Félix GAFFIOT.
Docteur es Lettres,
Professeur, latiniste, auteur d’un dictionnaire de
référence.

GAFFIOT, ce nom
fort célèbre, connu de pratiquement tous les
étudiants du monde francophone et, bien entendu, de
tous ses enseignants. Désirant évoquer cet éminent
Comtois dans le Canard sur la Loue, je ne voulais
rien écrire sans avoir rencontré quelqu’un de
sa famille c’est une des ses nombreuses
petites-nièces qui a bien voulu me recevoir et me
parler de lui avec beaucoup de délicatesse. Je l’en
remercie infiniment.
_____________________
Depuis plus de quatre
siècles, on trouve déjà le patronyme GAFFIOT très
honorablement connu, présent à Germigney, Vaudrey,
Chatelay, Étrepigney mais surtout à Chissey-sur-Loue
(Jura), avec par exemple :
En 1596, la naissance
de GAFFIOT Louis , fils d’Anathoile et de
Claudine ????
En 1677 Clauda GAFFIOT
meurt à Chissey,
En 1696 Jeanne GAFFIOT
est marraine à Chissey de Jeanne DHYVAIR.
Claude François
GAFFIOT né le 17.11.1785 à Champagne sur Loue est
Sergent sous l’Empire tout comme P.C. GAFFIOT,
né à Chissey le 22.02.1791, qui s’illustre lui,
comme sous-officier du génie tous deux seront
Médaillés de Sainte-Hélène.
GAFFIOT Félix
Joseph, est né à Liesle (Doubs) le 27.09.1870,
fils de GAFFIOT Jean Baptiste Donat, âgé de 56 ans,
instituteur primaire et secrétaire de Mairie,
domicilié à Liesle, et de Adélaïde Théodlinde POUX,
âgée de 26 ans. Témoins à la naissance : CUSSEY
Xavier, cultivateur et BORDEAUX François Constant,
clerc de notaire tous deux domiciliés à Liesle.
Son père Jean
Baptiste, né à Chissey (Jura) en 1814 avait une
sœur, Annette, et trois frères, Claude François,
Auguste, Félix Alfred, tous nés à Chissey, enfants
de GAFFIOT Simon, lui-même fils d’Antoine GAFFIOT,
laboureur à Chissey.
Adélaïde Théodlinde,
sa mère, sans profession, veuve en 1883, âgée de 39
ans, chargée de six enfants, aurait alors sollicité
une aide matérielle à l’Académie. Il lui fut alors
rétorqué, sans autre forme de procès : "vous
avez un jardin, cultivez-le !’’ …..
Orphelin de père à 13
ans, après l’école communale, une bourse municipale
lui permet de fréquenter le lycée de Pontarlier.
Bachelier en Sciences et lettres puis licencié en
lettres. Il occupe divers postes de professeur de
l’enseignement secondaire, à Pont à Mousson, puis au
Puy, et à Clermont Ferrand.

Livre offert à
Félix GAFFIOT le 3 août 1886 :
Éducation morale et
civique.
Librairie générale
de publications populaires 1884
LES GUERRES DE
LA VENDÉE – Bibliothèque de la jeunesse
française
En 1906, il soutient
une thèse qui traite de l’apprentissage du latin, et
dans laquelle, volontiers polémiste, il dénonce sans
détours ce qu’il nomme" l’orthodoxie arbitraire’’.
Il obtient l’agrégation puis devient professeur à la
Sorbonne. Maître de conférences, sans chaire, il y
restera 17 ans en tant que professeur.
Il développe une
méthode novatrice d’apprentissage du latin et
publie : ‘’Méthode de langue latine pour la
traduction des textes à l’usage des élèves du
premiers cours’’. Son idée est de partir du
latin pour arriver au français, favorisant le
raisonnement à l’application stricte d’un code il
écrit "il faut étudier le latin comme un moyen
de formation intellectuelle, comme une discipline de
l’esprit’’ .
Ses travaux sont
interrompus par la mobilisation en 1914. Il est
appelé en tant qu’officier auxiliaire de santé et
servira dans l’Argonne alors qu’ayant déjà effectué
son service militaire avec la classe 90, il aurait
pu demander un poste d’administration qui lui aurait
évité de monter au front. On le trouvera ensuite,
chargé de la gestion de l’hôpital de Besançon puis
de celle du Val de Grâce à Paris.

Félix GAFFIOT à
Liesle en uniforme arborant fièrement mais surtout
malicieusement la médaille qu’il vient de recevoir

Félix GAFFIOT en
compagnie de son frère Ernest GAFFIOT qui demeurait
à Arc et Senans.
En 1923, l’éditeur
Hachette confie à Félix GAFFIOT la mission de créer
un dictionnaire latin-français. Après la rédaction
de milliers de fiches, (une pour chaque mot, plus
d’un quintal lorsqu’il quitta son appartement de
Bourg la Reine en 1927), l’ouvrage paraît enfin en
1934. Il se distingue par ses illustrations et par
sa netteté typographique.
‘’ Il me reste à
souhaiter que ce livre, devenant un auxiliaire des
études latines, contribue pour sa part à la défense
du latin que beaucoup de bons esprits s’obstinent à
considérer comme un des plus précieux éléments de
notre culture ’’ écrivait-il dans la préface de
son dictionnaire en 1934. Félix GAFFIOT ne se
doutait pas de l’ampleur du succès de son œuvre Et
pourtant, ce ‘’monument’’, rapidement surnommé
‘’le GAFFIOT’’ est depuis, régulièrement
réimprimé, en version complète ou abrégée. Des
générations d’étudiants et d’étudiantes ont utilisé
le grand GAFFIOT, se brisant le dos tant l’ouvrage
pesait dans les cartables, mais heureusement pour
celles et ceux d’aujourd’hui, sont arrivés le
GAFFIOT de poche et le dictionnaire GAFFIOT abrégé….
Une nouvelle édition
complétée et modernisée est parue en l’an 2000.
La Revue de
Franche-Comté et Monts-Jura dit de lui en 1937 : ‘’ …
il lut et annota tous les auteurs, de Plaute à
Claudien. Dès lors, il était équipé pour cette
rénovation de la grammaire latine qui fut le grand
objet de ses travaux. A un inspecteur général qui,
un peu déconcerté par certaines interprétations en
apparence hétérodoxes, lui demandait un jour quels
maîtres lui avaient donc appris le latin : ‘’Les
textes, Monsieur’’, répondit-il péremptoirement.
Cette réplique
contient toute sa doctrine. Depuis un siècle
l’enseignement du latin, tourné surtout vers le
discours et le thème, tendait à se codifier en un
corps rigide de règles à la fois absolues et
conventionnelles. Les professeurs, comme des
magistrats, notaient d’un solécisme infâmant, toute
transgression du code, fût-elle autorisée par un
exemple de Cicéron ou de Tite-Live. D’ailleurs, si
d’aventure les textes contredisaient trop ou
vertement la syntaxe officielle, d’ingénieux
critiques n’hésitaient pas à les corriger. Auteurs,
éditeurs, professeurs, élèves, tous à l’alignement !
C’est contre cette orthodoxie arbitraire que
s’insurgea GAFFIOT dans la thèse qu’un soutint avec
éclat en Sorbonne en 1906 et dans un livre
postérieur : Pour le vrai latin. Partant des textes,
il démontra que la pratique de la langue latine
présentait dans ses tours et ses modes, plus de
souplesse que ne l’imaginaient les pédants du
collège…’’
En 1927, il quitte
volontairement la Sorbonne, alors que sa
titularisation était proche, et qu’il avait été
injustement écarté de la chaire de latin vacante qui
lui était normalement due. Il trouvera un nouveau
poste à l’Université de Besançon. Il sera nommé
doyen de la Faculté des lettres le 19 juillet
1933 et renouvelé dans ses fonctions en 1936. La
Faculté devint alors, grâce à son efficacité et sa
rigueur, le meilleur établissement de la région par
le nombre de succès à l’agrégation de grammaire de
ses étudiants.
La Revue de
Franche-Comté et Monts-Jura dit encore de lui en
1937 : ‘’…Jamais professeur plus sévère ne fut
plus aimé. Aucune morgue, aucune solennité dans son
allure : rien de doctoral. Dès son entrée dans la
salle, me dit un étudiant, on le voyait bondir en
chaire, promener sur son auditoire un regard
malicieux et jovial, puis tirer de sa serviette qui
était, paraît-il un modèle de désordre, un simple
feuillet détaché d’une édition Teubner.
L’explication commençait. Chaque mot chaque
difficulté provoquait entre lui et ses élèves une
discussion où chacun proposait son avis. Sans notes
imprimées, sans notes manuscrites, il donnait
l’impression qu’il s’attaquait à ce texte nu en même
temps que ses auditeurs, qu’il éprouvait les mêmes
difficultés, que la solution adoptée résultat de
leur collaboration. Et la séance prenait fin presque
toujours sur le même mot : confiance !’’.
Félix GAFFIOT retrouve
ses racines comtoises il s’installe dans la maison
de ses parents. Il s’intègre pleinement à la vie de
sa région. " Élu par ses pairs conquis, il fut
réellement l’une des personnalités marquantes du
Besançon de l’entre deux guerres dont il porta la
renommée bien au delà des frontières’’ dit de
lui René PELLETIER, un de ses anciens élèves .
Prouvant combien il
était apprécié localement, la formidable
participation bénévole et enthousiaste des habitants
du village lorsqu’il fait ériger, sur le bord de la
route, dans la propriété, un chalet afin d’y
recevoir de façon parfaite ses nombreux amis. On
remarque encore actuellement, ce modeste et
pittoresque édifice, sur la gauche en arrivant d’Arc
et Senans un peu avant d’arriver à l’église de
Liesle…
Félix GAFFIOT au
balcon de son chalet à Liesle.

Félix GAFFIOT
près de ses rosiers qu’il soignait avec beaucoup
d’attentions.
En 1932 il reçoit les
insignes de la Légion d’Honneur.
Pourtant, certains
esprits chagrins, très certainement empreints de
jalousie devant la qualité de ce comtois pugnace et
persévérant, se basant sur des points spécieux de
phonétique de la langue latine, sur une ‘’anomalie’’
géographique concernant le site d’Alesia, sur le
fait qu’il évitait soigneusement dans la préparation
de son ouvrage, tout mot à connotation sexuelle et
même sur sa prestigieuse connaissance des grands
vins, ont tenté en vain d’abattre sa réputation,
utilisant jusqu’à l’insulte, dans des articles de
presse diffamatoires. Ils n’y ont pas réussi !
Laissons ces forts rares détracteurs à leur
hypocrisie, à leur amertume.
Le bulletin municipal
de Liesle, en 1989 le décrit ainsi : ‘’Beaucoup
d’entre nous ont gardé le souvenir de cet homme
affable, aimant parler avec les anciens du village
personnage pittoresque portant barbiche, panama et
costumes clairs célibataire, radical affirmé,
épicurien…’’ Il est surnommé ‘’le mousquetaire’’
par certains et ne change rien à sa vie ni à ses
habitudes lorsque son dictionnaire paraît en 1934.
Il partageait sa vie entre Besançon et Liesle où il
improvisait de nombreuses réceptions dans son chalet
entouré de rosiers.

Petit mot à des
amis signé Félix GAFFIOT.
C’est son portrait à
la gouache, en pied et en costume, exécuté au Puy
où il était jeune professeur qui lui a certainement
valu ce surnom affectueusement attribué par ses amis
et peut-être même par ses élèves. Il est vrai que ce
comtois ‘’portait beau’’ d’allure altière, celle
de ces gentilshommes des compagnies du roi, les
mousquetaires, le regard pénétrant et pétillant
d’intelligence, il avait, de plus, le menton orné
d’une barbiche en pointe sous de longues moustaches
effilées dites alors ‘’à la mousquetaire’’.
C’était, de plus, un
sportif avéré. Plusieurs fois, accompagné de ses
amis, de sa famille, il s’est rendu, au petit matin
à pieds, de Liesle au mont Poupet distant d’environ 35 kilomètres, pour y
admirer le paysage s’imprégner de la beauté de la
nature et rentrer à travers champs, le soir exténué
mais les yeux remplis des paysages enchanteurs du
Jura et du Doubs. C’est à une de ces occasions de
longues marches dans les prés qu’un jour, se prenant
les pieds dans une racine, il chute et perd ses
lorgnons dans l’herbe sous le regard malicieux de
ses très jeunes neveux Roland, Aimé et Robert… Il
les tance sévèrement n’admettant pas que ces jeunes
enfants se moquent ouvertement de leur oncle… Mais
son exaspération ne dure pas et fait place aux rires
mêlés de bienveillantes menaces de représailles. Les
lorgnons ne seront retrouvés que le lendemain au
cours d’une ‘’battue’’ familiale.

Félix GAFFIOT prêt
pour une longue marche champêtre.
Félix GAFFIOT,
craignait les automobiles. Volontairement il n’en
possédait pas déclarant malicieusement à sa famille
: ‘’je ne veux pas mourir avant l’âge’’ !
Pourtant, le 31
octobre 1937, le lendemain du jour de sa retraite, à
18 heures, il est victime d’un accident de voiture.
En effet, à 18 heures, entre Mouchard et Cramans,
juste avant le pont du chemin de fer, au retour
d’une visite à Sellières avec une famille amie, la
batterie électrique qui se trouvait alors à
l’intérieur du véhicule, se renversa coupant
brutalement les phares la berline quitta la
chaussée et fut précipitée dans le fossé qui bordait
la route. Une seule passagère était indemne,
l’épouse du chauffeur eut un bras fracturé, son mari
avait brisé le volant avec sa poitrine et Félix
GAFFIOT, la mâchoire brisée était gravement blessé.
Extrait de la presse
bisontine du surlendemain : …Des cyclistes
donnèrent l’alarme et fort rapidement les secours
s’organisèrent. Des automobilistes de passage, MM.
ALLARD de Cramans, NÉPLAZ de Montbarrey, Robert
VINCENT de Liesle, Louis ROBERT de Cramans
transportèrent les blessés à Arc et Senans où ils
reçurent les soins de M. le Docteur BESANÇON.
Celui-ci, en raison de leur état, faisait diriger
les victimes sur une clinique de notre ville. Mardi
soir, à 21h30, alors que M. GAFFIOT, grâce à sa
robuste constitution semblait entrer en bonne voie
de rétablissement, il succombait brusquement...’’
Nous étions le 2
novembre 1937.
Ses obsèques, eurent
lieu à Liesle et furent suivies par une foule très
imposante composée de sa famille, du Recteur et de
l’Inspecteur de l’Académie de Besançon, de ses
collègues de la Faculté, de professeurs des lycées,
de ses nombreux amis, de l’ensemble des habitants de
Liesle et des environs, mais aussi par plusieurs
religieux tous venus rendre hommage à ce radical
juste et intègre. Les enfants de l’école communale
faisaient la haie de chaque coté du cercueil sur
lequel étaient disposés la toge du défunt et sa
croix de la Légion d’Honneur.
Ils étaient suivis par
les Anciens Combattants de Quingey portant leurs
drapeaux et précédant la famille et les assistants.
La Franche-Comté toute
entière était en deuil.
La Revue de
Franche-Comté et Monts-Jura dit encore de lui en
1937 : ‘’ Je ne connais d’exemplaire plus typique
de sa race, de plus de relief et de saillie. Comme
Proudhon, il pouvait se vanter d’être ‘’du pur
calcaire jurassique’’. Le terroir a déterminé les
meilleurs traits de sa nature : bon sens, bonne
humeur, bonhomie, finesse sous la jovialité, un peu
de roideur dans la droiture et la carrure,
par-dessus tout cette plénitude de franchise qui lui
gagnait pour toujours le cœur de ses amis et lui
valut quelques ennemis.’’

Félix GAFFIOT,
intellectuel affirmé, homme simple au regard plein
d’affection, de malice et d’intelligence.
Il laisse l’image d’un
enseignant profondément humaniste et exigeant mais
également celle d’un épicurien. Rappelons ici, un
autre passage d’un article paru à la Revue de
Franche-Comté et Monts-Jura en 1937 : "… il
excellait dans l’art de l’hospitalité. Ses amis
oublieront-ils jamais la grâce de son accueil quand
la corne de l’auto, au tournant du chemin, l’amenait
sur le pas de sa porte, la figure éclairée d’un bon
sourire ? Dans la salle à manger, basse, fraîche, un
peu obscure, on entrevoyait d’abord, sur la
desserte, une redoutable batterie de cinq ou six
bouteilles couchées sur leurs affûts. La cave du
doyen était justement célèbre. Il en faisait les
honneurs avec un faste royal, si tant est qu’à la
table des rois, on serve communément pareil régal.
Chez lui, le repas, fort savoureux d’ailleurs dans
sa loyale simplicité, mais organisé en vue de boire,
n’était qu’une monture pour la joaillerie des
vins……Et de quel ton, avec quelle virtuosité, quelle
richesse d’images il savait parler d’un vin, de son
parfum, de son corps, de sa chair, de sa maturation
et de son avenir, s’il était encore un peu jeune,
et, pour les grandes années, du plein épanouissement
de son bouquet ! C’était merveille de le voir,
merveilles de l’ouïr.’’
A son décès, sa
cave, qu’il appelait sa bibliothèque, contenait
exactement 6.016 bouteilles des plus grands crus,
qui seront vendues aux enchères, à Liesle, le 8 mai
1938.
Dans la liste de ces
châteaux et clos réputés on remarque quelques
bouteilles de Kébir Impérial et de Royal Kébir,
peut-être rapportées par son neveu, militaire qui
avait servi en Algérie et avec qui il entretenait
des rapports chaleureux.
Un collège porte le
nom de Félix GAFFIOT à Quingey ainsi qu’une rue à
Liesle et une autre rue à Besançon. Son nom fut
également attribué au petit théâtre du campus
universitaire de la Bouloie à Besançon lors d’une
cérémonie officielle le 22.03.1999.
Cet humaniste,
passionné, d’une profonde simplicité, amoureux de la
vie et de la nature, cet homme de valeur qui égale
en réputation par son comportement, son allure et
son attachement à sa région, celles d’autres comtois
comme Proudhon, Pasteur, Momoro, Andressot, Christin
etc, mérite amplement, en hommage, le rappel de
quelques passages du ‘’Discours de réception à
l’Académie Française du Comte de Montalembert,
Député du Doubs de 1848 à 1863 :
PORTRAIT DU FRANC-COMTOIS.
Parmi nos provinces de l’Est, il existe une contrée
dont le nom porte l’empreinte de son histoire, de sa
vieille indépendance, du mâle courage de ses
enfants, la Franche-Comté de Bourgogne est comme le
Tyrol de la France : une nature grandiose et
pittoresque y tient lieu de monuments et le cœur de
l’homme semble emprunter à cette nature quelque
chose de sa force et de sa grandeur.
…Sur les flancs du Jura, défrichés par les moines,
au milieu des forêts de sapins et dans les gorges
profondes que creusent le Doubs et ses affluents, il
s’est formé une race austère, énergique,
intelligente, naguère passionnée pour ses antiques
franchises, de tout temps célèbre par son ardeur
belliqueuse, son attachement enraciné à la foi
catholique, son fier et opiniâtre dévouement à ses
maîtres.
«On ne les soumet qu’à coups d’épée et il faut les
abattre jusqu’au dernier » disait d’eux un capitaine
français qui avait éprouvé leur valeur en essayant
de les détacher de la monarchie espagnole dont
l’amour se confondait dans leurs cœurs avec celui de
leurs vieilles et chères libertés. Au XVII° siècle,
les paysans comtois se faisaient enterrer la face
contre terre pour témoigner de l’aversion que leur
inspiraient la conquête française et la domination
de Louis XIV.
Et toutefois, à la fin du XVIII°, tous les cœurs y
étaient tellement imprégnés du sentiment français
que nulle province n’a fourni à la patrie menacée,
des bataillons de volontaires plus nombreux, plus
intrépides, plus prodigues de leur vie.
Cette terre généreuse n’a cessé de produire des
héros que lorsque la France eut cessé de combattre. Elle a
montré la même fécondité dans le domaine de
l’Église, des lettres et des sciences et jusqu’à nos
jours, elle n’avait enfanté que des esprits dont la
hardiesse, tempérée par l’étude et la foi,
n’affligea jamais la conscience ni la raison.
Le bon marché à Arc et
Senans
Lors de notre visite à
l’atelier de torréfaction RENAUD, nous sommes tombés
‘’en arrêt’’ devant une magnifique pièce de
collection, une ancienne machine à torréfier portant
la plaque d’identification ci-après :
Il s’agissait d’un
appareil réalisé selon les instructions de Monsieur
Ernest GAFFIOT et de son épouse Anaïs PARROD. Ce
couple tenait ‘’Le Bon Marché’’, ’épicerie,
mercerie, rouennerie* Grande Rue à Arc et Senans, un
des plus importants établissements du secteur. Il
s’agissait là d’une ‘’grande surface’’ bien avant
l’âge on y trouvait de tout, alimentation diverse
(épicerie, laiterie, fromagerie, café torréfié…),
chapeaux, tissus, quincaillerie… Une succursale se
trouvait également au coin des Salines et des
tournées de livraisons étaient organisées par
voitures à chevaux…

Cette maison portait
sur son fronton, le nom de BERTHET, celui de son
propriétaire. Longtemps, les héritiers, bien que ne
résidant plus à Arc et Senans, enfants et
petits-enfants du couple BERTHET ont refusé de
vendre ce bâtiment en hommage à leurs parents et
grand parents adoptifs.
Femme de tête, Anaïs
PARROD, participait à la direction du négoce d’une
main sûre et avec beaucoup d’intelligence et
d’autorité son mari, Ernest GAFFIOT était le frère
de Félix GAFFIOT, créateur du dictionnaire
franco-latin dont nous avons parlé dans un précédent
bulletin.

* rouennerie : Au
début du 18° siècle, un riche marchand n’ayant pu
vendre son stock de coton, alors utilisé pour la
fabrication des mèches de chandelle, décide de faire
filer et tisser cette fibre. Le succès du nouveau
tissu est foudroyant. Cette toile de coton appelée
Rouen, au début fabriquée à Rouen, ou par imitation
dans d’autres fabriques, elle a été nommée ensuite
comme rouannerie (1798) puis corrigée en rouennerie
en 1800.

Sources :
Mademoiselle Marie
Magdeleine GAFFIOT, Madame Josette GENESTIER née
GAFFIOT, ses petites nièces..
Madame le Maire de
Liesle que je remercie pour son accueil fort
aimable.
Bulletin municipal de
Liesle février 1989.
Félix GAFFIOT
Wikipédia – Biblio Monde – VousNousIls.fr auteur
Marie Laure Maisonneuve -
Archives nationales :
F.17/24592.
Hôpital du Val de
Grâce.
Article paru dans la
Revue Franche-Comté et Monts-Jura en décembre
1937 – janvier 1938.
Articles parus dans le
Petit Comtois des 4, 5, et 6 novembre 1937.