les terres qui
n’avaient pas de possesseurs, situées entre les
territoires de deux nations voisines ou même au
milieu du territoire d’un même peuple, ne faisaient
partie d’aucun Etat. Elles appartenaient au premier
occupant, Etat ou particulier ou plutôt elles
n’entraient dans le territoire de l’Etat que par
l’occupation des particuliers.
Le Jura, dit Jules César est cette montagne très
élevée qui est entre les Séquanes et les Helvètes.
Longtemps avant l’arrivée des Romains dans les
Gaules, les Séquanes avaient pénétré à l’intérieur
du Jura et avaient fondé des établissements sur les
premiers plateaux. Après la conquête des Romains les
premiers plateaux continuèrent d’être habités. Il
est vraisemblable que les vallées du Jura reçurent
de nouveaux habitants non seulement pendant les
époques prospères du II° et III° siècle, mais même
depuis le commencement des invasions, car les colons
établis au pied de la montagne du Jura, durent
chercher une retraite dans des lieux moins exposés
aux courses des barbares.
On admet communément, qu’une colonie de
soldats africains du Nil y fut établie sous Auguste
quelques années avant la naissance de Jésus Christ.
Des ‘’philosophes impies, maître de l’opinion
d’alors’’ dénoncés vertement par Dom BENOIT, à la
fin du siècle dernier se déclarent ennemis des
moines auteurs de toutes les grandeurs de cette
patrie en soutenant que les premiers moines du
Mont-Jura, n’étaient point venus habituer dans une
forêt sauvage et déserte comme on l’avait cru
jusqu’alors mais qu’ils s’étaient établis dans une
contrée toute peuplée, dont les successeurs étaient
devenus dans la suite, les seigneurs en s’emparant,
par des voies iniques, de terres défrichées avant
eux et couvertes d’habitants… (Voir l’ouvrage de
l’avocat Charles-Gabriel-Frédéric CHRISTIN :
Dissertation sur l’établissement de l’abbaye de
Saint-Claude, ses chroniques, ses légendes, ses
chartes, ses usurpations et sur les droits des
habitants de cette terre. Cet ouvrage fut
imprimé à Neuchâtel en 1772).
Burgondes, Alains, Varasques, Vandales, Visigoths,
Ostrogoth, Romains, Francs, cheminèrent et vécurent
dans ces contrées…
Les Burgondes avaient embrassé le christianisme
au-delà du Rhin. Mais, selon le sentiment commun des
historiens, ils suivaient pour le plus grand nombre
l’hérésie d’Arius.
Les Burgondes partagèrent avec les Gallo-Romains les
terres et les esclaves. Les terres du fisc impérial
furent attribuées au roi comme son domaine propre et
constituèrent dès lors le fisc royal. Ces terres
étaient très considérables.
Les Alamans viennent disputer à Clovis ses
conquêtes. Il les défait à Tolbiac en 496 ; et cette
victoire, remportée par le secours du Dieu de
Clotilde le décide à se convertir à la religion
chrétienne avec tout son peuple : conversion
célèbre, événement d’une importance immense qui, en
faisant de ce prince barbare le roi très chrétien et
de sa nation la fille aînée de l’Église, mit la
France à la tête des peuples nouveaux et prépara en
elle cette nation chevaleresque qui portera l’épée
de Dieu dans le monde et luttera partout pour le
Christ et son Evangile…
Nous verrons les rois francs étendre bientôt leur
domination sur la Bourgogne et combler l’abbaye de
Condat de leurs faveurs. Nous les verrons lui
reconnaître ou lui donner la principauté du haut
Jura…
Parmi les nouveaux maîtres du sol comme parmi les
anciens habitants, on distingue des grands,
des hommes libres, des colons, des
esclaves.
…..Les deux premiers habitants du haut Jura
furent deux frères et deux saints, saint Romain et
saint Lupicin……
…Incursions et destructions fréquentes par les
Allamans au V° siècle sous Oyend.
La contrée était déserte quand saint Romain et saint
Lupicin s’y étaient établis : c’était les moines qui
avaient défriché le sol : c’étaient eux qui avaient
élevé tous les bâtiments : la terre de Condat avec
les meubles et les immeubles qui s’y trouvaient
était la propriété des moines.
Ils auraient pu sans doute en abandonner la
propriété, mais ils ne le firent pas : ils en
cédèrent seulement l’usufruit. Les colons étaient
trop heureux de pouvoir s’établir sous ces
conditions auprès de l’illustre monastère. Au VI°
siècle d’ailleurs et durant tout le moyen âge les
propriétaires ne concédèrent pas autrement les
terres. Aujourd’hui encore, en est-il beaucoup qui,
non contents de céder l’usufruit de leurs champs ou
de leurs maisons, en donnent la propriété ?
…Remarquons dès maintenant que c’est à ces mêmes
conditions que seront cédées de siècle en siècle
jusqu’au XVI° siècle, toutes les terres des hautes
vallées du Jura aux colons qui viendront s’y établir
successivement : tous, au XVI° siècle, comme au VI°
recevront les terres monastiques à titre d’usufruit,
la propriété demeurera à l’abbaye.
… cette session de l’usufruit était irrévocable…
Au VI° siècle, l’engagement du propriétaire et du
colon était perpétuel : le maître ne pouvait pas
renvoyer le colon qu’il avait une fois reçu dans sa
terre : le colon de son coté ne pouvait pas quitter
la ferme : le propriétaire était lié au fermier, le
fermier était lié à la terre, était, comme on
parlait autrefois ‘’attaché à la glèbe’’.
Nous venons de voir que la mainmorte était un
fermage perpétuel d’une famille. Avant
l’établissement de la mainmorte, la faculté d’ester
était fort réduite parmi les esclaves et les serfs…
D’où venaient les premiers colons qui s’établirent
dans la forêt des moines ?
Il est vraisemblable qu’ils vinrent de bien des
lieux différents, mais spécialement des régions
voisines de la Bourgogne cisjurane et de la
Bourgogne transjurane.
Les incursions des barbares se continuaient ou se
renouvelaient périodiquement presque partout.
L’Helvétie particulièrement fut souvent ravagée. Les
Allemans la désolèrent longtemps, au V° et au VI°
siècle. Les Lombards l’envahirent en 570 et
détruisirent, ainsi que nous l’avons rapporté, le
monastère d’Agaune. Puis, de toutes parts, les rois
qui s’étaient partagés l’Empire romain se faisaient
la guerre, et se signalaient trop souvent dans leurs
expéditions militaires par d’horribles
déprédations : c’est ce que nous voyons dans les
chroniques des nouvelles nations les moins
inhumaines elle-mêmes, comme les Burgondes et les
Francs.
Toutes ces incursions, toutes ces guerres avaient
pour effet de réduire à la misère des multitudes de
familles. La population continuait de diminuer,
comme au temps des grandes invasions ; de tous cotés
on voyait en friche de vastes régions auparavant
cultivées : la pauvreté était universelle.
… pendant de longues générations, les habitants des
vallées les plus élevées furent tous ensevelis à
Lauconne et à Condat. Nos pères tenaient à dormir du
dernier sommeil auprès des saints qu’ils avaient
invoqués durant toute leur vie et dont les reliques
étaient à leurs yeux une source de bénédictions
éternelles. ; il leur semblait que ce saint
voisinage était un signe de prédestination et comme
un gage d’association dans la même gloire. Quelle
multitude prodigieuse d’élus sortiront un jour de la
terre bénie qui entourait les églises de
Saint-Oyend, de Saint-Etienne et de Saint-Romain et
qui environne encore l’église de Saint-Lupicin ! Que
de vénérables dépouilles, cachées maintenant sans
gloire dans les entrailles du sol, apparaîtront au
dehors le jour de la résurrection pour briller comme
des soleils étincelants !
Page 197 – Tome I – paragraphe 355 :
… Nous pouvons remarquer dès maintenant que depuis
Condat jusqu’à la Chaux d’Arlier, les fondations des
moins de saint-Oyend se succèdent de distance en
distance. Deux colonies occupent la Rixouse
sur la rive droite de la Bienne et la Mouille sur la
rive gauche. Plus loin, il y a des établissements
monastiques dans le Grandvaux. Plus loin encore,
sont les celles de Mièges et de Sirod.
Paragraphe 356 … Cette région, nous l’avons vu,
avait des habitants sous la domination romaine : les
moines de Condat n’y sont donc point attirés par la
solitude. Mais au milieu de ces temps de calamités,
les habitants sont souvent victimes des violences
des hommes ou des fléaux du ciel ; ils s’attachent à
ces moines qui prient et font pénitence dans les
forêts du haut Jura et qui défendent les malheureux
contre la fureur des hommes et la colère de Dieu ;
quelques-uns de ces moines consentent à venir
habiter au milieu d’eux pour leur servir de
pasteurs, pour être leur appui et leur consolation.
‘’Une colonie de religieux, dit Rousset, fut
envoyée de l’abbaye de Saint-Oyan pour desservir la
paroisse’’.
Paragraphe 358 : Comme au temps de saint-Romain, les
essaims monastiques vont se reposer au loin…
page 298 – Tome I : ‘’Nous sommes naturellement
disposés à croire que c’est à l’influence exercée
par Carloman, dans cette partie de la terre de
Condat, qu’il faut attribuer les donations ou les
restitutions dont les premiers titres de cette
abbaye fait mention’’ l’auteur fait allusion à la
charte de Charlemagne dont nous allons parler
‘’comme c’est visiblement à son influence encore que
le droit de frapper monnaie fut octroyé aux abbés de
Condat par le roi Pépin le Bref, son frère.
Remarquez bien les dates : le séjour de Carloman
dans nos montagnes se place entre 747 et 755 et
c’est de 750 à 768 que Pépin accorde à notre
monastère ses droits régaliens…
page 299 – Tome I : la grande chartre de
Charlemagne :
Comme Pépin, Charlemagne fut le bienfaiteur de
l’abbaye de Condat.
‘’Charlemagne, dit la Chronique rimée, renouvela
tous les anciens privilèges de l’abbaye spécialement
le droit de battre monnaie qui lui avait été accordé
auparavant’’…
‘’Le Roi Charles, répète de son coté un ancien
cartulaire, reconnut au monastère le droit de battre
monnaie et lui confirma et renouvela tous les
privilèges qui lui avaient été accordée par les rois
des Francs’’.
…Nous ne possédons plus la charte par laquelle
Charlemagne confirma à l’abbaye son droit de battre
monnaie : mais nous avons encore celle qu’il lui
donna pour lui confirmer la possession de la terre
de Saint-Oyend…
…‘’Au nom de la sainte et indivisible Trinité,
Charles, par la grâce de Dieu, roi.
Nous savons qu’en confirmant, par notre autorité,
les droits qu’ont acquis la sainte église de Dieu ou
nos fidèles, nous nous rendons favorable la
miséricorde divine et nous nous attacherons
davantage ceux qui vivent dans notre service. C’est
pourquoi nous faisons savoir à tous les grands et à
tous les fidèles de notre empire que le vénérable
abbé Ripert est venu du monastère de
Saint-Oyend-de-Joux se présenter devant notre
personne royale, à Reims, auprès du tombeau de
Saint-Rémy, avec l’abbé Dotton et le comte Adalard,
qu’auparavant nous avions envoyés à son dit
monastère pour examiner et apprécier les raison
qu’il allègue, ainsi que l’archevêque de Besançon,
Gédéon, dans leur contestation sur la celle où est
inhumé le corps du bienheureux Lupicin. Ledit abbé
de concert avec ses moines, nous a humblement et
instamment supplié de leur accorder et de leur
confirmer par notre souveraine autorité les droits
qu’il possède sur ce prieuré et dont il a fait la
preuve devant nos envoyés.
Témoin de sa douceur et de son humilité, nous
faisons droit à sa demande et nous ordonnons que ni
duc, marquis, comte ou vicomte, ni quelque officier
que ce soit, ne soustraie jamais le prieuré en
question audit monastère de Saint-Oyend et n’ait la
présomption de causer de l’ennui ou du dommage aux
moines qui y servent Dieu. Mais comme dans les temps
anciens pères et saints, ainsi que nous l’avons
appris de plusieurs, ces moines furent unis et
associés pour défricher les forêts et labourer les
terres, nous voulons que désormais ils soient
toujours associés dans la prospérité et l’adversité.
Que personne donc, de ce jour et dans la suite, ne
conteste à ces anciens moines leurs droits sur ledit
prieuré et ses dépendances.
…Et nous donnons audit lieu de Condat, la forêt du
Jura, à partir de l’extrémité de l’eau du Brassus
nommée Orbe ; de l’arête du Noirmont divisant la
pente des eaux, de l’endroit même où l’eau se perd
dans un creux, jusqu’aux Alpes, et jusqu’au chemin
qui passe par le milieu de la Ferrière, et selon le
cours de la rivière appelée Serine, jusqu’au
Bief-Brun, et depuis le Bief-Brun jusqu’à la Semine,
et depuis la Semine jusqu’au Bief-Nuisible, de
manière à comprendre la troisième partie d’Echallon,
depuis la dite rivière d’Orbe et les chaux appelées
Merreuses, à l’Occident, jusqu’à la plaine de la
paroisse de Condes.
Et afin que cette confirmation de notre autorité
obtienne, au nom de Dieu, une plus grande force,
nous l’avons signée de notre propre main et scellée
par l’impression de notre anneau.
Sceau de Charles très sérénissime roi.
Hrodmundus notaire, j’ai reconnu à la place du
chancelier.
Donné le 11 des calendes d’octobre, l’année 22° du
règne du très pieux Charles.
Fait à Reims dans l’église de Saint-Rémy.
…Cette charte, il faut bien le remarquer, a un
double objet. En premier elle tranche la
contestation qui existait entre l’archevêque de
Besançon et l’abbé de Saint-Oyend sur le prieuré de
Saint-Lupicin. En second lieu, elle donne à l’abbé
de Saint-Oyend tout le haut Jura…
…La contestation entre l’archevêque de
Besançon et l’abbé de Saint-Oyend ne portait point
sur la juridication spirituelle.…
…La controverse roulait donc sur des droits
temporels, à la fois revendiqués par l’archevêque et
par l’abbé. Quels étaient ces droits ? La charte ne
les indique pas. L’archevêque revendiquait-il la
propriété des bâtiments, celle des terres cultivées
par les colons, les redevances payées par ceux-ci ?
………
Page 302 – Tome I : … (la
charte) Elle confirme d’abord et principalement le
droit de propriété ; elle confirme aussi
jusqu’à un certain point du moins le droit de
souveraineté…
…Cependant la charte a jusqu’à un certain point le
caractère d’une première concession, non, il est
vrai, quant à la portion du haut Jura déjà
défrichée, mais quant aux vastes terrains encore en
friche ? Ce n’est, en effet, qu’au XI° siècle, ainsi
que nous le verrons, que le territoire de Mouthe
recevra ses premiers habitants dans la personne de
saint-Simon de Valois et de ses compagnons ; ce
n’est que plus tard encore que la vallée actuelle de
Bois-d’Amont et des Rousses sera peuplée pour la
première fois. Ces terrains encore en friche
demeuraient jusqu’alors au premier occupant ;….
Page 305 – Tome I : …
‘’Vous dissertez sur la charte de Charlemagne, mais
vous avez oublié d’en prouver l’authenticité.’’ …
… Or, il s’est trouvé toute une école qui n’a pas
craint de soutenir que tous ces diplômes possédés
par l’abbaye de Saint-Claude, sauf peut-être les
deux ou trois plus récents ont été fabriqués par les
moines pour s’emparer du Haut Jura ou s’en maintenir
en possession.
…Ces auteurs disaient : ‘’Les moines sont rapaces.
L’abbaye de Saint-Claude convoitait la possession
des terres voisines. Un moine s’avisa, dans les
ténèbres du moyen-âge, de fabriquer l’acte d’une
prétendue donation de Charlemagne. La fraude
réussit. Grâce à la charte fabriquée, le monastère
devint propriétaire et souverain des hautes
montagnes. ‘’Ainsi a raisonné le trop fameux
Christin dans sa Dissertation sur les chartes et
les légendes de l’abbaye de Saint-Claude. Ainsi
ont raisonné la plupart des ennemis de l’église au
dernier siècle et quelques-uns dans celui-ci….
…Des moines faussaires ! Les moines de Saint-Claude
fabriquant des diplômes pour se mettre ou se
maintenir en possession de la contrée ! Mais peu
d’abbayes ont possédé aussi longtemps que le
monastère de Condat des moines fervents et des
saints ; il faut admettre alors que les moines
fervents, que les saints peuvent descendre au rang
ignoble de faussaires. …
…Nos adversaires n’admettent pas même une probité
vulgaire dans les moines. Mais qu’ils aillent dans
les monastères : ils ne trouveront que des
consciences délicates ; ils admireront spécialement
un amour de la vérité poussée jusqu’au scrupule.
Pour Christin et les autres, une charte est alléguée
par les moines, donc elle est fausse ; il faudrait
plutôt dire : Cette charte est présentée par des
moines, donc elle est vraie.
Page 321 – Tome I : C’est en effet une antique
doctrine établie par toute la tradition, que les
fidèles participent aux mérites spirituels des
serviteurs de Dieu en contribuant à leur subsistance
temporelle : le Nouveau Testament comme l’Ancien
sont remplis de prescriptions et de faits qui
attestent cette divine économie.
Page 334 –Tome I :ans 638 à 652 …
Durant toute cette période, on voit des violences et
des désordres de toutes sortes dans la Bourgogne.
‘’Amis du vin et des longs repas, les Burgondes
sont, au témoignage de Sidoine Apollinaire, des
hommes épais de corps et d’esprit‘’. ‘’Heureux ceux
qui ne les voient pas dit le même auteur, eux et
leur chevelure enduite d’un beurre acide, qui ne
sont pas contraints d’entendre leur rude langage, ou
de louer à contre-cœur, leurs chansons de table,
quand ils crient le matin à gorge déployée,
l’estomac chargé d’ail et de vin’’. ‘’Les grands
seigneurs barbares habitent hors des villes. En
devenant chrétiens, ils n’ont point perdu leurs
mœurs et leur rudesse qu’ils communiquent aux
indigènes. Ils sont violents, emportés, respirent la
chasse et la guerre… Ils vivent dans leurs terres,
dans leurs châteaux forts, entourés de leurs francs
ou de leurs serfs’’. ‘’Le christianisme était à la
surface, le paganisme dans les profondeurs de la
société : c’étaient à la fois des passions effrénées
et impitoyables de la Germanie, avec l’arianisme
ignorant et brutal des Burgondes…
Page 388 – Tome I :Le monastère et la terre de
Saint-Oyend jouissent depuis longtemps, de la plus
complète indépendance à l’égard des comtes et des
rois. Le successeur de saint Romain et de saint
Claude est, à proprement parler, le souverain du
haut Jura.
Page : 397 : année 1635 jusqu’au 10 octobre 1636 -
échevins de la ville de St-Claude élus pour un an :
…Jean Démoly…
Page 414 – Tome I : Au moyen âge, il y avait peu de
principautés absolument indépendantes, et, en ce
sens, parfaites. La France, l’Etat romain,
l’Allemagne, quelques autres États en petit nombre,
étaient les seules principautés qui n’eussent aucune
dépendance dans l’ordre temporel. La nation
anglaise, les peuples de l’Espagne, une foule
d’autres États reconnaissaient la suzeraineté
temporelle du Pape ou du souverain d’un autre
royaume.
…Mais s’il y avait peu de souverainetés du premier
ordre, il y en avait une multitude du second. Il y
en avait en France, en Espagne, en Italie, en
Allemagne surtout. L’Allemagne, à elle seule, en
comptait plus de cent.
…Parmi ces principautés, les unes avaient à leur
tête des personnes consacrées à Dieu, soit des
évêques, soit des abbés, les autres des séculiers.
Les premières sont connues dans l’histoire sous le
nom de principautés ecclésiastiques et
monastiques, les secondes sous celui de
principautés séculières ou laïques.
…Une des principautés monastiques les plus
remarquables a été la principauté de Saint-Oyend
ou de Saint-Claude. L’antique abbaye de
Condat avait sous sa dépendance les hautes vallées
du Jura, la grande forêt où saint Romain et
saint Lupicin s’étaient établis au V° siècle : c’est
ce qu’on appelait la terre de Saint-Oyend et
plus tard la terre de Saint-Claude. Cette
terre de Saint-Oyend ou de Saint-Claude formait un
État indépendant, sous la haute suzeraineté de
l’empereur d’Allemagne ou du roi de France. L’abbé
était ainsi un prince temporel, ayant un territoire
et des sujets.
…Mais l’autorité souveraine de l’abbé emporte deux
choses : 1° la propriété de la terre ; 2°
la puissance ou la juridiction temporelle. Car,
le pouvoir politique procède, dans le régime féodal,
du droit de propriété, en est l’annexe ou l’effet,
et s’identifie même avec lui.
…Or, d’où provient le droit de priorité que l’abbaye
possède sur le haut Jura ? Comme le droit de
juridiction temporelle s’est uni au droit de
propriété ?
…Il faut répondre à ces deux questions pour
expliquer l’origine de la principauté monastique de
Saint-Oyend.
…Le lecteur qui nous a suivi depuis le commencement
de cette histoire a déjà la solution de la première
question. Il sait en premier lieu que l’abbaye a sur
la terre de Saint-Oyend le droit de première
occupation ; il sait en second lieu que la
possession de cette région lui a été solennellement
confirmée par les princes.
…Le Haut Jura, nous l’avons vu, était une vaste
forêt quand saint Romain et saint Lupicin sont venus
s’y établir ; il n’appartenait à personne, pas plus
à un État, qu’à des particuliers. Les moines en s’y
établissant les premiers en devinrent les
propriétaires ; en défrichant le sol, ils en
acquirent la possession : cette terre reçut en eux,
avec ses premiers habitants, ses premiers maîtres :
cette région devint leur bien propre, parce qu’elle
n’était auparavant le bien de personne.
‘’L’occupation et les défrichements des religieux de
Saint-Claude, dit un auteur fort versé dans
l’histoire de nos montagnes, leur acquirent des
droits exclusifs dans le Mont-Jura.
…Il est vrai que de bonne heure, les moines reçurent
des séculiers dans la terre qu’ils avaient
défrichés. Mais ils les reçurent comme hôtes, comme
colons, comme fermiers aux conditions générales aux
conditions générales dans ces temps aux pauvres qui
s’établissaient sur un domaine pour le cultiver et
en partager les fruits. Les séculiers se trouvèrent
les usufruitiers des terres monastiques, ou, pour
remployer l’ancien langage, les mainmortables
des moines. Ils ne partagèrent pas avec les moines
la propriété du sol mais seulement la jouissance des
fruits. Le droit de propriété demeura intact aux
mains des premiers occupants ; les colons reçurent,
pour prix du travail qu’ils apportaient à la terre,
la plus grande partie des revenus…
…En second lieu, les rois confirmèrent à
l’abbaye son droit de propriété sur tout le
haut Jura…
Page 416 – Tome I : Ainsi, l’abbé de Saint-Oyend de
propriétaire devient chef politique ; le domaine des
moines est élevé au rang d’État.
Page 417 – Tome I : En premier lieu, il avait le
pouvoir législatif : il lui appartenait de faire
des lois, et par conséquent de les abroger, de les
interpréter, d’en dispenser, d’y déroger par des
privilèges………
…En second lieu, l’abbé de Saint-Oyend eut toujours,
la justice basse, moyenne et haute
et par conséquent le droit de faire grâce, qui en
est inséparable.
En troisième lieu, il avait le droit de créer des
magistrats pour rendre la justice ou exercer
l’administration, celui de créer des fiefs, droit
qui, dans le régime féodal, se confondait avec le
précédent.
…En quatrième lieu, il eut depuis Pépin et
Charlemagne, le droit de battre monnaie……..
…Les abbés de Saint-Oyend ont-ils usé de ce droit ?
Il est certain qu’ils en ont usé fort peu, sans
doute parce que l’archevêque de Besançon avait le
droit de frapper des pièces qui avaient cours dans
tout son diocèse, ce qui rendait difficile l’emploi
de la monnaie de Saint-Oyend. Cependant nous verrons
les abbés frapper monnaie. Et en effet, les ducs de
Bourgogne auraient-ils eu la tentation de leur
retirer un droit qu’ils n’eussent jamais exercé ?
…En cinquième lieu, l’abbé de Saint-Oyend avait le
droit de lever des subsides………
…Enfin, l’abbé avait le droit de faire la paix et la
guerre, et par suite de lever des troupes, de
construire des citadelles, d’avoir des fabriques
d’armes et des arsenaux, de donner des
saufs-conduits etc.
…Ajoutons encore quelques droit de moindre
importance.
L’abbé avait le droit de permettre aux habitants
d’un lieu de former une commune, de s’assembler et
de délibérer, de s’occuper de la gestion de leurs
affaires et de la défense de leurs droits.
Il avait le droit d’établir des foires dans les
villes, les bourgs et les villages de la
principauté.
Il avait le droit de chasser dans toute la terre de
Saint-Oyend et de donner le droit de chasse à qui
lui plaisait.
L’abbé avait la juridiction et la police sur les
chemins publics de la principauté, le droit de les
visiter et de les réparer..
Il avait non seulement la juridiction mais la
propriété des cours d’eau, car pour l’usage ils
étaient à tout le monde.
Page 426 – Tome I – paragraphes 739/742 :
Avant tout, il faut garantir la société contre les
excès de la liberté introduite par le régime féodal.
Nous avons vu que, dans l’effacement de la puissance
centrale, les chefs locaux se trouvèrent chargés de
défendre le territoire contre les envahisseurs. Il
en résulta que le droit de faire la guerre appartint
à toutes les villes, à tous les villages même, en un
mot à toutes les principautés locales. Or,
maintenant que les Normands sont fixés au sol, que
les Hongrois sont devenus, grâce à leur roi
saint-Etienne Ier, un peuple de saints, que les
Sarrasins n’infestent plus guère que les mers,
n’allons-nous pas voir les villes et les villages en
guerre perpétuelle entre eux ?C’est ce qui eut lieu.
Mais l’Église usa aussitôt de son influence alors
toute puissante pour combattre cet abus des guerres
locales.
Elle tâcha d’abord d’interdire la guerre entre
chrétiens…
…Un des premiers décrets, peut-être, le plus
célèbre, nous devons le remarquer, fut porté sur la
terre de saint-Oyend ? En 1033, le vénérable Hugues,
archevêque de Besançon, réunit un concile au Mont
d’Or et là, au milieu d’une assemblée à laquelle
l’abbé de saint-Oyend assistait probablement, il
prononça pour tous les chrétiens l’obligation
d’observer une paix inviolable : heureuse annonce
qui descendait des montagnes saintes de Condat et
portait aux pauvres et aux humbles d’indicibles
joies.
La prescription d’une paix perpétuelle était trop
contraire au tempérament belliqueux des hommes de
cette époque pour être parfaitement observée. Aussi
l’Église se vit dans la nécessité d’imposer, au lieu
de la paix de Dieu, la trêve de Dieu : la guerre fut
interdite, en tout temps, à l’égard de certaines
classes de personnes ou de choses et, à certains
jours, à l’égard de tous et de tout.
En premier lieu, certaines personnes, certains
lieux, certains objets, sont placés sous le couvert
d’une neutralité perpétuelle. Ce sont les clercs,
les moines, toutes les personnes consacrées à Dieu,
ceux mêmes qui sont en leur compagnie ; ceux qui
vont à l’église ou en reviennent, les pèlerins, les
voyageurs, les pauvres, les femmes, les laboureurs,
les bergers, tous les paysans, les négociants, les
croisés, ; les églises, les cimetières, les
monastères : les alentours des églises, des
cimetières, des monastères, à 30 pas, 60 pas à la
ronde ; toutes les terres et biens ecclésiastiques
ou monastiques, tous les biens des croisés ; les
oratoires, quelques petits qu’ils soient ; les pieds
des croix plantées le long des chemins ou à la
campagne ; les alentours des oratoires ou des
croix ; toutes les maisons des chrétiens ; les
bœufs, les vaches, les moutons et tous les animaux
de l’agriculture ; les terres et les bien des
paysans : les charrues et tous les instruments de la
campagne ; les oliviers, les pommiers et tous les
arbres à fruits.
En second lieu, l’Église interdit tout acte
d’hostilité à certains jours de la semaine et de
l’année ; chaque semaine, depuis le mercredi soit
jusqu’au lundi matin ; dans l’année depuis le
premier dimanche de l’Avent jusqu’après l’Octave de
l’Épiphanie, depuis le dimanche de la Quinquagésime
jusqu’après l’octave de Pâques, depuis le dimanche
avant l’Ascension jusqu’après l’octave de la
Pentecôte……………
Page 428 – Tome I : Quelque esprit chagrin fera
peut-être une objection : ‘’De quel droit l’Église
a-t-elle imposé ses volontés à la société du XI°
siècle ? De quel droit a-t-elle dit aux soldats de
cette époque : Vous pourrez vous battre les trois
premiers jours de la semaine, mais je vous le
défends les trois derniers jours et le dimanche ;
vous pourrez tirer l’épée en dehors des temps de
pénitence et de fête, mais je vous fais un crime
d’entreprendre la guerre pendant l’Avent et les
fêtes de Noël et de l’Épiphanie, le carême et la
fête de Pâques.
…En vertu de quel droit l’Église a-t-elle établi la
trêve de Dieu ? En vertu répond un protestant, du
droit qui appartient à tout homme valide d’aller
jeter de l’eau sur une maison qui brûle. En vertu,
répondent certains catholiques du pouvoir de
prescrire les mesures sociales qu’elle jugerait
nécessaire. En vertu du droit divin lui-même,
répondons-nous ; car elle a le droit divin d’obliger
et de contraindre tous les chrétiens, sujets ou
rois, particuliers ou sociétés à pratiquer
l’Évangile.
Page 438 – Tome I : Nous verrons l’église de
Saint-Romain démolie pendant la Révolution
française. ……
…Cependant, ce seront surtout les pauvres et les
habitants des villages et des fermes de la campagne
qui viendront attendre l’heure du grand réveil
auprès de l’église de Saint-Romain. Aussi, le
cimetière de Saint-Oyend ou sera appelé plus tard le
cimetière des bourgeois ou même cimetière
des nobles…….
…Un certain nombre de familles ont le droit de faire
ensevelir leurs membres dans l’église de Saint-Oyend
ou dans celle de Saint-Romain ; nous en verrons
plusieurs conserver ce droit jusqu’à la Révolution.
Page 446 – Tome I : Le cœur de l’homme est, par
suite de sa perversion originelle, naturellement
rebelle à loi divine…
Page 476 – Tome I – paragraphe 844 :
Au XVII° siècle, à une époque où beaucoup de chartes
ont été accordées par les seigneurs aux communautés
qui dépendaient d’eaux, l’abbé de saint-Oyend,
Etienne de Villars, à la demande de Point, prieur de
Mouthe rédigea en 19 articles, une charte qui
déterminait les redevances et la condition des
habitants de cette seigneurie. Le titre est de 1296.
Nous croyons qu’il ne faisait que sanctionner les
anciennes coutumes ; c’est pourquoi nous y voyons
l’état originaire des colons de Mouthe.
Voici les principaux articles :
1° Le prieur succède dans les biens des abergeurs*
qui meurent sans héritiers, à charge de payer les
dettes et les frais d’enterrement. ‘’En d’autres
termes, les colons mainmortables : le seigneur et
l’héritier de ceux qui meurent sans communiers.
Aberger signifie donner à cens ou à ferme. Il a
le même sens que les mots acenser ou accenser.
2° les abergeurs ne peuvent vendre qu’aux habitants
de la seigneurie, après avoir toutefois offert au
seigneur l’objet de la vente, et s’il ne veut
l’acheter, ils doivent payer les lods. ‘’L’exclusion
des étrangers était stipulée en faveur de la
communauté. Le seigneur, dans la plupart des terres
féodales, avait le privilège de pouvoir acheter les
objets mis en vente, de préférence à tout autre,
pourvu qu’il y mit le même prix. Les lods étaient
sans doute à Mouthe, comme dans le reste de la terre
de saint-Oyend, au tiers du prix.
3° Tous ceux qui ont feu et maison doivent
annuellement trois corvées et une géline (poule) à
caramantran (au carême entrant) ; ceux qui n’en ont
pas payent 5 deniers.
4° Chaque meix de Mouthe comprenant 11 journaux de
terre labourable et 10 soitures de pré doit par an
25 sous estevenants.
Voilà les corvées et les tailles des habitants de
Mouthe à l’égard des moines leurs seigneurs : 3
journées de travail, une poule ou 5 deniers ; les
propriétaires plus aisés donnent en outre 25 sous……
5° ; les abergeurs peuvent tant qu’il leur plait
essarter (défricher le sol en coupant et en brûlant
le bois) à la joux (dans la forêt de sapins) et
aplanir, pour avoir des terres voignables
(labourables) en payant la dime et q4 deniers par
soiture de pré ; et le tout peuvent vendre aux
conditions ci-devant dites………………….
Page 546 – Tome I : A la fin du XIV° siècle, vers
l’an 1393, l’abbé Guillaume de la Baume, de concert
avec son chapitre, fixe le nombre des religieux
profès à 36 ‘’attendu, duit-il, que les ressources
ne suffisent plus à la nourriture et à
l’entretien honnête d’un plus grand nombre’’.
Toutefois, l’abbé pourra recevoir ‘’des
jouvenceaux’’, c’est-à-dire des jeunes gens qui
aspirent à la vie religieuse. Le nombre des
religieux ne sera plus dès lors que le dixième de ce
qu’il a été dans les beaux siècles…….
…Cette diminution du nombre de religieux a deux
conséquences funestes.
Les moines de Saint-Oyend ont sous leur dépendance
une vaste terre dont ils sont les seigneurs
temporels. Lorsqu’ils étaient nombreux, le
gouvernement de principauté ne compromettait point
la vie religieuse. Car, à coté des administrateurs,
il y avait les contemplatifs ; derrière les hommes
d’affaire engagés dans les soins du gouvernent, il y
avait les hommes d’oraison, qui ‘’se cachaient dans
le secret de la face de Dieu’’., qui ‘’gémissaient
dans les trous de la pierre’’, qui ‘’se livraient à
une pénitence fervente’’.…….
…Puis les bâtiments du monastère sont immenses. Au
XIX° siècle, ils servent à loger plus de 200
personnes Dans le temps des ferveurs, ils ont
renfermé tout un peuple de moines. Après que le
nombres des religieux se trouve réduit à moins d’une
cinquantaine, que va-t-on faire de si vastes
bâtiments ? On ne peut les laisser inoccupés : les
moines se les partageront : chacun d’eux aura son
hôtel.
Voilà donc les moines de Saint-Claude jouissant
chacun d’une sorte de prébende monastique, possédant
une maison, des domestiques, tout un train.
Mais les séculiers sont toujours aux aguets des
postes lucratifs et honorables. Les revenus de
l’abbaye, depuis qu’ils se partagent par quote-part
entre les moines, sont enviés par les familles du
siècle. Elles se songent peut-être pas à les
usurper ; mais elles les convoitent pour quels-uns
de leurs membres. Elles rêvent de mettre leurs
cadets dans l’illustre monastère, pour s’en
décharger honorablement, en leur fournissant un
poste à riches appointements. Elles surveillent les
vacances qui se produisent à l’abbaye, si disputent
chaque place nouvelle, comme un précieux héritage
qui leur permet de soulager leur indigence tout en
rehaussant leur éclat.
Que verra-t-on bientôt ?
La noblesse forme la classe riche et puissante. Elle
considèrera peu à peu l’abbaye de Saint-Oyend comme
un domaine qui lui appartient en propre ; elle verra
dans les places monacales autant de fiefs qui ne
peuvent être tenus que par ses membres : les enfants
du peuple seront exclus de l’abbaye, les fils de
race seuls y seront admis : l’antique monastère des
saints sera une abbaye noble……
Page 547 – Tome I : Et en effet, à partir de cette
époque, les abbés et les moines connus appartiennent
la plupart à la noblesse….
…Que l’aristocratie fondât à ses frais un monastère
dont l’entrée fût réservée à ses membres : ce serait
tolérable. Encore il est probable que la pauvreté et
l’humilité du Sauveur n’y seraient pas pratiquées au
degré héroïque. Mais, que la noblesse s’établisse en
souveraine dans une abbaye ouverte pendant six ou
sept siècles à tous ceux que le Saint-Esprit appelle
à la vie parfaite, c’est une usurpation manifeste.
Il n’est pas permis de confisquer ainsi, au profit
d’une classe, un monastère qui doit toutes ses
grandeurs non pas aux nobles, mais aux saints. C’est
une grande iniquité de détourner de sa fin une si
glorieuse institution……..
Page 548 – Tome I : On dit plaisamment, mais avec
assez de vérité, que le diable entre dans les
monastères par le réfectoire et dans les religieux
par la bouche……..
Page 622 – Tome I : M. DROZ a émis une opinion que
nous retrouvons dans beaucoup d’auteurs :
‘’les forêts qui couvraient autrefois ces montagnes,
dit-il, étaient si vastes qu’on ne bâtissait qu’en
bois, même à la ville, où dans le XIV° siècle une
maison de pierre était regardée comme une chose bien
distinguée. Les meix des mainmortables n’étaient, en
quelque façon, que des cahutes semblables à celles
des sauvages. Tout leur manoir consistait en une
chambre d’environ quinze pieds quarrés (sic), on
faisait le feu dans le milieu, et les cloisons en
bois se terminaient en pointe à un trou quarré pour
laisser sorti la fumée. Les écuries et le grenier
formaient le reste de l’habitation et l’on couchait
dans les écuries. La plupart des maisons de paysans
ont retenu cette forme, mais en plus grand.
TOME II :
Page 52 : Souvent aussi l’abbaye a inféodé des
terres ou des revenus pour se donner des défenseurs.
Elle s’est vue en butte aux attaques de seigneurs
inquiets. Comment un abbé pouvait-il paraître à la
tête d’une armée et repousser la force par la
force ? C’est pourquoi les moines songèrent à
confier leur défense à des seigneurs laïques,
souvent à ceux-là mêmes qui les menaçaient. Ils leur
inféodèrent une partie des terres, gardant la
souveraineté et cédant l’usufruit, sous la condition
que les nouveaux vassaux défendraient non seulement
les terres qui leur étaient remises, mais encore
toute la principauté monastique. Ces seigneurs, en
devenant par l’association féodale, les hommes de
l’abbaye, s’engageaient a être ses défenseurs
officiels ; le monastère, par la cession volontaire
de certaines terres, acquérait des protecteurs dans
ses agresseurs de la veille.
Page 53 … XIII° siècle… Les mainmortables pouvaient,
par leur intelligence, leurs vertus, leurs services,
acquérir un fief et entrer dans l’aristocratie. Une
fois devenus nobles, ils voyaient s’ouvrir devant
eux une voie immense d’ascension ; car entre les
membres inférieurs de l’aristocratie et ses membres
supérieurs, la distance était incomparablement plus
grande qu’entre les mainmortables et les derniers
feudataires……
Page 65 tome II : Les habitants de Septmoncel et de
Gex se montraient également avides des riches
pâturages de cette vallée. Au commencement du XIV°
siècle, ces prétentions rivales amenèrent une longue
suite de collisions, de pillages et même de
meurtres. ‘’La possession de cette vallée,
lisons-nous dans le traité de paix qui fin aux
contestations, donna lieu à des chicanes qui en peu
de temps dégénérèrent en luttes ouvertes : il en
résulta des homicides, des pillages, des incendies
et tous les autres maux que cause la guerre, au
grand préjudice des habitants des deux pays.
Tout naturellement, les habitants de Septmoncel,
plus rapprochés des lieux contestés que ceux de Gex,
accoutumés sur leurs froides montagnes à une vie
plus austère, eurent ordinairement les honneurs de
la guerre et furent les principaux auteurs des
dégâts commis……
…Un premier traité de paix fut conclu en 1324, ‘’le
mercredi avant la Nativité de la Sainte Vierge’’
mais il ne mit pas fin aux compétitions rivales et
aux hostilités. Un autre traité fut signé 10 ans
plus tard, le 22 août 1334, entre l’abbé Jean de
Roussillon et le sire de Gex, Huguard de Joinville.
Il fut définitif…….
Page 130 : Tome II : la peste noire – La terre de
Saint-Oyend, malgré son climat exceptionnellement
salubre, fût horriblement éprouvée par le
fléau. Le plus grand nombre des habitants moururent
à Saint-Claude, à Moirans et dans tous les villages.
Dans les Grandvaux, les trois quarts de la
population au moins succombèrent ; ailleurs les
victimes furent plus, nombreuses encore ; les
plateaux de Septmoncel et de Longchaumois n’eurent
plus que quelques rares habitants. Ces ravages de la
peste eurent lieu en 1349. Aussi, cette année
demeura tristement fameuse sous le nom d’année de la
grande mort.
Quelques années après, une autre épreuve vint
s’abattre sur notre province. Il se forma, de 1336 à
1360 durant la première période de la guerre de cent
ans, une multitude de petits corps de troupes qui
paraissaient combattre soit pour la France, soit
pour l’Angleterre, mais qui en réalité, n’étaient
guère occupés qu’à vivre de pillages et d’aventures,
n’importe sous quel drapeau.
Page 139 tome II : La réconciliation du duc de
Bourgogne avec le roi de France par le traité
d’Arras (1435) fut suivie d’une invasion semblable à
celle des routiers. Une foule de capitaines sans
aveu, de ‘’soudoyers’’ sans emploi, de soldats
pillards auparavant attachés à la fortune de la
France ou celle d’Angleterre, se mirent à faire la
guerre en leur propre nom, pour vivre et courir des
aventures. ‘’Leurs excès rappelaient ceux des chefs
de bande, des aventuriers, de tous ces amis du
pillage que l’on avait vu paraître au siècle
précédent, après le traité de Brétigny.’’
…‘’Ces bandes assouvissaient principalement dans les
campagnes leur soif du pillage. On les appelait les
écorcheurs, à cause de leur incroyable
férocité. Ils écorchaient ceux qui osaient leur
faire résistance, les pendaient à des arbres ou les
noyaient dans les rivières’’.
Page 147 Tome II : 1437…Le vassal prêtait
l’hommage à genoux. L’abbé se tenait debout, les
mains croisées sur la poitrine. Si le vassal était
noble, il baisait l’abbé à la bouche ; sinon, il le
baisait seulement à la main…
Page 183 Tome II : 1615… Un esprit
d’incroyable insubordination s’était introduit, nous
l’avons vu parmi un certain nombre de religieux…
Page 215 : Tome II – 1685 …
Le bulle ne fut point présentée par l’abbé et les
moines de Saint-Claude au duc Philippe le Bon, qui
se prétendait le souverain de la terre monastique du
haut Jura comme de toute la Bourgogne. Ce prince au
caractère dominateur, écrivit au Saint-Siège pour
lui dénoncer que la bulle n’avait pas reçu son
exécution et se plaindre de ce qu’il considérait
comme la violation de ses droits régaliens.
Page 321 : Tome II – 1931 – L’éxédent des
recettessur les dépenses fut donc en 1651 de 1048
rancs. Une partie de cette somme fut employée à
renouveler le mobilier de l’hôpital. Nous voyons en
effet dans un compte particulier que 593 francs et 1
gros furent donnés à Démoly, marchand pour
vaisselle d’étain et autres meubles.
Archives de l’Évêché
de St-Claude
Page 323 : Tome II – 1937… La cause de tous le mal
est unique : la principauté monastique, avec
ses revenus et sa puissance, appartient à la classe
nobiliaire bien plus qu’à l’Église ; elle est déjà,
en partie sinon complètement un bénéfice séculier
exploité par les hommes du temps.
Nous verrons un jour l’aristocratie emportée dans
l’ouragan révolutionnaire. Nous devrons reconnaître
qu’elle a donné, jusqu’à la fin, le spectacle
d’admirables vertus ; mais nous devons confesser
aussi qu’elle avait commis le crime de mettre la
main sur les richesses et les domaines de l’Église
et spécialement sur la principauté possédée par
saint Pierre dans le haut Jura.
Page 420 – Tome II chapitre 2152 : Puisque nous
parlons des fléaux qui éprouvèrent nos aïeux au XVIe
et au XVII° siècle, mentionnons une sécheresse
extraordinaire survenue en 1556.
‘’Ceste année 1556, raconte un chronique
contemporain, s’appellera l’année de la grande
seicheresse pour ce que les vivans (tant vieulx
soyent-ils) n’en n’ont nous-seulement veu aucune
semblable mais ny aussi ouy parlé d’une telle.
Icelle seicheresse commancea en my-mars, continuant
avec bruslante et extresmes chaleurs jusques au X°
d’aoust, qu’elle a été refroidie par une pluye. Les
bleds sont demeurés cours de paille et de grains :
la terre n’a produict aucunes herbes, du moings si
peu que c’est chose estrange ; tellement que qui
avoit accoustumé passer XX chariotz de foin n’en a
passé qu’un ou 2 pour le plus … L’on ne vit oncques
tant de processions parmi les champs tellement que
c’estoit chose triste et piteuse et lamentable
spectacle de les voir ainsi crier en toute humilité
miséricorde. Et par la véhémente chaleur, les
simples et menues gens (qui souloyent aller nud
piedz) étoient contrainctz eulx chaulsser, pour
estre la terre si ardamment bruslante, qu’ilz ne la
pouvoyent ainsi endurer. L’on vendangea au my-aoust,
après que la pluye de ce moys eust trempé la terre,
laquelle (auparavant tant aride) fut de si grand
amour ayant receue la pluye, qu’elle produict
soudainement et comme par miracle, estant
ainsi trempée, non seulement forces herbes et
rouvains en très grande abondance, ains aussi en
plusieurs arbres de toutes sortes et ès vignes :
elle fit gecter et sortir nouveaulx bois, feuilles,
fleurs et fruicts : de sort que c’estoit chose
émerveillable voir en septembre plusieurs arbres et
buissons fleurys ainsi comme à Pasques… (Les
nouveaux fruicts) ne vindrent toutefois à maturité.
Page 430 – Tome II – chapitre 2175 :
…C’est une requête adressée en 1550 par les échevins
et les habitants à l’empereur Charles-Quint pour lui
demander un mandement de garde contre les violences
des religieux et une décision conforme à leurs
intérêts, sur les procès pendants.
Les suppliants exposent longuement leurs griefs
contre le chapitre :
1° - Par la faute et culpe des dits religieux ou de
leurs mercenaires, et à leur moyen, le feu s’alluma
au clocher de l’église de Saint-Claude en 1520, et
consuma l’église de Saint-Romain parochiale et les
deux part de la ville. Une seconde fois en 1547, par
même faute et culpe desdits religieux ou de leur
famille, le feu s’empreint au dit couvent brusla la
dite église de Saint-Romain et grande partie de la
ville.
2° - Les Religieux, loin de réédifier l’église de
Saint-Romain, comme c’était leur devoir, tant à
raison qu’elle est été bruslée deux fois à leur
faute et culpe, que pour ce aussi qu’elle est unie à
la table dudit monastère, ont empesché et empeschent
les habitants de la rebâtir jusqu’à leur dresser à
cette fin, un procès en la cour souveraine de
parlement à Dole.
3 – La paroisse possédait une cloche unique si
petite que ceux de la ville ne la pouvaient ouïr,
bien moins les autres parochiens de ladite église
demeurans en six ou sept villages voisins distans
d’icelle d’une lieue et plus……..
4 – L’Empereur avait ordonné des processions et des
prières dans tous ses États pour le succès de sa
croisade contre les Maure d’Afrique ; les habitants
de Saint-Claude comme bons et affectionnés subjets,
prièrent les religieux de faire et dresser une
procession générale et pourter les sanctuaires,
comme de coustume. Ils refusèrent. Alors les
habitants s’entendirent avec les familiers de
Saint-Romain et avec eux firent dévote procession et
prières pour le succès des armes de l’Empereur : de
quoi marris, lesdits religieux citèrent les échevins
devant la cour de Dole……..
5 – Les moines, pour plus molester lesdits pauvres
suppliants ont refusé de payer le tiers des dons
gratuis. Condamnés par une première sentense du
Parlement, ils en ont appelé et est encore ledit
procès pendant à ladite cour.
6 – Depuis naguère, les religieux ont porté à
Genève, ville infectée de la maudite secte
luthérienne, grande quantité de joyaux, thrésor et
sanctuaire de laditte église de Saint-Claude, même
une image d’or en valeur et estimation de douze cens
écus, représentant le duc Charles, bisaïeul de
Charles-Quint : de quoi lesdits de Genève ont fait
chanson dérisoire contre la sainte ancienne
religion. Cette vente est inexcusable, car les
moines sont riches et abondans en seignories,
rentes, censes et dimes, corvées et oblations.
7 – Les religieux ont obtenu de l’empereur et de son
aïeule la princesse Marguerite environ 2.000 francs
pour la réparation de l’église de Saint-Claude. Or
desdits deniers ont fait seulement reblanchir partie
de laditte église et y ont mis deux écussons en
bois, qu’ils ont pu faire pour cent francs. Ils
convertissent l’argent des aumônes au frais de
plusieurs et infinis procès qu’ils suscitent aux
dits suppliants ou a d’autres.
8 – Ils donnent le spectacle d’une grande
dissolution de mœurs.
9 – bien souvent et quand bon leur semble, partent
de nuit et de jour, du pourpris du couvent,
embastonnés d’arquebuses, épées, poignards,
pistolets et autres armes, vêtus de cotte-de-maille
et autres leurs adhérents, vont par la ville et
bourg dudit Saint-Claude plus que militairement,
frappant, outrageant et opprimant lesdits supplians
et les familles atrocement sans occasion et raison,
les chassant au long de laditte ville et aucuns
tellement blessans qu’il y a eu, par plusieurs fois,
crainte de mort…………………………..
Page 449 chapitre 2214 - 2215… ‘’le Prel des Prost
de Lonchaumois estant en Goulans et en
dessous le Prel de Louis Gros des Rousses par dessus
le Saugy, tirant au grand chemin public allant
dudict Morbier à Saint-Cergue devers vert et
du coté du soleil levant les limites du pays de
Savoie et dudit Saint-Cergues.…’’
…Ainsi les limites du territoire acensé sont : au
nord, le Pré Rodet, entre les villages actuels de
Bois-d’Amont et du Brassus : à l’occident, les
limites mêmes du Risoux, au-dessus de
Bellefontaine ; au midi, la gorge de Gouland
et le chemin qui mène de Morbier, nous dirons
aujourd’hui de Morez à Saint-Cergues, à son extrême
supérieure.
Page 495 – chapitre 2319 :
…..Mais arrêtons-nous : il nous suffit d’observer
que nous avons affaire aux légistes, à ces
révolutionnaires qui, armés du droit romain, ont
ruiné, par un travail lent et profond, toutes les
institutions féodales, avant que les fous de 89 et
93 n’en fissent disparaître les restes par des
destructions violentes et bruyantes.
Page 524 – Tome II – paragraphe 2382 :
D’horribles famines s’abattirent sur notre
malheureux pays. ‘’Joseph, dit Girardot de Noseroy
en parlant des évènements de l’année 1638, Joseph
narre la famine qui fut à Jérusalem durant son siège
où les mères mangèrent leurs propres enfants : le
siège de Paris sous Henri IV a quelque chose
d’approchant, mais (sans rien enchérir) la famine de
nostre Bourgogne en cette année 1638 a passé par
dessus tout cela incomparablement. La postérité ne
le croira pas, les riches qui possédoient force
chevances et avoient eu au commencement des
espargnes estoient espuiséz, les pauvres paysans
estoient retirez dans les villes sans labeur ni
employ, le bled rare partout se vendoit à prix
démesurés : on vivoit des herbes des jardins et de
celles des champs, les charognes des bestes mortes
estoient recherchées aux voiries, mais cette table
ne demeura pas longtemps mise : on tenoit les portes
des villes fermées pour ne se voir accabléz du
nombre des gens affamez qui s’y venoient rendre, et
hors des portes les chemins demie lieue loing
estoient pâvez de gens haves et deffaicts, la
plupart estendues de foiblesse et se mourant : dans
les villes les chiens et les chats estoient morceaux
délicats, puis les rats estant en regne furent de
requise et la face des villes estoit partout la face
de la mort’’ .
Page 544 – Tome II - chapitre 2434 :
Au milieu des malheurs prolongés dont la
Franche-Comté fut le théâtre et la victime, les
habitants voyant leurs maisons détruites et leurs
champs périodiquement ravagés, sans abri, sans
ressources, livrés à des transes continuelles,
émigrèrent en grand nombre. Ce fut pendant
l’horrible famille de 1638 que les Comtois
commencèrent à quitter leur pays. ‘’En cette
occasion, dit le seigneur de Beauchemin, les plus
courageux résolurent de se tirer hors du pays durant
cette horrible saison et passèrent en pays étranger,
où eux et leurs femmes gagnèrent leur vie et celle
de leurs enfans par le travail de leurs bras. Les
premiers passèrent en Savoye et en Suisse : d’autres
les suivirent, ce fut une sortie générale, et ne
pouvant la Suisse et la Savoye soustenir tant de
gens la plus grande partie qui cherchoit les
terres de son Toy passa en Italie et s’arrêsta à
Milan, grand nombre néantmoins passèrent jusques à
Rome, patrie commune de tous les chrétiens ; un curé
s’y trouva l’année suivante avec cinq cens de ses
paroissiens, auquel le pape donna une église pour
leur y administrer les sacrements ; on comptoit
qu’ils « estoient à Rome dix ou douze mille
Bourguignons de tout sexe’’……..
Page 552 – Tome II – chapitre XL :
1581 – Un concile de France constate que l’invasion
de l’hérésie est ordinairement accompagnée du
déchaînement de la magie ; il remarque qu’au XVI°
siècle les ravages de l’hérésie protestante ont été
suivis d’un étrange développement des arts occultes
et ordonne aux tribunaux ecclésiastiques d’informer
et de sévir contre les coupables. « « De même que
presque toutes les hérésies, ce sont les paroles du
concile, ont abouti à la magie et au règne de Satan,
ainsi nous avons à déplorer qu’en ce royaume, dans
la plupart des lieux par l’effet de la licence des
hérésies, les maléfices s’exercent avec une
incroyable audace et mettent en péril les mariages,
la vie et la fortune des hommes. Désirant porter
remède, autant que nous le pouvons à un si
grand mal, nous prescrivons que l’excommunication
soit renouvelée tous les dimanches contre les
magiciens, les athés et les libertins,
et qu’en outre on informe contre eux et qu’on les
punisse selon la rigueur des canons, en invoquant,
s’il est besoin, le secours du bras séculier.
Nota : avons-nous besoin d’observer que le mot de
libertin avait au XVI° siècle un autre sens que de
nos jours ? Maintenant, il désigne les hommes d’une
vie dissolue, qu’elles que soient leurs doctrines ;
alors il se disait de certains sectaires protestants
qui, professant le panthéisme ou l’athéisme,
faisaient fi de toute religion et de toute morale,
et s’appliquait généralement à tous les impies qui
s’attribuaient toute licence de penser et d’agir.
Page 554 – chapitre 2453 :
Henri BOGUET grand juge de Saint-Claude depuis le 1er
février 1596…
…Quelques auteurs l’ont accusé d’avoir condamné à
mort 2.000 sorciers ; d’autres portent le
chiffre à 1.500. Certains historiens se croient
modérés quand ils réduisent le nombre à 800.
L’avocat CHRISTIN n’osait cependant aller jusqu’à
ces chiffres, car il écrivait dans la terre de
Saint-Claude, où l’invraisemblance de ces nombres en
aurait été la réfutation ; mais il ne craignait pas
d’affirmer que H. BOGUET avait condamné à mort 600
personnes : ils l’affirmaient, disait-il, sur la
propre déclaration du grand juge. ‘’Celui de ces
juges qui a eu le plus de réputation – ce sont ses
paroles – est un nommé BOGUET, auteur d’un livre sur
les Sorciers imprimé à Lyon en 1609 avec
l’approbation de quatre généraux d’ordre. C’est dans
cet ouvrage que BOGUET se vante d’avoir fait brûler,
dans l’espace de dix ans, le nombre de six-cent
sorciers, dans le petit pays de Saint-Claude’’…
…dans un nota : CHRISTIN ajoute ’’on condamnait
alors comme sorciers tous bourgeois, tout
cultivateur qui avait le courage de défendre les
droits de sa commune contre la tyrannie des
moines’’.
Page 565 – Tome II – chapitre 2473 :
L’historien se doit avant tout à la vérité. Henri
BOGUET ne nous paraît pas un criminel, nous ne le
condamnons pas. Celui que nous condamnons, c’est
Martin Luther, c’est Zwingle, c’est Calvin, se sont
les hérésiarques du XVI° siècle. Oui, le
protestantisme, en déchaînant l’hérésie, le schisme
et tous les crimes dans le monde, a produit cette
invasion des arts occultes, que le grand juge de
Saint-Claude a combattue selon le devoir de sa
charge. C’est à la fausse réforme du XVI° siècle
qu’il faut s’en prendre des pratiques magiques de
nos sorciers et des exécutions de Henri Boguet.
Page 636 – Tome II - Le 20 juin 1679, Denis
CHANDIOT, intendant de Don Juan d’Autriche donne, au
nom de l’abbé et sur la demande des deux prêtres
fondateurs et des échevins…… Par les mêmes lettres,
il amortit à perpétuité…les prés et vergers, tant
des demoiselles veuve et héritiers du fut sieur
Claude Démoly……
Page 664 – Tome II - chapitre 2663 :
Anne Gentel veuve Demoly, en 1686, Brody en
1738, reconnaissent tenir du grand prieur la grange
du Mouton avec les 60 soitures qui en dépendent,
prés, champs, bois, broussailles, sous le cens
annuel de 3 blancs.
Page 668 – Tome II - chapitre 2669 :
… Nous avons une extrême répugnance à voir la
puissance civile s’immiscer dans les affaires
ecclésiastiques. C’est aux conciles qu’il appartient
de statuer sur les dîmes, de constituer aux pasteurs
des portions convenables partout où les dîmes ne
sont plus entre leurs mains ; mais les rois de
France ne souffrent plus la tenue des conciles et se
substituent à ces vénérables assemblées pour régler
des questions qu’elles seules seraient aptes à
décider : ils empêchent l’exercice de la puissance
ecclésiastique dans ceux qui l’ont reçue de
Jésus-Christ et l’usurpent pour eux-mêmes, eux qui
ne l’ont pas reçue.
Page 775 – Tome II – chapitre 2888 :
1718… Un incroyable esprit de changement se répand
dans toutes les classes de la société : on a plus le
même respect des ancêtres, le même amour de leur vie
simple, le même désir de continuer la profession de
ses pères. On aspire à une carrière nouvelle qui
mène à la fortune et procure les jouissances. On
quitte volontiers le foyer domestique pour trouver
plus d’indépendance et courir des aventures. La vie
et l’esprit de famille s’affaiblissent,
l’individualisme fait invasion…
Page 778 – Tome II – chapitre 2893 et 2894 :
1770… Saint-Claude fournissait alors au barreau un
grand nombre d’avocats. L’un des plus jeunes était
ce Charles Gabriel Frédéric Christin (2) que nos
lecteurs connaissent depuis longtemps (3). Attaché à
la cour de Besançon, avide de gloire, impétueux,
habile dans ce style d’enthousiasme factice que
Rousseau avait mis à la mode et qui allait régner en
souverain dans les assemblées révolutionnaires, il
avait tout ce qu’il fallait pour échauffer les
passions de la multitude. Il s’était lié avec ceux
qui s’appelaient les philosophes et les économistes,
ces impies fameux qui blasphémaient tout ce que les
nations chrétiennes avaient adoré jusque-là, grands
déclamateurs qui exerçaient alors une irrésistible
puissance sur l’opinion publique.
…L’ami de Voltaire et de sa troupe avait compris que
le procès des six communautés lui fournissait une
précieuse occasion de faire du bruit. Il réussit à
se faire confier la défense des mainmortables et se
jeta dans la carrière avec la fougue de son
caractère bouillant. Il rédigea les requêtes au roi,
publia des mémoires, fit imprimer à Neuchâtel une
dissertation (4) retentissante qu’il donna ou
laisser donner sous le nom du coryphée des
incrédules….
Nota :
(2) né à Saint-Claude le 09.05.1741 ;
(3) Durant les sombres jours de la Révolution,
l’avocat Christin sollicita de la municipalité de
Saint-Claude, un certificat de résidence. Ce
certificat lui fut délivré, le 14 janvier 1793, et
enregistré dans le Registre des Délibérations
municipales. Nous y relevons son signalement :
‘’Taille de cinq pieds, sourcils noirs, nez aquilin,
yeux gris, cheveux presque blancs, maigre, portant
perruque, d’une complexion faible (Archives de la
ville de Saint-Claude).
(4) L’ouvrage porte pour suscription ces mots de
Virgile, à l’adresse des moines et de la mainmorte :
Quod genus hoc hominum ? Quare
hunc tam barbara morem
Permittit Patria ?
Le mensonge fut universellement accepté dans nos
montagnes et 40 ans plus tard, en 1811, un maire de
Saint-Claude, parent et ami de l’avocat, M. Jules
Crestin, semble conserver encore des doutes sur le
véritable auteur du livre….
Page 851 – Tome II – chapitre 3016 :
Les Députés de la Constituante furent Théodore
VERNIER de Mailly-Château-Renaud, POURTIER de
LARNAUD de Lons-le Saunier, BABEY d’Orgelet, RENAUD
D’EPERCY de Dole, MOREAU de Salins, BIDAULT de
Poligny, GRENOT de Gendrey, l’avocat CHRISTIN de
Saint-Claude, tous ardents pour les nouvelles
doctrines.
Page 887 – Tome II – chapitre 3058 :
Saint-Claude détruite par un incendie…
…Le 1er Messidor de l’an VII de la
République française (19.06.1799), à midi trois
quarts, une épaisse fumée se fit jour sous le toit
d’une maison appartenant au citoyen Siméon Lançon,
de Tressus, habitée par un Jean François Mandrillon
du même lieu.. Ce Mandrillon, homme de haute taille,
desséché par l’usage immodéré de la pipe et du vin
est accusé par les uns d’avoir mis le feu dans son
grenier à foin avec une étincelle échappée de sa
pipe ; il est accusé par les autres de l’avoir mis
en ferrant la roue d’un char dans ce grenier…
…Le lendemain, on travaille à retirer des décombres
les victimes de l’incendie. Le premier qui se
présente aux regards est le trop fameux CHRISTIN.
Les municipaux, on peut s’y attendre, ne voient
point dans sa mort une juste punition du ciel pour
ses attentats contre la justice : ils entonnent sur
son cercueil un chant funèbre : ‘’Le premier,
disent-ils, dont la déplorable catastrophe vint
frapper les oreilles et contrister les cœurs, ce fut
vous, Charles Gabriel Frédéric CHRISTIN !
Votre longue étude des lois vous avait constitué le
conseil, le guide, le conciliateur de toutes les
familles de nos montagnes. Votre courage énergique
avait lutté contre la puissance vindicative pour les
affranchir de l’ignominie du joug féodal qui pesait
sur elles… La nature aussi vous distinguait dans le
nombre des pères les plus dignes de ce tendre nom,
et votre benjamin ne verra plus soulever son berceau
pour caresser son réveil ! C’est en vain qu’un
citoyen dévoué, le citoyen Claude Grosgurin, brava
les flammes
pour vous arracher à la mort, c’est en vain qu’il
vous remit dans les bras de votre épouse à
demi-brûlée ; hélas ! ce n’était plus que votre
dépouille mortelle ; vous veniez d’expirer…
______________________
2) Dissertation
sur l’établissement de l’ABBAYE de SAINT-CLAUDE
Ses chroniques, ses légendes, ses chartes, ses
usurpations et sur les droits des habitants de cette
terre.
Ouvrage de l’avocat Charles Gabriel
Frédéric CHRISTIN* - Imprimé à Neuchâtel en
1772.
Né à St-Claude du Jura le 09.05.1741, Charles
Gabriel Frédéric CHRISTIN connaîtra une fin tragique
lors de l’incendie de sa maison et de sa précieuse
bibliothèque à St-Claude le 1er messidor
de l’an VII (19 juin1799).
Page 3 chapitre I :
Le pays de St-Claude était habité plusieurs siècles
avant l’établissement des moines.
Aux environs de la ville de S. Claude, dans des
lieux appelés le lac d’Antre, le Pont-des-arches, le
grand Villars et Jeures, on découvrit, sur la fin du
siècle dernier, des médailles, des marbres, des
statues, des inscriptions, des portiques, des
chapiteaux, des aqueducs, les ruines d’un théâtre,
d’un édifice destiné aux bains publics, d’un palais
et d’une multitude de bâtiments particuliers.
On y remarqua une plate-forme pavée de grands
carreaux de marbre blanc incrustés de granite, de
porphyre et de serpentin. On y trouva dans les
décombres d’un temple une statue du dieu Pan.
Ces découvertes se firent sous les yeux de M. de
Vaubour, alors intendant de la province et
l’histoire en fut publiée en 1709, par le jésuite
Dunod.
Nous ne dirons pas avec le jésuite que c’était là
l’ancienne ville d’Avenche, que Tacite, l’itinéraire
d’Antonin, et la table Théodosienne placent chez les
Hélvétiens, auprès du lac de Morat, ni avec
l’histoire des Séquanais, que la ville portait le
nom de Maurienne.
Notre dessein n’est pas de substituer des
conjectures aux fables que nous nous proposons de
détruire. Les monuments trouvés au lac d’Antre, au
Pont des arches et au village des Jeures, prouvent
aux yeux qu’il y avait dans ces cantons une colonie
considérable sous les empereurs Romains. Le nom de
cette colonie est un objet de pure curiosité, qu’il
nous importe peu de savoir. L’essentiel est d’avoir
des preuves que cette contrée était habitée avant
l’établissement du christianisme dans les Gaules, et
conséquemment avant celui des moines.
Page 55 – chapitre VI :
…Dans la suite ils (les moines) se lassèrent de
juger aux-mêmes, et ils commirent des laïcs pour
juger en leur nom. Celui de ces juges qui a eu le
plus de réputation, est un nommé Boguet auteur d’un
livre sur les sorciers imprimé à Lyon en 1609, avec
l’approbation de quatre généraux d’ordres. C’est
dans cet ouvrage que Boguet se vante d’avoir fait
brûler dans l’espace de dix ans ; le nombre de six
cents sorciers dans le petit pays de Saint-Claude et
qu’il conseille à ses confrères de faire pendre par
provision ceux qui seront prévenus de ce crime, sauf
à leur faire ensuite un procès. On condamnait alors
comme sorciers, tout bourgeois, tout cultivateur qui
avait le courage de défendre les droit de la commune
contre la tyrannie des moines…
Page 57 :
… Puisqu’ils osèrent se soustraire à l’obéissance
qu’ils avaient jurée à leur souverain légitime et
lui disputer les droits en plein parlement, on pense
bien qu’ils eurent encore moins d’égards pour les
malheureux habitants de la terre de S. Claude. Ils
commencèrent par les accabler d’impôts, et après le
rachat, malgré leurs promesses et leurs serments,
ils les rétablirent de nouveaux.
Ces vexations ayant dépeuplé le pays, ils
s’emparèrent des terres, en vendirent une partie aux
seigneurs de Chalon et l’autre aux malheureux que
leur tyrannie avait épargnés. Après que ces ventes
eurent été consommées et qu’ils eurent dissipé les
sommes qu’ils en avaient retirées, ils établirent
pour rentrer de nouveau dans les mêmes biens,
l’esclavage de la main morte. Le faux et la violence
les avaient mis en possession des terres,
l’infraction des traités et le parjure les mirent en
possession de l’esclavage…
Page 58 :
Le débiteur n’est pas obligé à représenter sa
quittance que lorsque le créancier représente son
titre. Ainsi, ce n’est point à ces habitants à
prouver qu’ils sont nés avec les droit de touts les
hommes, c’est aux moines de S. Oyand, ou au chapitre
qui leur a succédé à prouver qu’ils les ont perdus.
C’est à eux à prouver qu’ils ont été les premiers
cultivateurs de la contrée, mais nous avons vu qu’il
y avait des colons et des propriétaires avant que
l’on y vit des moines…
Page 62 :
…On voit dans une charte originale nouvellement
recouvrée, que les moines de S. Oyan, avaient imposé
des tailles ou des redevances en deniers, en avoine
et en foin sur tous les habitants de la paroisse de
Lonchaumois qui comprend Orcières, Lamouille, Morez
et qui alors comprenait de plus les deux tiers de la
paroisse des Rousses.
Ces tailles furent rachetées par les habitants en
1298, pour le prix de trois cent livres Viennoises ;
mais ils perdirent la charte qu’on leur avait donnée
et trois ans après, ils furent obligés de payer
encore soixante livres Viennoises pour en avoir une
nouvelle. Cette dernière charte est datée du mois de
janvier 1301.
Page 65 : … On lit dans une charte du 27 février
1390, que la peste s’était introduite dans cette
paroisse, que plusieurs cantons s’étaient dépeuplés
et que les champs et les prés s’étaient couverts de
forêts. L’abbé Guillaume de la Beaume, qui se
prétendait alors souverain, s’empara des parties de
ce territoire qui étaient abandonnées et les vendit
aux habitants qui avaient échappé à la peste, pour
le prix de soixante dix livres pesant d’or…
… Tandis que M. de la Rochefoucault comblait de ses
biens ses vassaux, les chanoines de S. Claude
occupaient dans leurs terres des huissiers et des
cavaliers de maréchaussée à faire saisir les meubles
et emprisonner les personnes des pauvres
cultivateurs qui étaient en retard de payer quelques
modiques redevances, ou des amandes que leurs
propres juges avaient prononcées à leur profit. Pour
faire payer à ces malheureux des frais plus
considérables, au lieu d’employer les sergents de la
seigneurie, on en a fait venir exprès des bailliages
étrangers et lorsqu’on a voulu se plaindre de cette
vexation, le procureur d’office du chapitre a voulut
battre et a menacé de faire pendre ceux qui lui
portaient ces plaintes…
Page 76 : …Les habitants du mont Jura ne sont pas
rassemblés dans des villages comme les habitants de
la plaine. Leurs huttes sont éparses et isolées sur
les rochers, dans les forêts, au fond des vallons.
Souvent leurs enfants et leurs troupeaux ont été
dévorés par les ours et les loups qui habitent leurs
cavernes. Leur voisinage de la Suisse et de la
Savoye, les expose de plus qu pillage des brigands
qui passent d’un Etat à l’autre. Au mois de mai
1762, la caisse du contrôle de Morez et les
habitants de ce lieu furent pillées par une troupe
de scélérats dont le chef est bien connu. Par ces
considérations, les commandants de la province
avaient trouvé bon que ces malheureux tinssent des
fusils dans leurs huttes mais on leur enlève par
surprise leurs permission, on fait ensuite saisir
leurs fusils et comme si ce n’eut pas été assez de
les laisser en proie à la voracité des bêtes féroces
et au pillage des brigands, on les fait condamner à
de nouvelles amendes pour avoir des prétextes de les
dépouiller plus vite du peu qui leur était resté des
précédentes saisie.
On imagine qu’en les faisant passer pour des
rebelles, on étouffera leurs justes réclamations et
on écrit, au mois de septembre 1770, à M. le
duc de Choiseul qu’ils sont des séditieux que l’on a
été obligé de faire désarmer. Si cette délation n’a
pas eu de suites, c’est que les officiers de justice
et le corps municipal de S. Claude donnèrent le 18
janvier 1771 des témoignages contre cette calomnie.
Pendant que l’on traitait de cette manière ces
pauvres cultivateurs, la plupart souffraient toutes
les horreurs de la famine. Ils étaient réduits à
manger l’herbe qui était destinée à la nourriture de
leurs chevaux…
Page 43 : Collection des mémoires présentées au
Conseil du Roi par les habitants du Mont-Jura et le
chapitre de S. Claude…
Le ciel, en le créant, forma-t-il l’homme
esclave ?
La nature qui parle et que la fierté brave,
Aura-t-elle à la glèbe attaché les humains
Comme les vils troupeaux mugissants sous nos
mains.
M. de Voltaire (tragédie des Scythes).
– Première requête au Roi… Page 1
Les chanoines de S. Claude, près du mont-Jura dans
la Franche-Comté, sont originairement des moines
bénédictions sécularisés en 1742. Ils n’ont d’autre
droit pour réduire en esclavage les sujets du roi,
habitants au mon-Jura vers S. Claude, que l’usage
établi par les moines leurs prédécesseurs de ravir
aux hommes la liberté naturelle. En vain Dieu la
leur a donnée ; en vain les ducs de Bourgogne et les
rois de France, les chartres, les édits d’accord
avec la loi de la nature ont arraché ces infortunés
à la servitude.
Des enfants de S. Benoit s’obstinent à les traiter
comme des esclaves qu’ils auraient pris à la guerre
ou qui leur auraient été vendus par des pirates.
Si les prêtres, contre lesquels nous réclamons la
justice de Dieu et celle du roi avaient le moindre
titre, nous gémirions en silence dans les fers dont
ils nous chargent ; nous attendrions qu’un
gouvernement si éclairé eût aboli des lis établies
par la rapine dans des temps de barbarie ; nous nous
contenterions de soupirer avec la France après le
jour si longtemps désiré, où le conseil se
souviendra que nous sommes nés hommes ; que les
moines bénédictions, hommes comme nous, n’ont été
institués par S. Benoit que pour labourer comme nous
la terre et pour lever au ciel des mains exercées
par les travaux champêtres. Le conseil verra bien
sans nous que les vœux faits aux pieds des autels,
n’ont jamais été d’être princes ; que nous ne devons
nos biens, nos sueurs, notre sang qu’au roi et non à
eux. Aussi nous ne plaidons pas ici contre
l’esclavage de la mainmorte, nous plaidons
contre la fraude qui nous suppose mainmortables…
…Avant le règne du duc Philippe le bon, l’abbé de S.
Oyan, dit S. Claude, avait déjà eu l’audace de
s’emparer de tous les droits régaliens, sans autre
titre que celui de la cupidité effrénée de ces temps
là. Il dominait en souverain sur plus de cent
villages, il faisait battre monnaie ; il osait
donner des lettres de noblesse, il faisait juger les
procès de ses vassaux par ses moines…
Requêtes - Page 9 : Nous sommes deux portions de
peuple divisés en six communautés. L’une de ces
portions s’étend au milieu des montagnes et des
précipices, de la source de la rivière Orbe jusqu’au
bailliage de Pontarlier. Vous vous emparâtes de ce
terrain affreux qui pourtant avait été dompté et
cultivé par nos travaux assidus. Vous le vendîtes en
1266 à Jean de Chalons, dit l’antique, l’un des
seigneurs Franc-Comtois, dont descendent les princes
d’Orange. Or, dans les actes de vente, où vous
spécifiez tous les droits que vous vendez, il n’est
pas question de mainmorte, d’esclavage, de
servitude…
Page 14 : Nous osons dire qu’ils n’ont pas plus de
raison de nous appeler leurs serfs que n’en aurions
de prétendre qu’ils sont les nôtres. Peut-être même
en ont-ils moins ; car Sire, nos mains industrieuses
sont utiles à l’Etat ; à quoi servent les leurs ?
Nous mettons aux pieds de Votre Majesté l’original
de ce titre ; nous l’avons trouvé chez un paysan
descendant de ces innocents sauvages qui
avaient contracté avec Guillaume de la Baume, et qui
ne savait pas qu’il possédait l’instrument
authentique de sa liberté et de celle de ses
compatriotes…
Page 16 : Quel est donc votre titre ? La cupidité,
l’avarice, l’usurpation, la fraude, notre ignorance.
Vous nous avez traités en bêtes parce qu’il y avait
parmi vous quelques clercs qui savaient lire et
écrire et que nous nous bornions à cultiver la terre
qui vous nourrit…
… Le serf ne cultive jamais pour lui ; chaque
famille mainmortable est étrangère dans sa propre
habitation ; elle ne peut même se flatter qu’un jour
le prix accumulé de ses soins et de son économie,
puisse se convertir en un patrimoine stable : jamais
le laboureur ne peut se promettre de jouir des
charmes de la propriété dont l’attrait et si
puissant et sert si efficacement à encourager son
industrie ; il n’y a point de propriété dans ce pays
si ce n’est celle des successeurs des bénédictins…
Page 50 : Il y a quelque chose de plus : le mont
Rizoux est nécessairement compris dans l’inféodation
de 1266 et dans l’affranchissement de 1350. En le
vendant, en 1549, les moines ont vendu ce qui ne
leur appartenait pas, les habitants trompés ont
acheté leur propre bien….
·
: La Société
typographique de Neuchâtel (1769-1789).
Une des périodes les plus brillantes de l’histoire
intellectuelle neuchâteloise se déroule à la fin du
siècle des Lumières. Pendant une vingtaine d’années,
Neuchâtel est le point de mire de la communauté
littéraire européenne. Elle attire dans ses murs
quelques-uns des plus célèbres et des plus
turbulents écrivains de l’époque : Mirabeau, futur
tribun du peuple, qu’accueille DuPeyrou dans sa
fastueuse demeure ; l’abbé Raynal, traqué par la
police de France pour avoir commis un des ouvrages
les plus séditieux du temps ; Sébastien Mercier venu
y écrire la seconde édition du Tableau de Paris.
Nota Bene :
l’histoire nous montrera, plus tard que la traite
des noirs et la colonisation se substituera à celle
des blancs… (Rémy DEMOLY).
______________________
Le 1° Messidor de
l’An VII de la République (20.06.1804), la ville de
Saint-Claude fut anéantie par le feu (La Terre de
St-Claude par Dom Benoit –Tome II page 889).
Charles Gabriel
Frédéric Christin
aurait certainement apprécié ce poème de
Countee Cullen qui,
écrit à propos de l’esclavage s’adapte parfaitement
au servage imposé par les moines :
Nous ne planterons pas toujours
Pour que d’autres récoltent
Le suc doré des fruits mûrs
Nous ne tolérerons pas toujours
En esclaves muets
Que des êtres inférieurs
Maltraitent nos frères
Nous ne jouerons pas toujours
De la flûte douce
Tandis que d’autres se reposent
Nous ne resterons pas toujours courbés
Devant des brutes plus astucieuses que nous
Car
Nous n’avons pas été créés
Pour pleurer
Éternellement.
Extrait de
l’ouvrage :
L’esclavage raconté
à ma fille de
Christiane TAUBIRA
Éditions :
Bibliophane Daniel RADFORD – 2006 -
Complément :
Notes sur le
régime de la mainmorte.
Archives de M.
MAITENAZ : Manuscrit, auteur non précisé.
Citation :
(orthographe respectée).
Note sur le régime
de la mainmorte.
Dès les premiers temps de leur établissement avant
même les donations prétendues ou réelles des rois
mérovingiens et carlovingiens, les moines n’eurent
pas de peine à convaincre les anciens habitants de
nos montagnes que prêtres de Dieu, ils étaient les
maîtres naturels du sol et des hommes.
Aussi, voyons-nous déjà avant l’organisation du
régime féodal, les abbés du Condat concéder des
terres aux laïcs moyennant une redevance annuelle ou
cens (d’où ascensement, on disait aussi albergement
ou abergement, en réservant au monastère le droit
perpétuel de propriété.
C’est cette réserve qui constitue essentiellement le
régime de la mainmorte.
Nous dirons ici quelques mots de ce régime que nos
pères ont subi jusqu’en 1789.
Le colon est un fermier, un usurfruitier qui n’a pas
la faculté de devenir propriétaire. L’engagement qui
lie le colon à l’abbé, comme plus tard et ailleurs
au seigneur est un engagement perpétuel.
Le colon et sa famille sont attachés au sol qu’ils
cultivent (à la glèbe) et sont donnés, abergés ou
vendus avec lui.
Plus tard, le colon pourra quitter son meix en
renonçant à tous droits. Il pourra toutefois être
recherché par l’abbé, pour le paiement des tailles
en quelque lieu qu’il aille demeurer.
Les mainmortables pour conserver le droit de
succéder les uns aux autres, sont tenus de vivre
sous le même toit, au même feu à frais communs.
(Cela explique les longues maisons que l’on voit
encore aux Rousses). Ces habitations aujourd’hui
partagées entre plusieurs propriétaires n’ont encore
point de murs intérieurs de séparations).
Ils ne peuvent disposer de leurs biens meubles et de
l’usufruit de la terre qu’en faveur des parents qui
vivent en communion avec eux au moment de leurs
décès. S’ils meurent sans testament, les communiers
seuls succèdent. S’ils n’ont point de communier, si
leurs parents ne vivent pas avec eux en communion,
l’abbé succède (droit d’échute).
L’habitation séparée, rompt la communion et par
conséquent le droit à la succession. Cette
cohabitation forcée est une cause de perpétuelles
discordes.
La communion est une sorte de société non seulement
entre les différentes personnes qui composent une
même famille, mais aussi entre plusieurs familles,
pourvu qu’il y ait entre elles un lien de parenté.
Un chef de la communauté est élu par les communiers.
Chaque communier conserve dans l’association la
propriété des meubles qu’il a ou qui lui sont donnés
dans la suite. Il aura sur ses meubles le droit de
reprise, lorsque la communion cessera.
La terre nous le répétons reste la propriété
perpétuelle de l’abbaye. Le mainmortable peut vendre
son droit d’usurfruit moyennant une redevance (lods)
au chapitre.
Cette redevance pouvait être arbitrairement portée
du quart au tiers et même à la moitié de la valeur
du fonds.
Le mainmortable ne peut aliéner ni hypothéquer sans
l’agrément des moines. Entreprendre de se passer de
ce consentement dit la requête de 1770 et un crime
irrémissible puni de la confiscation de l’héritage.
Cette manière de dépouiller un possesseur s’appelle
la commise.
Lorsqu’un particulier dit la même requête vend son
héritage et ne le vend pas autant qu’il vaut ce qui
arrive ordinairement à cause du peu de sûreté qu’on
trouve à traiter avec le possesseur, les chanoines
tirent de là un avantage singulier : la vente faite
par le possesseur et regardée simplement comme une
démission de sa part ; alors les chanoines ouvrent
une enchère devant eux ; quelquefois les acquéreurs
qui se présentent, portent le fonds au double de ce
qui avait été stipulé par la première vente et il ne
faut pas croire que le bénéfice de cette plus-value
tourne au profit du vendeur ; les chanoines s’en
emparent et disent que c’est un droit de retenue.
Le mainmortable ne peut se marier à une personne de
condition franche ou même à une personne serve d’un
autre seigneur.
Telle est dans ses traits essentiels la condition
dans laquelle vivent les habitants de la terre de la
Pidance sous la domination du chapitre de St-Claude
jusqu’à la Révolution.
Les panégristes de l’abbaye s’évertuent à trouver
que le régime de la mainmorte était non seulement
légitime dans son principe, mais encore plein de
douceur dans son application. L’esprit d’impiété du
XVIII° siècle, disent-ils, a pu détruire cette
bienfaisante et débonnaire institution.
La vérité est qu’à toutes les époques, les colons se
sont révoltés contre la mainmorte, que la condition
de mainmortable était considérée comme flétrissante,
que de tous temps et de toute part on réclamait
l’affranchissement que les droits dont se réclame
l’abbaye étaient niés, que les titres qu’elle
invoquait étaient sans valeur morale dans le
sentiment public et que ces documents étaient
attribués à la fraude.
En 1532, Pierre de la Baume, abbé de St-Claude
demande au Parlement de Dole, l’homologation des
privilèges de l’abbaye. Dans son réquisitoire le
Procureur général exprime la pensée commune.
Si le Souverain a accordé quelque chose, c’était par
opportunité ou pas de faux exposés.
L’évêque de St-Claude lui-même s’exprime ainsi en
1770 :
Les terres de mon
évêché sont affligées du fléau de la mainmorte.
J’unis mes supplications à celles de mes vassaux
pour qu’il plaise à sa majesté d’affranchir leurs
personnes et leurs biens. Il est vrai que l’évêque
oubliant le renoncement de Romain et de Lupicin,
ajoute :
J’espère que le Roi
dédommagera mon siège par l’attribution de quelques
bénéfices.
Dans un mémoire qu’ils adressent au roi dans cette
même année 1770 au nom des habitants de la Pidance,
Joseph Paget des Rousses, probablement Pierre Denis
maître d’école et Denis Lamy-Chapuis de Bois d’Amont
s’écrient :
Usurpateurs de
St-Claude quel est donc votre titre ? La cupidité,
l’avarice, l’usurpation, la fraude des moines, notre
ignorance. Vous nous avez traités en bêtes, parce
qu’il y avait parmi vous quelques clercs qui
savaient lire et écrire que nous nous bornions à
cultiver la terre qui vous nourrit. N’opposez plus
aux droits du genre humain le droit d’Attila !
Et Désiré Monnier écrira plus tard en 18... Parmi
les réclamations contre les abus dont le genre
humain avait le plus à rougir, et dont vivaient
encore au moment de la Révolution, des communautés
religieuses assez riches d’ailleurs pour en faire
elles-mêmes le sacrifice nous devons compter surtout
celles qui partaient du Mont Jura.
Fin citation.
Nota : (de M. Crhistophe FAIVRE généalogiste
professionnel).
Si certaines terres ecclésiastiques
affranchissent leurs mainmortables au XVIIème (Val
de Morteai 1600), il faut attendre le XVIII°
pour le val du Sauget, 1745, pour la terre de
Saint-Claude, certaines terres ne seront affranchies
de la mainmorte qu’à la Révolution (Lure par
exemple).
Les seigneureries laïques avaient affranchies
leurs serfs à l’époque du Moyen Age (généralement
XIII°, XIV° siècle).
3) HISTOIRE du
GRANDVAUX de l’Abbé Luc MAILLET-Guy – 1933.
Page 5 : Avant le XI° siècle, dit M. Edouard Clerc,
cette contrée sauvage n’était que forêts,
précipices, rochers, broussailles inabordables, pays
inconnus, à l’exception des hauteurs et des plaines
voisines de l’Ain, d’une partie du val de Mièges et
des parties voisines des abbayes de Saint-Claude, de
Saint-Lupicin et de Saint-Romain de Roche, qui
commencèrent à se peupler au V° siècle…. Nous sommes
disposé à douter que ce tableau tracé par un de nos
meilleurs historiens modernes soit parfaitement
exact. Nous concevrions difficilement que 58 ans
avant Jésus-Christ, près de quatre cent mille
habitants eussent pu quitter les monts helvétiques
pour aller chercher d’autres demeures sur les
rivages de la mer aquitanique (César) et que nos
montagnes, moins âpres que celles de la Suisse,
eussent été inhabitées à cette époque. Est-il une
partie de notre territoire où les usages du
paganisme, les traditions druidiques, les
dénominations celtiques soient plus vivaces que dans
le Haut-Jura ? Pourquoi Auguste envoya-t-il une
colonie fonder la ville d’Antre ? N’était-ce point
pour étouffer le culte druidique répandu dans les
montagnes ? N’a-t-on pas acquis la certitude que la
plupart de nos lacs étaient consacrés et recevaient
les hommages des Séquanais ?. Supposer le Haut-Jura
inhabité pendant l’époque romaine, serait nier
l’évidence…
…Notre conviction intime, appuyée de preuves que
nous aurons occasion de développer dans le cours de
cet ouvrage, est qu’il y a eu des habitations
disséminées dans les montagnes à une époque aussi
reculée que dans la plaine. Aussi ne sommes-nous
nullement surpris de rencontrer le nom de Mièges
dans un titre de 523, ainsi que ceux de Sirod, de
Crotenay dans les diplômes du IV° siècle…
…Rousset (écrivain-historien) se devait à lui-même,
comme d’autres chroniqueurs, après quelques éloges
donnés au Grandvaux, de changer de style : ‘’Le
Grandvaux, dit-il, devait déployer, il y a 2.000
ans, une majestueuse horreur. Sa surface inégale
hérissée de noirs sapins, était toujours revêtue
d’une épaisse couche de neige, qui entretenait un
hiver perpétuel’’… L’aspect de cette contrée était
tellement sinistre que les Romains l’avaient
surnommée la mauvaise vallée, malla valis. Tout ce
qui concerne l’histoire du Grandvaux avant le VI°
siècle est plein d’obscurité. Aubert, religieux de
Condat, y arrive en 523…
… Malgré tout, Rousset en revient à sa thèse
favorite : ‘’Rien n’est difficile à déraciner comme
les préjugés historiques. A force d’entendre répéter
que le Mont-Jura n’était qu’un affreux désert avant
l’arrivée de saint Romain à Condat, on a fini par le
croire.
C’est la thèse absolue de Dom Benoit…
Page 8 : en dernière heure on me signale ce mot de
La Vie paroissiale des Rousses, juillet 1932 page 16
précieux à noter ici : ‘’Il y a deux mille ans, les
légions romaines tracèrent un chemin sur notre
territoire mais aucun légionnaire ne songea jamais à
s’y fixer’’.
…Pour comprendre l’importance et l’ancienneté du
Grandvaux dans le croisement de ces routes, il faut
observer que l’une conduisait aux puits salés de
Salins, et l’autre aux saulneries de Lons. Les
habitants des hauts plateaux du Jura et ceux du
versant oriental jusqu’à Genève et la Savoie, ne
pouvaient s’approvisionner plus directement de sel
que dans notre pays car les salines de Bex ne sont
exploitées que depuis 1554.
Le sel étant un condiment indispensable à la
nourriture, on peut dire que de toute ancienneté,
sans limite d’époque, depuis que nos salines
furent connues, le passage du Jura par le Grandvaux
fut pratiqué et de plus en plus fréquenté. Aux
haltes s’élevèrent d’abord des cabanes, puis des
demeures fixes.
Dom Benoit, qui accumule les arguments et les
réponses pour prouver, de façon absolue et décisive,
l’inexistence de toute habitation dans le Haut-Jura,
admet toutefois que ‘’sous la domination romaine non
seulement le chemin de la Ferrière (vers Pontarlier)
fut ouvert ; mais le passage de Condat (vers
Septmoncel) commença à être très fréquenté’’. Le
chemin des grés, via graduum, ce sentier à mulet,
peut-il être comparé au grand chemin de la Savine,
dont on vient de parler ? Sans dire ‘’que le
Haut-Jura était couvert de métairies et de villages
au V° siècle’’ ou auparavant, comment imaginer que
de Gex à Champagnole, sur une longueur de quinze
lieues, cette voie ne fût pas au moins jalonnée de
quelque abri, d’un relais, d’une station plus ou
moins importante ?
…Au VIII° siècle (778), la famine fut telle que les
revenus de l’évêque de Besançon et ceux des églises
de Saint-Jean et de Saint Pierre de cette ville ne
suffirent pas à l’entretien de leur clergé. Le
prélat fut réduit à la plus grande misère. – Pendant
le X° siècle, il y eut dix famines et treize pestes,
puis l’invasion des Hongrois. En 1208 et dans les
siècles suivants, les populations virent se succéder
ces mêmes calamités, que, dans leur ignorance elles
ne savaient ni prédire ni combattre ; le manque de
voies de communication et l’absence de toute
hygiène, de toute assistance publique, les
condamnaient pour ainsi dire à périr sur place…
Page 147 :
1786. ‘’Le vin a gelé à la sacristie des Piards le
10 mars 1786.
Moines et paysans sur les
alpages de Savoie (XIe-XIIIe siècles) : mythe et
réalité - Fabrice Mouthon
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Les alpages font
intimement partie de l'image de marque de la Savoie
et de ce patrimoine rural qui devient à la fois une
référence d'appartenance et un enjeu économique [1].
Trois quarts de siècle après Philippe Arbos, un
ouvrage remarquable vient de rappeler l'histoire
récente de ces pâturages d'été et de ceux qui y
travaillaient [2].
Sur ce thème, l'étude exemplaire d'Hélène Viallet
sur le Beaufortain éclaire l'importance des XVIe,
XVIIe et XVIIIe siècles, époques où sont nées les
grandes montagnes privées puis le "gruyère de
Beaufort" [3].
Les périodes plus anciennes sont par contre très mal
connues. Seule les "archéosciences" apportent à la
question des origines des réponses fiables mais,
pour la Savoie, les études palynologiques et
anthracologiques sont encore peu nombreuses [4].
Pour l'époque médiévale, les premiers témoignages
écrits remontent aux XIe-XIIIe siècles et concernent
un seul type de source ou presque : les chartes de
donation des seigneurs laïcs aux établissements
monastiques. Cette association entre les premiers
témoignages sur les alpages et les monastères est à
l'origine d'une tradition historiographique qui fait
des moines des créateurs d'alpages et les
initiateurs des paysans aux techniques de l'enmontagnage [5].
Au départ, il y a la tentation naturelle d'attribuer
toute entreprise historique spectaculaire et un peu
mystérieuse à un homme ou une institution
prestigieuse, bien connus ceux-là. Cette tradition a
été forgée et répandue, en toute bonne foi, par une
érudition savoyarde majoritairement d'origine
ecclésiastique soucieuse de valoriser l'héritage de
ses prédécesseurs [6].
Elle a également été reprise telle quelle, faute
d'études spécifiques, par plusieurs ouvrages
universitaires récents [7].
Or, le moins que l'on puisse dire, c'est que cette
vision ne ressort pas directement de l'examen de
sources, pourtant elles-mêmes d'origine
ecclésiastique. Ce que nous révèlent ces chartes des
XIe-XIIIe siècles c'est que l'arrivée des moines sur
les alpages a été tardive, au regard de l'histoire
de ces espaces, et qu'elle s'est souvent traduite
par l'éviction des anciens usagers, membres des
communautés montagnardes. Par la suite, si les
techniques monastiques ont pu influencer les
pratiques paysannes, les relations entre religieux
et montagnards, au moins sur le chapitre des
alpages, ont, pendant des siècles, été méfiantes et
souvent conflictuelles.
DES SEIGNEURS ET DES
MOINES
Aux alentours de l'an
mille, les abbayes qui rayonnaient sur l'espace
savoyard étaient extérieures au territoire couvert
par les deux départements actuels de Savoie et de
Haute-Savoie. Saint-Maurice d'Agaunes (Valais),
Saint-Michel-de-la-Cluse (Piémont), Saint-Claude
(Jura), Savigny (Lyonnais), Cluny (Mâconnais),
étaient les principales. Le temps des moines débuta
véritablement dans la première moitié du XIe siècle
avec les donations consenties à ces abbayes
péri-alpines, d'abord par le roi de Bourgogne et son
épouse, puis par la haute aristocratie locale, enfin
par les fidèles de celle-ci. Il s'agissait pour
l'essentiel de créer des prieurés proches des
centres de domination aristocratiques et
généralement bien situés sur des axes de circulation
importants. Les sites se trouvaient à basse altitude
et les biens cédés consistaient en églises, manses
et villas, pour l'essentiel bien peuplés et mis en
valeur. En montagne (au-dessus de 600 mètres), le
mouvement de fondations de monastères connut un
retard d'un bon demi-siècle sur les cluses et les
grandes vallées, si l'on excepte l'expérience
limitée de quelques cellae ou ermitages [8].
À la différence de la phase précédente, les grands
laïcs cédaient là des terres périphériques,
éloignées du cœur de leur domination comme des
grandes voies de communication. Pour cette raison
sans doute, un seul prieuré clunisien, s'installa en
altitude, Bellevaux, dans le massif des Bauges, sur
un alleu appartenant au sire de Miolans (avant
1090). Les premières vraies abbayes de montagne
furent des établissements de chanoines réguliers. En
1091, la vallée de Chamonix était cédée par le comte
de Genève à Saint-Michel-de-la-Cluse. L'installation
effective d'un prieuré suivit à une date
indéterminée. En Chablais, Abondance naquit au tout
début du XIIe siècle d'un accord passé entre
Saint-Maurice-d'Agaune et le seigneur de Féternes.
Elle-même essaimait bientôt avec Six (vers
1130-1149), dans la haute vallée du Giffre, puis
Entremont (vers 1154), dans le massif des Bornes.
Plus tard s'implantèrent les nouveaux ordres,
chartreux et cisterciens à la recherche de
territoires, sinon vierges, du moins excentrés.
Vallon (1138), Le Reposoir (1151), Saint-Hugon
(1173), Aillon (1178), Mélan (moniales, en 1292),
pour les premiers (sans parler de la Grande
Chartreuse alors dans la mouvance savoyarde) ; Aulps
(vers 1097, devenue cistercienne en 1134), Tamié
(1132), pour les seconds, étaient de véritables
monastères de montagne. La plupart de ces
établissements, à l'exception notable des Chartreux,
parvint, avec le temps, à constituer de véritables
seigneuries, étendant leur juridiction sur un
territoire couvrant quelques villages de montagne,
une section de vallée ou une vallée entière.
Les actes de fondation de
monastères, ou bien les copies et confirmations qui
nous sont parvenus, évoquent de façon plus ou moins
précise le territoire initial cédé par le ou les
fondateur laïcs [9].
Une délimitation, riche en indications
topographiques, est parfois donnée. Il s'agissait de
territoires apparemment d'un seul tenant (ce qui
n'excluait pas les enclaves). Les éléments
constitutifs de la cession sont toujours énumérés de
façon stéréotypée. Les alpages, prés et pâturages y
prennent place presque systématiquement. À défaut, y
figurent des éléments traduisant la présence humaine
tels les fiefs, manses et chavanneries cités dans
l'acte de fondation de Tamié. Emblématique de ce
point de vue est évidemment le petit monastère
(futur abbaye cistercienne) dédié à Sainte-Marie et
fondé, avant 1097, dans la vallée "d'Aulps",
c'est-à-dire, "des alpages" [10].
Plus tard, d'autres donations, émanant souvent des
fidèles du fondateur, complètent la dotation
initiale permettant de réduire les enclaves ou
d'agrandir le noyau initial. Parmi celles-ci, les
donations d'alpages sont particulièrement nombreuses
ce qui révèle la place tenue par ces espaces dans
l'économie de ces hautes vallées, mais aussi la
vocation d'éleveur très vite affirmée par les
nouveaux établissements. En témoignent les multiples
exemptions de péage obtenues par les réguliers pour
le passage de leurs bêtes ou des charges de sel
destinées à celles-ci [11].
Les premiers alpages cédés se trouvaient dans les
environs mêmes de l'établissement. Les donations,
très vite relayées par des achats ou des échanges,
visaient plutôt à compléter la dotation pour former
un véritable domaine d'altitude, vaste et cohérent.
Ainsi, dans les Bauges, la chartreuse d'Aillon
mit-elle progressivement la main sur la totalité des
crêtes dominant la combe de Lourdens où elle s'était
implantée, contrôlant tout ou partie de huit grandes
montagnes pastorales [12].
Dans un second temps, les abbayes les plus prospères
acquirent des pâturages plus éloignés, parfois de
plusieurs dizaines de kilomètres, des alpages, mais
aussi des pâturages d'hiver situés en plaine. Ainsi
Tamié a-t-elle implanté des granges d'altitude
(comprendre ici des centres de domaines pastoraux)
en moyenne Tarentaise et sur le massif de l'Épine [13].
Au même moment, quelques-unes des abbayes installées
dans les basses terres de Savoie se faisaient, elles
aussi, céder des pâturages d'été au cœur des
massifs. Hautecombe recevait notamment les alpes de
Chérel, de la Margeriaz et du Semnoz, dans les
Bauges. Toujours dans les Bauges, les cisterciennes
du Béton obtenaient du sire de Miolans, la moitié de
la montagne d'Arclusaz, l'autre ayant déjà été cédée
au prieuré de Bellevaux. De fait, certaines
donations portaient sur une montagne entière,
d'autres sur de simples portions d'une montagne ou
sur une part des droits de celle-ci. Vers 1218, les
chartreux de Saint-Hugon obtinrent ainsi, contre
25 sous, le tiers de l'alpe de la Perrière ("tertiam
partem alpis de la Perreri") puis, contre dix
sous, une autre partie du même alpage [14].
Un peu plus tard, deux frères leur cédaient, contre
respectivement douze et quinze sous, leurs portions
de la montagne d'Orgeval qu'ils tenaient de concert
avec leur troisième frère [15].
Les cessions d'alpages se
sont poursuivies jusqu'au milieu du XIIIe siècle, de
plus en plus sous la forme d'achats et de moins en
moins sous celle de donations. Les contestations,
parfois violentes, soulevées par les héritiers des
donateurs, ne firent que ralentir le mouvement car
les sentences arbitrales qui y mettaient fin étaient
le plus souvent favorables aux moines [16].
D'ultimes acquisitions eurent lieu jusqu'après 1350,
plutôt par échange, et des conflits entre monastères
aboutirent à des rectifications de frontières. Vers
1250 cependant la géographie des alpages monastiques
était pour l'essentiel fixée. Elle privilégiait
nettement les massifs préalpins de l'ouest de la
chaîne : le haut Chablais, le Giffre, le massif des
Bornes étaient, pour une bonne part, aux mains des
réguliers. Les chanoines d'Entremont et les
chartreux du Reposoir se partageaient à eux seuls
les alpages des Bornes. Dans les Bauges, une
majorité de montagnes, soit une vingtaine, étaient
entre les mains exclusives des moines et le
restèrent jusqu'à la Révolution. Plus au sud, les
meilleurs alpages de Belledonne, massif cristallin,
étaient revendiqués par la chartreuse de
Saint-Hugon. En Chartreuse enfin, les domaines
cartusiens, notamment l'alpe de Bovinant, acquise en
1100, se trouvaient aux limites de l'influence
savoyarde mais les moines avaient obtenu des
pâturages d'hiver dans les mandements de Couz et de
Saint-Cassin, proches de Chambéry [17].
À l'est, les Grandes Alpes (les massifs centraux et
les vallées intra-alpines) furent moins favorables à
l'installation des réguliers. Certes le prieuré de
Chamonix était seigneur de sa vallée mais son
contrôle sur les alpages restait limité. En Val
d'Arly, le prieuré de Megève, autre dépendance de
Saint-Michel-de-la-Cluse, ne possédait en propre
aucune montagne. En Beaufortain, les moines étaient
totalement absents, ce qui n'empêcha pas l'émergence
d'un pastoralisme précoce. En Tarentaise, seule
Tamié avait acquis des droits dans la vallée des
Belleville et au-dessus de Notre-Dame-de-Briançon.
Enfin en Maurienne, si l'on excepte quelques
prieurés mineurs, le seul établissement monastique
fortement implanté en altitude (entre Lanslebourg et
Bonneval) était l'abbaye Saint-Michel-de-la-Cluse.
Or, on ne voit pas qu'elle ait exercé autre chose
sur les alpages de la très haute Maurienne que les
droits du seigneur de ban [18].
En somme, force est de constater que si la présence
des moines et de leurs troupeaux a pu être décisive
dans certains secteurs d'altitude, elle en épargnait
d'autres, pourtant particulièrement riches en
alpages et en traditions pastorales.
LE MYTHE DU MOINE
DÉFRICHEUR
Revenons aux donations
pour en étudier le contenu d'un œil neuf. Trois
termes spécifiques reviennent systématiquement pour
décrire le bien cédé, "alpe", "montagne" et "monts",
auxquels s'ajoutent "pâturages", "prés" et "bois",
plus classiques [19].
Les trois premiers sont visiblement employés dans un
sens générique pour qualifier le territoire cédé.
Les autres décrivent plutôt les éléments qui en
forment le contenu : des terrains de parcours, des
parcelles de prés de fauche, des bois souvent
pâturés. D'origine prélatine, désignant d'abord
autant la chaîne dans son ensemble qu'une hauteur,
"alpe" a pris au Moyen Âge le sens plus restreint de
pâturage d'été [20].
Déjà en 739, le fameux testament d'Abbon évoquait
les prés et les alpes (pratis et alpibus)
proches, du Mont Cenis, qu'il cédait à la nouvelle
abbaye de la Novalaise [21].
"Montagne" (montanea), paraît avoir eu à peu
près le même sens à ceci près que son aire
d'expansion était plus vaste que celle d'"alpe" :
les sources concernant les hautes terres du Massif
Central l'emploient également, sans parler d'autres
massifs montagneux de l'Europe latine alors
qu'"alpe" est spécifique des Alpes [22].
Dans les Landes de Gascogne, pays plat par
excellence, les "montagnes", telles celles de La
Teste ou de Biscarosse, désignent des dunes plus ou
moins boisées, forêts usagères, ouvertes au gemmage,
à l'exploitation du bois mais aussi au bétail [23].
Au total, "alpe" et "montagne" désignent donc
toujours un espace exploité sinon aménagé par
l'homme dans un but essentiellement pastoral. À
l'époque qui nous intéresse, la notion d'alpe, comme
celle de montagne, s'applique à un territoire
particulier aux limites connues parfois
matérialisées sur le terrain (ce qui n'empêchait pas
les contestations). Également très courant dans nos
chartes de donation, le terme de "monts" (montis),
tout en étant très proche des deux précédents, avait
un sens à la fois plus large et plus géographique.
Il prenait place dans une vision dualiste des pays
de montagne qui était celle des hommes du Moyen Âge.
Les "monts", c'est-à-dire les versants et, partant,
l'espace inculte d'exploitation collective,
s'opposaient au "plan" qui désignait le fond de
vallée et les replats d'altitude, mais aussi
l'espace habité et cultivé [24].
À ce titre, si les monts englobaient des pâturages
d'altitude, on y recensait des "bois noirs" (forêts
denses de résineux), et de véritables espaces
stériles ("roches", "lanches") qui font la très
haute montagne.
Cette analyse sémantique
sommaire était indispensable pour bien comprendre ce
que les seigneurs laïcs des XIe-XIIIe siècles
cédaient véritablement aux moines. Sans nulle
équivoque, il s'agissait toujours de pâturages
d'altitude, parfois encore en partie boisés, mais
déjà aménagés par l'homme. Car la pelouse alpine
"naturelle" n'existait véritablement qu'à des
altitudes supérieures à 2 300-2 500 mètres, à une
époque où la limite climacique de la forêt était, on
le sait, supérieure à celle d'aujourd'hui. Dans les
Préalpes en tous cas, la totalité des alpages était
donc d'origine humaine. Cela veut dire évidemment
que ces pâturages d'altitude existaient déjà lorsque
les moines en prirent le contrôle et qu'ils n'en
furent donc pas les créateurs. Dans les chartes de
donation, de nombreuses montagnes portent déjà des
noms faisant référence explicite à l'activité
pastorale ou au défrichement par le feu : montagne
de la Margeriaz [25],
montagne du Charbon, montagne de Coutarse, du
Haut-du-Four ou de la Chevrerie dans les Bauges [26],
montagne de Mery dans les Bornes [27],
montagne d'Alparsaz dans la vallée de Chamonix [28],
sans parler de l'alpe de Bovinant, en Chartreuse [29].
L'idée selon laquelle la fréquentation des alpages
serait antérieure à l'arrivée des moines n'a
évidemment rien de provocateur. De trop rares
analyses palynologiques et anthracologiques
effectuées en Maurienne ou dans la vallée de
Chamonix, ont révélé les premières manifestations
d'un pastoralisme d'altitude à la fin du néolithique
ou à l'âge du bronze [30].
La pratique de l'enmontagnage était
vraisemblablement partout répandue en Savoie dès la
fin de l'âge du fer : on connaît les remarques de
Pline l'Ancien à propos des vaches laitières des
Ceutrons et des pâturages où ceux-ci produisaient le
fromage vatusique [31].
Pour le haut Moyen Âge, alpes et pâturages de la
haute Maurienne, de la vallée de Suse et du
Briançonnais sont, on l'a vu, évoqués par le
testament d'Abbon en 739. Rien ne s'oppose donc au
fait que les montagnes citées dans les chartes de
donation aient pu être aménagées entre la fin de la
préhistoire et l'an mil ; l'archéologie scientifique
étant seule capable d'affiner la fourchette
chronologique. Or, dans les massifs considérés, ces
montagnes, qui ne sont donc pas de création
monastique, correspondent aussi à la plupart des
grands alpages fréquentés aux époques moderne et
contemporaine.
Faut-il donc considérer
que les religieux n'ont véritablement ouvert aucun
espace pastoral nouveau [32] ?
Il faut bien avouer qu'aucune des chartes examinées
n'évoque de façon irréfutable la volonté ou
l'obligation de défricher et de transformer en
pâturage les biens cédés. Deux exemples ambigus
peuvent à la rigueur être appelés à la rescousse. Le
premier est la charte de fondation de l'abbaye du
Reposoir, dans les Bornes, datée de 1151. La longue
délimitation du territoire cédé par Aymon de
Faucigny ne contient exceptionnellement aucune
mention, ni de culture, ni de pâture aménagée,
hormis un unique pré [33].
L'autre, plus tardif, concerne le haut Faucigny où
le Dauphin, alors seigneur du pays, permet entre
1317 et 1321 à l'abbaye d'Aulps de faire essarter le
bois de l'alpe de Nyon et du sommet du col de la
Golèse [34].
L'acte ne précise pas si les moines Blancs
comptaient défricher eux-mêmes ces nouveaux
pâturages ou les concéder à leurs dépendants.
Ailleurs, les actions de défrichement mentionnées
par les sources monastiques sont explicitement liées
à l'installation de colons paysans par ou avec
l'autorisation des religieux. Ces derniers
apparaissent ici comme des "faciliteurs", à la
rigueur comme des promoteurs, mais pas ou peu comme
de véritables entrepreneurs. C'est le cas à Sixt, en
1200, ou à Vallorcine, avant 1264 [35].
À la fin du XIIIe et au début du XIVe siècle,
lorsque les sources savoyardes mentionnent
clairement des essarts d'altitude, des prés essartés
ou des prés nouveaux, ceux-ci sont toujours aux
mains de paysans [36].
Au total, on admettra que les éléments positifs
militant en faveur de l'existence de prairies
d'altitude réellement défrichées par les moines sont
rares. La toponymie elle-même est très discrète à ce
sujet. Faute de mieux, un indice a contrario
peut être invoqué : le fait que pour certains
alpages acensés par les moines au XVe siècle
n'existe aucune charte de donation antérieure.
Certains d'entre eux pourraient alors avoir été
d'authentiques créations monastiques [37].
Cela fait tout de même peu au regard du rôle
habituellement prêté aux moines. Au total, il faut
renoncer à accorder aux abbayes une place
déterminante et même importante dans la création des
alpages de Savoie. Celle-ci fut l'œuvre des paysans.
Certes, on peut a priori accorder aux
réguliers d'avoir entretenu voire agrandi les
montagnes dont ils héritaient, de les avoir équipées
en granges, en étables et en fruitières bâties en
dur, bref d'avoir, comme ils l'ont fait ailleurs,
rationalisé les méthodes d'élevage et de fabrication
du fromage [38].
Là encore, pourtant, les sources des XIIe et
XIIIe siècles sont étonnamment discrètes.
Allons plus loin dans
l'analyse : si les moines se sont fait donner des
alpages suffisamment aménagés pour qu'on puisse
parler de "pascua" et de "prata",
ceux-ci devaient être, au moment de la donation,
activement exploités. Dans le cas contraire, les
aulnes verts et autres rhododendrons, voire la forêt
de hêtres ou de résineux, en auraient rapidement
pris possession [39].
Le fait que dans certains cas, on l'a vu, furent
cédées des parts de montagne, voire des rentes en
fromages, milite même en faveur d'une exploitation
relativement intensive. Qui donc auparavant
exploitait ces alpages ? Les donateurs laïcs
eux-mêmes ? Les chartes sont totalement muettes à ce
propos même s'il faut distinguer le type de
donation. Les grandes donations de la fin du XIe et
du début du XIIe siècle, lorsqu'elles portent sur
des vallées entières, comme Chamonix, Abondance ou
Aulps, donnent plutôt l'impression de porter sur des
terres fiscales où les droits cédés sont surtout des
droits publics. À Chamonix, le comte de Genève cède
la vallée "en ce qu'elle relève de son comté",
expression qui trahit sans doute un contrôle
relativement lâche et une implantation foncière
assez faible [40].
Il fait alors peu de doute que les montagnes cédées
avec ces territoires aient été effectivement
exploitées par les communautés montagnardes
moyennant le paiement de redevances comme l'auciège.
Le problème est plus complexe pour les donations de
montagne seules, prépondérantes aux XIIe et
XIIIe siècles. S'agissait-il ici de droits utiles ou
seulement de droits éminents ? Dans quelques cas, le
doute n'est pas permis, notamment lorsque le
donateur cède des parts d'auciège, cette redevance
levée le plus souvent en fromage sur le lait des
vaches passant l'été en alpage [41].
À la fin du XIIIe et au début du XIVe siècle, le
faire-valoir direct semble peu pratiqué et en voie
d'être abandonné par les grands aristocrates
descendant des donateurs : comtes de Savoie, de
Genève, sire de Faucigny. Ceux-ci albergent alors
aux communautés ou à des consorteries d'alpagistes
la plupart des montagnes qui restent en leur
possession. Il est cependant difficile de se
prononcer sur la situation antérieure. La petite
noblesse de montagne pratiquait encore l'élevage et
l'enmontagnage jusqu'à la fin du Moyen Âge et
au-delà comme elle avait dû le faire auparavant.
Cependant, elle n'est pas l'auteur principal des
donations. Au contraire, il est probable que les
concessions de montagne dont elle a bénéficié de la
part des détenteurs du ban, aient été à peu près
contemporaines des donations aux moines. Tout cela
nous amène à douter que les pâturages d'altitude
cédés aux moines aient été majoritairement exploités
directement par les seigneurs laïcs. Ceux-ci ont
donné des droits sur des espaces qui, pour la
plupart, étaient déjà ouverts aux éleveurs des
communautés rurales voisines, moyennant le versement
de droits d'usage. Exceptionnellement, le donateur a
manifesté, lors de la donation, la volonté expresse
de préserver les droits de ses hommes. En 1251, le
seigneur de Miolans cédait à l'abbaye cistercienne
du Béton la moitié de la montagne d'Arclusaz dans
les Bauges (l'autre ayant déjà été donnée au prieuré
de Bellevaux). Il réservait toutefois les droits
d'usage que les hommes de la vallée de Miolans "y
avaient toujours possédé" (suos usus semper
habeant) [42].
Autre exemple dans la vallée d'Aulps, en 1135 :
l'alpe d'Avoriaz est cédée aux cisterciens par le
seigneur de Rovorée à la condition que l'abbé ouvre
aux hommes de ce dernier la partie boisée des
pâturages tant qu'ils resteront inexploités [43].
À l'inverse, en 1255, après avoir reçu l'alpe de
Rossan de Thomas de la Balme, la chartreuse d'Aillon
obtint, la même année, la renonciation (quitatione
et guerpitione) de ses hommes résidant au
village du Cimetière (chef-lieu de la paroisse
d'Aillon) à leurs droits sur la dite montagne [44].
Dans la quasi-totalité des cas cependant, par
ignorance ou volonté délibérée, les chartes de
donation ne disent rien des droits paysans.
MOINES ET
MONTAGNARDS : UN FACE À FACE TENDU
Sur les montagnes
acquises, les moines ont développé l'élevage et
pratiqué le faire-valoir direct. Certes, il faut
distinguer l'attitude des différents ordres. Tout en
possédant leur propre troupeau, bénédictins et
chanoines réguliers n'ont pas systématiquement
cherché à évincer les autres éleveurs, nobles ou
paysans. Sur bien des montagnes, ils se sont
contentés de percevoir les droits seigneuriaux,
parfois bienheureux d'y parvenir. Dans la vallée de
Chamonix, au milieu du XIIIe siècle, le prieuré ne
possédait que la montagne d'Alparsaz et il peinait à
faire reconnaître ses droits de seigneurie sur les
autres [45].
Même situation dans la vallée d'Abondance. Les
chartreux et les cisterciens ont eu une conception
beaucoup plus radicale de leurs droits. Le
faire-valoir direct était pour eux exclusif. Les
alpages acquis devinrent de vastes domaines
pastoraux gérés à partir de granges ou de correries
par les frères convers (issus pour la plupart de la
paysannerie), parfois aidés de domestiques laïcs [46].
Dès 1100, soit seize ans à peine après la fondation
du monastère, ceux de la Grande Chartreuse
obtenaient de l'évêque de Grenoble, un mandement
interdisant toute activité profane dans les limites
de leur "désert" [47].
Étaient particulièrement visés le pâturage, la pêche
et la chasse, dont on peut imaginer qu'ils étaient
pratiqués là par les paysans de la paroisse
Saint-Pierre chez lesquels les compagnons de saint
Bruno avaient d'abord cherché refuge. De la même
façon, le pape Célestin III confirmait en 1192 les
privilèges des chartreux de Saint-Hugon. La chasse,
la pêche, la capture des oiseaux, le pâturage et le
passage des chèvres, brebis et autres animaux
domestiques, étaient défendus aux étrangers à
l'abbaye dans les limites de son domaine [48].
En les niant ou en les supprimant, ces documents
reconnaissaient donc implicitement l'existence
d'usages paysans auxquels il s'agissait de mettre
fin. Ce faisant, les moines visaient à transformer
des droits seigneuriaux, d'origine publique, en
possession foncière pleine et entière. Cette volonté
d'exclusion n'avait d'ailleurs rien d'exceptionnel
chez les nouveaux ordres monastiques. À la même
époque, elle est présente sur d'autres hautes terres
pastorales : sur le Larzac, avec les Templiers de
Sainte-Eulalie, ou bien sur les Monts Dore, chez les
Prémontrés de Saint-André [49].
En Savoie, ce n'est qu'aux XIVe-XVe siècle que les
montagnards obtinrent des chartes d'albergement en
bonne et due forme leur ouvrant certaines montagnes
monastiques. Encore bien des établissements, tels
Saint-Hugon ou Hautecombe, préférèrent traiter avec
des entrepreneurs extérieurs qu'avec les populations
locales. Jusqu'à la Révolution les Baujus restèrent
ainsi exclus de la majorité des montagnes de leur
massif [50].
Si les chartes de
donation ne s'embarrassaient guère des droits des
paysans, plusieurs affaires montrent que, de leur
côté, ces derniers n'acceptaient pas facilement leur
éviction des montagnes que leurs pères avaient
fréquentées. Il faut seulement lire entre les lignes
de notices monastiques qui, toutes, tendent à
rejeter sur les laïcs la responsabilité du conflit [51].
Dès avant 1133, des paysans de
Saint-Pierre-de-Chartreuse montaient à l'alpe de
Bovinant cédée une génération auparavant aux
chartreux. Soutenus par les seigneurs de Vacher, il
entamèrent la fenaison comme, probablement, leurs
prédécesseurs l'avaient fait avant eux. Mis au
courant, le prieur Guigue fit immédiatement
disperser par ses moines le foin collecté. L'affaire
arriva devant l'évêque de Grenoble Hugues qui donna
raison aux chartreux [52].
De l'autre côté de la vallée du Graisivaudan, dans
le massif de Belledonne, moins de vingt ans après la
création de Saint-Hugon, les habitants des villages
d'Arvillard et du Molliet faisaient déjà paître
leurs bêtes dans les bois du Désert malgré
l'interdiction [53].
Dans les Bauges, à la fin du XIIIe siècle, le
châtelain du comte de Savoie eut à enquêter sur des
rixes opposant, dans les forêts et les alpages, les
moines de Bellevaux aux habitants des villages
voisins [54].
Ce harcèlement était fréquemment relayé par celui
des seigneurs laïcs, parfois les enfants mêmes des
donateurs. Entre le milieu du XIIe et la fin du
XIIIe siècle, les alpages de la chartreuse du
Reposoir furent ainsi soumis aux tracasseries
permanentes tantôt du sire de Faucigny, tantôt du
comte de Genève ou de ses vassaux [55].
Or, il est probable que l'objectif de ces
revendications n'était pas tant d'introduire ou de
réintroduire un faire-valoir direct laïc sur ces
montagnes que d'y ramener les troupeaux paysans,
avec la garantie de nouvelles redevances en fromage
ou en argent. Un autre problème pouvait se poser.
Dans certains cas, le donateur n'avait cédé qu'une
partie de la montagne aux moines sans qu'une
délimitation précise ait été annexée à la charte. Ce
fut l'occasion de multiples conflits de limites. En
1213, Étienne et Synifred, nobles de la Compôte,
cédaient à la chartreuse d'Aillon la vaste montagne
du Charbon, dans les Bauges [56].
Deux ans plus tard, les hommes de la Compôte, avec à
leur tête deux des autres nobles ayants droit,
revendiquaient une partie de la montagne. Un
compromis, approuvé par le comte de Savoie
entérinait le partage [57].
Une génération plus tard, en 1238, c'était au tour
des hommes de la paroisse de Doucy, limitrophe de la
Compôte, d'entrer en conflit avec les chartreux à
propos de la même montagne [58].
Le prieur d'Aillon prétendait utiliser un des
chemins menant à l'alpage pour y acheminer ses
brebis, ce que lui déniait la communauté de Doucy.
Là encore, la médiation du curé de Doucy et de
Synifred de la Compôte permis de trouver une
solution : les moines renoncèrent à l'usage du
chemin en faveur d'un autre accès cédé par ceux de
Doucy. Non loin de là encore, deux nobles du
castrum du Châtelard avaient, en 1192, abandonné
à l'abbaye cistercienne de Hautecombe la montagne de
Chérel, au-dessus du Lac d'Annecy. Une transaction
de 1216 montre qu'assez vite, les moines blancs
s'opposèrent aux hommes de la paroisse de Jarzy,
usagers d'une autre partie de la montagne. Une
délimitation précise des espaces ouverts aux uns et
aux autres mit apparemment fin à la querelle [59].
Des sources exclusivement
monastiques conservent, comme en creux, l'empreinte
des entreprises menées par les montagnards pour
défendre ou reconquérir leurs droits. De ce fait,
malgré la vision angéliste transmise bien souvent
par les traditions locales, les relations entre les
moines et les communautés rurales (et parfois
urbaines) voisines furent et restèrent généralement
médiocres voire exécrables. Dans les vallées de
Chamonix, d'Aulps et d'Abondance, la question des
alpages se superposait à celle des droits de
justice. Partout, violences, procès et accords
précaires se succédèrent jusqu'à la fin du Moyen Âge
et au-delà [60].
Amorcée ici ou là dès le milieu du XIIIe siècle, la
crise monastique, et notamment le tarissement du
recrutement des convers, se manifesta pleinement un
siècle plus tard [61].
Elle amena non pas la fin mais le déclin du faire
valoir-direct avec, en corollaire, une vague
d'acensements (ou "albergements") de montagne à la
fin du XIVe et surtout au XVe siècle. Pourtant,
l'ouverture des alpages des moines aux communautés
ou à des sociétés d'alpagistes ne suffit pas à
ramener la concorde entre les deux groupes [62].
Les contestations se déplacèrent du problème de
l'accès aux montagnes à celui de l'exécution du
contrat d'albergement. La composition des troupeaux,
l'entretien des chalets et du matériel commun, et
surtout le paiement de l'auciège, donnaient lieu à
des contestations répétées [63].
Dans les Bauges, chartreux et cisterciens refusèrent
jusqu'au bout l'albergement. À tout prendre, ils
préféraient l'affermage des montagnes à un
entrepreneur individuel qui, apparemment, leur
posait moins de problèmes.
Car entre les moines et
les albergataires, qu'il s'agisse de communautés
d'habitants ou de sociétés d'alpage, la méfiance
était de mise, comme l'illustre l'exemple
ci-dessous. En 1372, les chartreux du Reposoir
albergeaient les montagnes de Chérantaz, de Méry et
de Brion, dans les Bornes, à une société d'éleveurs
de la paroisse de Magland. Le contrat précisait les
conditions de la perception par les religieux des
fromages constituant l'auciège : arrivé sur l'alpe
de Chérantaz, l'envoyé de l'abbaye devait tenir un
pied en dedans et un pied en dehors de la chavanne,
le bâtiment où étaient fabriqués et conservés les
fromages. Figé dans cette position inconfortable, il
devait, un bâton à la main, désigner la pièce qu'il
souhaitait recevoir en premier. Pendant ce temps,
les alpagistes présents étaient tenus d'éclairer
l'opération lumière en main pour faciliter le choix,
faute de quoi, la partie adverse pouvait utiliser
son propre éclairage. Après cette cordiale entrée en
matière, l'agent des moines pouvait pénétrer dans le
chalet pour percevoir le reste de l'auciège [64].
À peine cet accord eut-il le temps d'être appliqué
qu'il fallut, en 1375, en négocier un autre : cette
fois, l'envoyé devait entrer chandelle à la main
dans le chalet dont les portes et fenêtres devaient
être ouvertes afin qu'il puisse examiner la totalité
de la production qu'il pouvait éprouver du toucher
mais avec un seul doigt [65] !
D'empiètements en empiètements, de procès en procès,
la pression paysanne sur les alpages monastiques ne
se relâcha guère jusqu'à la Révolution française,
communes et sociétés d'alpages restant alors seules
sur le champ de bataille [66].
***
La concurrence entre
moines et paysans à propos des alpages est un lieu
commun de la montagne médiévale. Trop souvent
toutefois l'érudition a eu tendance à adopter la
version des faits des premiers, à l'origine il est
vrai de la quasi-totalité de la documentation écrite
sur le sujet. Les historiens universitaires
eux-mêmes ont longtemps repoussé le vrai
développement de l'élevage paysan aux deux derniers
siècles du Moyen Âge, dans un contexte de crise
démographique et de forte demande urbaine pour les
produits de l'élevage. À l'opposé, l'archéologie
scientifique, partout où ses méthodes ont été mises
en œuvre, a posé la très grande ancienneté du
pastoralisme d'altitude, tant dans les Alpes que
dans les autres massifs. Le réexamen des sources
monastiques conduit, là comme ailleurs, à ramener le
rôle des moines à de plus justes proportions.
Accordons leur d'avoir entretenu et développé les
pâturages qui leur avaient été confiés puis, bon gré
mal gré, d'avoir su passer la main. Accordons leur
aussi, dans le doute, d'avoir amené certains
perfectionnements techniques. Rien cependant, sinon
une vision condescendante de la paysannerie,
n'autorise à en faire les précurseurs voire les
éducateurs des montagnards en matière d'élevage,
encore moins les principaux créateurs d'alpages de
la Savoie.
Fabrice Mouthon est
maître de conférences en histoire du Moyen Âge à
l'Université de Savoie
Adresse : Université
de Savoie, UFR lettres et sciences humaines,
département d'histoire, Domaine universitaire de
Jacob-Bellecombette, BP 1104, 73011 Chambéry cedex,
France
tel. : 00 33
(0)4 79 75 83 02
Courriel :
Fabrice.MOUTHON@univ-savoie.fr
[1]
Denis CHEVALLIER [dir.], Vives campagnes. Le
patrimoine rural, projet de société –
Autrement, n° 194, mai 2000.
[2]
Charles GARDELLE, Alpages : les terres de l'été,
Montmélian, éditions La fontaine de Siloé, 1999,
349 p. ; Philippe ARBOS, La vie pastorale dans
les Alpes françaises. Étude de géographie humaine,
Paris, librairie Armand Colin, 1922, 724 p.
[3]
Hélène VIALLET, Les alpages et la vie d'une
communauté montagnarde : Beaufort du Moyen Âge au
XVIIIe siècle, Annecy/Grenoble, Académie
salésienne/Centre alpin et rhodanien d'ethnologie,
1993. Sur le Chablais, on peut consulter : Annie
REFFAY, La vie pastorale dans le massif du
Chablais, thèse de 3e cycle, Institut de
géographie alpine, Grenoble, 1966.
[4]
Voir infra, note 30.
[5]
Pour les références les plus récentes, voir Dom
Romain CLAIR, moine d'Hautecombe, "Moines et
religieux en Savoie", dans L'Histoire en Savoie,
25e année, n° 68, 2e édition, Chambéry, 1990,
p. 17 ; Abbé Lucien CHAVOUTIER, "Des abbayes aux
champs de ski, l'histoire millénaire des alpages",
L'Histoire en Savoie, hors série, 31 année,
2e édition, Chambéry, 1996, pp. 5-38.
[6]
Ces érudits ayant eu le mérite de transcrire, de
citer scrupuleusement et d'éditer leurs sources qui
sont pour l'essentiel publiées.
[7]
Par exemple Réjane BRONDY, Bernard DEMOTZ et
Jean-Pierre LEGUAY, La Savoie de l'an mil à la
Réforme, XIe-début XVIe siècle, Rennes, Éditions
Ouest-France, 1984, pp. 193-195. Une vision un peu
plus nuancée dans Jean-Pierre LEGUAY [dir.], La
Savoie, terre de défis et de conquête. Des alpages
aux stations d'altitude, Rennes, Éditions
Ouest-France, 1992, pp. 122-123.
[8]
André PERRET, "Les origines de l'expansion
monastique en Savoie", dans Académie de Savoie,
tomes 1, 2 et 3, nouvelle série, 1953, pp. 29-56 ;
voir également Réjane BRONDY, Bernard DEMOTZ et
Jean-Pierre LEGUAY, La Savoie, terre de défis…,
ouv. cité, pp. 53-60.
[9]
Pour Chamonix, Aulps, Bellevaux, Tamié, Sixt, Le
Reposoir, Entremont, voir Joseph Antoine BESSON,
Mémoires pour l'Histoire ecclésiastique des diocèses
de Genève, Tarentaise, Aoste et Maurienne et du
décanat de Savoie, Nancy, chez Sébastien Hénault
imprimeur, 1759, preuves n° 8, 9, 10, 15, 21 et 24.
À noter que les fondations de Sixt et d'Entremont,
qui ne rapportent aucun détail topographique, ne
font qu'ériger en abbayes des établissements
dépendant jusqu'alors d'Abondance.
[10]
Voir Joseph Antoine BESSON, Mémoires pour
l'Histoire ecclésiastique…, ouv. cité, preuve
n° 10, p. 337 : "quod jacet in pago Gebenensis,
in valle quae dicitur Alpis". Plus loin : "quantum
tenet spatium unius leucae in agris, pratis, pascuis
sylvis, montibus, aquis, aquarum decursibus et
ominum rerum usibus".
[11]
En 1239, la chartreuse d'Aillon obtenait du seigneur
de Miolans l'exemption du péage de Freterive pour le
passage du bétail ; voir Laurent MORAND, "Aillon",
dans Les Bauges. Histoire et documents,
Chambéry, Imprimerie Savoisienne, 1889-1891,
3 volumes, réédition Marseille, Lafitte reprints,
1999, tome 2, charte n° 58, pp. 456-457. Pour Tamié,
voir Félix BERNARD, L'abbaye de Tamié et
ses granges (1132-1793), Grenoble, Imprimerie
Allier, 1967, p. 21 ; pour la Grande Chartreuse,
Bernard BLIGNY, Recueil des plus anciens actes de
la Grande Chartreuse (1086-1196), Grenoble, chez
l'auteur, 1958, documents n° 61 et 62, pp. 169-172
(1194) et doc n° 66, pp. 177-178 (1196).
[12]
Laurent MORAND, Les Bauges…, ouv. cité,
tome 2, pp. 147-151.
[13]
Félix BERNARD, L'abbaye de Tamié…, ouv. cité,
pp. 37-38.
[14]
Eugène BURNIER, "La chartreuse de Saint Hugon",
Académie impériale de Savoie, 2e série, tome 11,
1869, cartulaire, chartes n° 219 et 220,
pp. 338-339.
[15]
Idem, n° 147 et 148, pp. 311-312 : "Tertiam
partem quarterii alpis de Orgival quod quarterium
contingebat sibi in sortem et suis duobus fratribus".
[16]
À propos des contestations de donations, voir par
exemple les démêlés d'Aillon avec Berlion de Candie,
Hélisabel et autres nobles des Bauges, dans Laurent
MORAND, Les Bauges…, ouv. cité, tome 2,
chartes n° 93-95, 101, 106, 116, 118).
[17]
Bernard BLIGNY, Recueil des plus anciens actes…,
ouv. cité, document n° 60 (datant de
1194), pp. 167-169.
[18]
Giuseppe SERGI, L'aristocrazia della preghiera.
Politica et scelte religiose nel medioevo italiano,
Rome, Donzelli, 1994.
[19]
Sans compter les eaux courantes et pendantes. À
titre d'exemple voici l'essentiel de la charte de
donation de l'alpe de Somens, à Mieussy, cédée aux
chartreux de Vallon par Aimon de Faucigny vers
1160 : "Notum sit omnibus quod domnus Aymo de
Fulciniaco pro salute anime sue suorumque
antecessorum dedit Deo et beate Marie et fratribus
de Valone alpem que vocatur Somens cum omnibus
appendiciis suis, videlicet prata et juga et omnes
pascuas ad ipsam alpem pertinentes, aque quoque
cursus et decursus in perpetuum possidendum"
(Hypolyte TAVERNIER, "Mieussy. Mémoire historique et
descriptif", Mémoires et documents de la société
savoisienne d'histoire et d'archéologie,
tome 29, 1890, document 1, p. 75).
[20]
Sur la toponymie des alpages, voir Hubert BESSAT et
Claudette GERMI, Lieux en mémoire de l'alpe.
Toponymie des alpages en Savoie et vallée d'Aoste,
Grenoble, Éditions Ellug, 1993.
[21]
Patrick J. GEARY, Aristocracy in Provence. The
Rhône basin at the dawn of the carolingian age,
Stuttgart, A. Hersemann, 1985, pp. 38-78.
[22]
Pour le Massif Central, voir par exemple Pierre
CHARBONNIER, "L'élevage de "montagne" dans les Monts
Dore du XIVe au XVIIIe siècle", dans L'élevage et
la vie pastorale dans les montagnes de l'Europe au
Moyen Âge et à l'époque moderne. Actes du colloque
international de Clermont-Ferrand,
Clermont-Ferrand, Institut d'études du Massif
Central, 1984, pp. 227-248.
[23]
Fabrice MOUTHON, "L'agriculture des pays de Buch et
de Born de la fin du XIIIe au début du XVIe siècle",
dans Le littoral gascon et son arrière-pays,
Actes du colloque d'Arcachon, 17-18 octobre 1992,
Arcachon, Société historique et archéologique
d'Arcachon et du pays de Buch, 1993, pp. 17-28.
[24]
Voir les chartes de fondation, notamment celle
d'Aulps, note n° 2. En Espagne, les Monts de Tolède
désignaient une réalité comparable, dans un autre
contexte géographique : voir Jean-Pierre MOLENAT,
Campagnes et Monts de Tolède du XIIe au XVe siècle,
Madrid, Casa Velasquez, 1997.
[25]
Le terme de margeria s'est maintenu dans les
Alpes du sud avec le sens de grande montagne
pastorale. On le retrouve en Massif Central avec les
monts de la Margeride.
[26]
Laurent MORAND, Les Bauges…, ouv. cité,
tome 2, p. 408 et pp. 573-576.
[27]
Montagne cédée en 1151 aux Chartreux du Reposoir par
les sires du Faucigny et citée sous ce nom dès 1158.
Mery (du latin moeria) désignerait un
pâturage partiellement boisé ; voir Pierre DUPARC,
"La montagne d'Aufferand. Cinq cent cinquante ans de
communauté pastorale", dans Économies et sociétés
dans le Dauphiné médiéval, 108e congrès des sociétés
savantes (Grenoble, 1983), Paris, Comité des
travaux historiques et scientifiques, 1984.
[28]
André PERRIN et Jean-Auguste BONNEFOY, Documents
relatifs à la vallée et au prieuré de Chamonix,
Chambéry, Imprimerie Chatelain, 1879, document n° 22
(datant de 1287), p. 47.
[29]
"Alpem de Bovinant", Bernard BLIGNY,
Recueil des plus anciens actes…, ouv. cité,
document 8 (datant de 1099-1103), pp. 22-25.
[30]
Pour la Maurienne, pour les secteurs d'Aussois et de
Saint-Michel, voir Christopher CARCAILLET,
Évolution de l'organisation spatiale des communautés
végétales d'altitude depuis 7 000 ans BP dans la
vallée de la Maurienne (Alpes de Savoie, France) :
une analyse pédoanthracologique, thèse de
doctorat en science, Université Aix-Marseille 3,
1996 ; pour Valloire, voir Jean PRIEUR et alii,
"Valloire, la vallée d'or", L'Histoire en Savoie,
été 1989, pp. 28-29 ; pour la vallée de Chamonix,
voir Nicolas CARRIER, La vie montagnarde en
Faucigny à la fin du Moyen Âge. Économie et société,
fin XIIIe-début XVIe siècle, Thèse de doctorat,
Université Jean Moulin-Lyon 3, 2000, 3 volumes.
[31]
Henry BARTHÉLÉMY, Christian MERMET et Bernard RÉMY,
La Savoie gallo-romaine. Histoire et archéologie,
Mémoires et documents de la société savoisienne
d'histoire et d'archéologie, tome 99, Chambéry,
Société savoisienne d'histoire et d'archéologie,
1997, p. 47.
[32]
À notre connaissance, deux chartes seulement ne
décrivent pas un alpage déjà aménagé. La seconde
concerne, en 1192, la montagne du Chérel, dans les
Bauges, cédée à l'abbaye de Hautecombe et qualifiée
de "lanche" (lanchia de Cheray) et non pas
d'"alpe". En fait, la rente d'un fromage (seracium)
retenu par l'un des donateurs suggère bien une
exploitation pastorale du site ; voir Claudius
BLANCHARD, Histoire de l'abbaye de Hautecombe en
Savoie avec pièces justificatives inédites,
Mémoire de l'Académie de Savoie, 3e série, tome 1,
Chambéry, Imprimerie Chatelain, 1875, document n° 9,
p. 549.
[33]
Le "pratum Cucuatorum" dont on ne sait s'il
est compris ou non dans le "désert" des chartreux
(Joseph Antoine BESSON, Mémoires pour l'Histoire
ecclésiastique…, ouv. cité, preuve n° 24,
p. 347).
[34]
Cité dans Nicolas CARRIER, La vie montagnarde en
Faucigny…, ouv. cité, tome 1, f° 212.
[35]
C. LEFORT et J. LULLIN, "Trois documents relatifs à
l'abbaye de Sixt (1154-1234)", Mémoires et
documents de la société d'Histoire et d'Archéologie
de Genève, tome 15, Genève, 1862 ; André PERRIN
et Jean-Auguste BONNEFOY, Documents relatifs…,
ouv. cité, document n° 10, pp. 19-21.
[36]
Par exemple dans la châtellenie du Châtelard en
Bauges, dans "l'extente" (enquête comtale) de 1273
puis dans celle de 1335 ; voir Mario CHIAUDANO,
La finanza sabauda nel secolo XIII, tome 3,
Le extente et altri documenti del dominio
(1205-1306), Turin, 1937, tome 3, p. 37 ;
Archives départementales de Savoie, SA 1962, 4.
[37]
Mais on peut aussi alléguer la disparition du
document ou bien le fait que la donation intitiale,
lorsqu'il s'agissait d'une vallée entière (Aulps,
Abondance, Chamonix), ne mentionne guère que le nom
des montagnes faisant limite, ce qui interdit toute
comparaison fiable avec les périodes ultérieures.
[38]
Charles HIGOUNET, "Essai sur les granges
cisterciennes", dans L'Économie cistercienne :
géographie, mutations, du Moyen Âge aux Temps
modernes. Centre culturel de l'abbaye de
Flaran, 3èmes Journées internationales d'histoire,
16-18 septembre 1981, Bordeaux/Auch, Biscaye
imprimeur, 1983, pp. 174-175.
[39]
On comprend mal alors que L. Chavoutier, par
ailleurs bon connaisseur des alpages, ait pu
affirmer que les moines de Tamié n'auraient trouvé
en altitude que les "vestiges" des défrichements
opérés par les Ceutrons ; voir abbé Lucien
CHAVOUTIER, "Des abbayes aux champs de ski…",
art. cité, p. 9.
[40]
"sicut ex integro ad comitatum meum pertinere
videtur, id est terras, sylvas, alpes, venationes,
omnia placita et banna…" ; André PERRIN et
Jean-Auguste BONNEFOY, Documents relatifs…,
ouv. cité, document n° 1, p. 5.
[41]
Sur la montagne de Muret, au début du XIIIe siècle,
les chartreux de Saint-Hugon reçoivent, en plus de
droits fonciers, une rente d'un quart de fromage par
an, preuve indicutable que l'alpage était
fréquenté ; voir Eugène BURNIER, "La chartreuse de
Saint Hugon", art. cité, n° 223, p. 340. En 1209
puis en 1235, les cisterciens de Tamié acceptent l'alpagium
de la montagne de Séchiron puis ceux des versants
des cols de la Madeleine, en moyenne Tarentaise. Sur
l'auciège, voir Pierre DUPARC, "Une redevance
féodale, l'auciège", dans Bibliothèque de l'École
des Chartes, tome 105, 1944.
[42]
Laurent MORAND, "Le Béton", dans Les Bauges…,
ouv. cité, tome 2, pièce 7, p. 567.
[43]
Cité par Nicolas CARRIER, La vie montagnarde en
Faucigny…, ouv. cité, tome 1, p. 205.
[44]
Laurent MORAND, "Aillon", dans Les Bauges…,
ouv. cité, tome 2, charte n° 128, pp. 512-513.
[45]
Nicolas CARRIER, La vie montagnarde en Faucigny…,
ouv. cité, tome 2, p. 323.
[46]
Sur les granges cisterciennes en général, voir
Charles HIGOUNET, "Essai sur les granges
cisterciennes", art. cité, pp. 157-180. Sur les
granges de Tamié, voir Félix BERNARD, L'abbaye de
Tamié…, ouv. cité.
[47]
Bernard BLIGNY, Recueil des plus anciens actes…,
ouv. cité, n° 6, pp. 16-20.
[48]
"Quia vero donatores ipsarum possessionum
piscationem et venationem et avium captionem, ovium,
caprarum atque omnium domesticorum animalium pascua
et transitum in infra dictos terminos prohibuerunt" ;
voir Eugène BURNIER, "La chartreuse de Saint Hugon",
art. cité, document n° 2, pp. 404-405.
[49]
Régis CARCENAC, La commanderie du Temple de
Sainte-Eulalie du Larzac. Recherche d'Histoire
économique et sociale, milieu XIIe-début
XIVe siècles, Thèse de 3e cycle, Université de
Toulouse, 1987, pp. 478-490 ; Gabriel et
Pierre-François FOURNIER, "La vie pastorale dans les
montagnes du Centre de la France. Recherches
historiques et archéologiques", dans Bulletin
historique et scientifique de l'Auvergne,
n° 676, 1983, pp. 233-254 ; sur les expulsions de
villages par les cisterciens, voir Robert FOSSIER,
Enfance de l'Europe. Aspects économiques et
sociaux, Nouvelle Clio, Paris, Presses
universitaires de France, 1982, tome 2, pp. 619-620
et p. 691.
[50]
Philippe ARBOS, La vie pastorale…, ouv. cité,
pp. 510-516.
[51]
Sur la réinterprétation des sources judiciaires
monastiques, voir Patrick J.GEARY, "Vivre en conflit
dans une France sans État : typologie des mécanismes
de règlement des conflits (1050-1200)", dans
Annales, Économies, sociétés, civilisations,
n° 5, septembre-octobre 1986, pp. 1107-1133 ; et
Bruno LEMESLE, "La raison des moines, règlement en
justice des conflits ruraux dans le Haut-Maine au
XIe siècle", dans Études rurales, n° 49-50,
janvier-juin 1999, pp. 15-38.
[52]
"Quidam ruricole ville cartusie ascenderunt
predictam alpem et collegerunt ibi fenum" ; voir
Bernard BLIGNY, Recueil des plus anciens actes…,
ouv. cité, document n° 19, pp. 48-50.
[53]
Félix FERRAND, "La guerre des alpages au Val
Saint-Hugon", dans La sociabilité des savoyards,
les associations socio-économiques en Savoie des
origines à l'époque actuelle. Actes du 29e congrès
des sociétés savantes de Savoie (Samoèns,
4-5 septembre 1982), Chambéry, Société
savoisienne d'histoire et d'archéologie, 1983,
pp. 112-113.
[54]
"De 40 sol. Receptis priore Bellis Vallis pro
banno quia quiddam monachus suis percusserat quamdam
hominem in nemore" ; voir Mario CHIAUDANO
"Comptes de châtellenie du Châtelard-en-Bauges",
dans La finanza sabauda nel secolo XIII,
Turin, M. Gibetta, 1933-1937, 3 volumes, tome 1,
p. 174.
[55]
Pierre DUPARC, "La montagne d'Aufferand…",
art. cité, pp. 165-166.
[56]
Laurent MORAND, "Aillon", dans Les Bauges…,
ouv. cité, tome 2, charte n° 16, pp. 408-409.
[57]
Compromis négocié grâce à la médiation du curé de
Doucy, d'un clerc du prieuré de Saint-Jeoire et de
trois nobles des environs ; idem, chartes
n° 17, pp. 409-410.
[58]
Idem, charte n° 131, pp. 507-508.
[59]
Celle-ci reprit, de l'autre côté de la montagne,
d'abord, en 1299, avec le seigneur de Duingt,
ensuite, en 1399, avec les paroissiens de Giez.
L'affaire traînait encore à la fin du XVe siècle
(Claudius BLANCHARD, Histoire de l'abbaye de
Hautecombe…, ouv. cité, documents n° 20, 29, 30,
30 bis, 31, 35, pp. 584-635).
[60]
À propos de la Grande Chartreuse, voir Thérèse
SCLAFFERT, Le haut-Dauphiné au Moyen Âge,
Paris, Société anonyme du recueil Sirey, 1926,
pp. 207-210 ; sur les alpages de Saint-Hugon, voir
Félix FERRAND, "La guerre des alpages…", art. cité,
pp. 113-117 ; pour les Bornes, voir l'épais dossier
de la montagne de Cenise relevant de l'abbaye
d'Entremont (Archives départementales de
Haute-Savoie, SA 195, pièces 2 et 3) mais aussi
PICCARD, "L'abbaye d'Entremont", dans Mémoires et
documents de l'Académie Chablaisienne, tome 9,
1895, pp. 67-73.
[61]
Charles HIGOUNET, "Essai sur les granges
cisterciennes", art. cité, p. 172.
[62]
Sur ces albergements voir PICCARD, "L'abbaye
d'Entremont", art. cité, pp. 32-34 ; Jean
FALCONNET, La chartreuse du Reposoir au diocèse
d'Annecy, Montreuil-sur-Mer, Imprimerie de
Notre-Dame-des-Prés, 1895, pp. 22-60, réédition
Genève/Paris, Éditions Slatkine, 1980 ; Pierre
DUPARC, "La montagne d'Aufferand…", art. cité ; et
Pierre DUPARC, "Une communauté pastorale en Savoie,
Chéravaux", dans Bulletin philologique et
historique, 1963, pp. 309-329 ; Nicolas CARRIER,
La vie montagnarde en Faucigny…, ouv. cité,
tome 2, pp. 322-330 ; Michaël MEYNET, Une
châtellenie de montagne du Dauphiné à la Savoie.
Samoèns 1355-1375. Mémoire de maîtrise,
Université de Savoie, 1998, f° 76.
[63]
Pour le Reposoir, voir Jean FALCONNET, La
chartreuse du Reposoir…, ouv. cité, p. 27-36.
Pour l'abbaye d'Abondance, à propos du refus des
hommes de la vallée de payer l'auciège, voir la
sentence arbitrale du duc Amédée VIII en 1425 dans
chanoine Jean MERCIER, "L'abbaye et la vallée
d'Abondance", Mémoires et documents publiés par
la société salésienne, tome 8, Annecy, 1888,
document n° 11, pp. 323-326.
[64]
Jean FALCONNET, La chartreuse du Reposoir…,
ouv. cité, pp. 25-26.
[65]
"cum cancela incensa et hostiis et finestris
ipius loci apertis affinem quod ibi sit lumen clarum
ad videndum clarissime omnem fructum ibidem
existentem et eligere possit pecias quas habere
voluerit, ipisas pecias tangendo et visitando cum
unico digito sine alia palpatione et sine lesione
aliquali" (ibidem, p. 28).
[66]
Dans la cas de Saint-Hugon, les communautés voisines
occupèrent de force les alpages dès l'été 1789 ;
voir Félix FERRAND, "La guerre des alpages…",
art. cité, p. 76.
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