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CHARQUEMONT
LES CHATELAIN UNE FAMILLE HORLOGERE |
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Reynald Bailly en l’an 2000. 1880 – Arsène CHATELAIN, 29 ans, horloger, épouse Cécile MAILLOT, 20 ans. Trois enfants vont naître de cette union : Marie Madeleine 1882 , Auguste 1884 – René 1887. Ce mariage était la rencontre de deux familles horlogères. C’est vrai que dès le début du XIX° siècle, grâce à la proximité de la Suisse, on rencontre à Charquemont des horlogers associant le travail de la terre à l’ouvrage à l’établi. Les parents d’Arsène : les CHATELAIN et les ETEVENARD étaient déjà de ceux-là. En 1867, Auguste CHATELAIN, père d’Arsène avait déjà obtenu des récompenses à l’Exposition Universelle de Paris.
A partir de 1880, commence à se constituer des ‘’fabriques’’ de montage qui vont faire de Charquemont, le centre de fabrication de la montre pour le plateau. Pour répondre à la forte demande en pièces métalliques, seul le Doubs est capable de faire mouvoir les martinets pour une telle production. Arsène établi est un des pionniers dans cette nouvelle orientation et pour devenir un des plus importants fabricants, il achète l’usine de la Rasse à Fournet-Blancheroche qui utilise justement la force motrice du Doubs. Des installations nouvelles prennent place sur la rive française à la place de l’ancienne taillanderie jusqu’ là tenue par les JOUBERT.
Depuis Fournet Blancheroche, le personnel descend chaque jour travailler au fond de la vallée. Véritable manufacture à une époque où les ateliers du pays maîchois sont de nature familiale et artisanale, l’usine de la Rasse où travaillent plus d’une centaine d’ouvriers et ouvrières inaugure l’ère industrielle et c’est de ce point de vue qu’on a pu dire que l’horlogerie est née dans cette partie de la vallée.
Le développement de l’artisanat horloger dans les fermes et villages engendre une production importante d’assortiments distribuée aux horlogers à domicile, aux maisons horlogères de Besançon et en Suisse. En deux décennies, Arsène constitue en cette fin de siècle un des plus importants domaines horlogers de Charquemont et même de toute cette région horlogère et rayonne bien au-delà des frontières.
Malgré quelques avatars, l’entreprise poursuit ses fabrications. La qualité du travail est plusieurs fois primés lors des grandes expositions industrielles : Paris 1878, Bordeaux 1882, Amsterdam 1883, Anvers1885, Besançon 1893.
Jusque vers 1900, l’établissement par son importance, joue un rôle de premier plan dans l’industrie du Haut-Doubs jusqu’au pays du Val de Morteau.
Le 7 septembre 1895, Arsène décède à l’âge de 44 ans.
A son décès prématuré, Arsène CHATELAIN laisse entre les mains de son épouse et de ses trois jeunes enfants un bien beau patrimoine à gérer. Des avoirs mais aussi une renommée déjà constituée par les générations précédentes des deux époux et dont Arsène avait donné une autre dimension. Veuve, Cécile, saura maintenir ce patrimoine oh combien pesant pour sa personne.
Après trois années de veuvage, Cécile se remarie le 11 juillet 1898 avec un modeste maître d’école en poste au village des Bréseux : Ermand CORNEILLE. Un contrat de mariage de maître JEANNINGROS de Damprichard nous donne les avoirs respectifs des époux. Bien modestes pour le marié alors que le patrimoine de Cécile, laissé lors de la disparition de son mari est important. Un fonds de commerce, marchandises, fournitures et outillage d’horlogerie mais aussi immobilier comme cette très belle propriété au centre de Charquemont dite ‘’le château’’ ainsi que l’hôtel du ‘’Lion d’or’’ exploité par Mr VUILLER et une autre maison au bas du village. L’usine de la Rasse où se trouve la fabrique d’horlogerie et un moulin. S’ajoute à tout ce patrimoine industriel, foncier et immobilier des sommes importantes placées en banques ou sous forme de prêts.
LA MAISON CHATELAIN-CORNEILLE
Le mariage avec Ermand CORNEILLE sera pour Cécile le partage de bien grandes responsabilités.
Ermand va donc entrer de plein pied dans le domaine de l’horlogerie. Un domaine qu’il n’ignore pas puisqu’il aura jusque là côtoyé de l’extérieur tout ce monde l’horlogerie.
Le voici à présent propulsé parmi les grands de la profession, un ‘’patron’’, un ‘’fabricant’’, la charge est lourde mais, semble-t-il sous l’enseigne ‘’HORLOGERIE CHATELAIN-CORNEILLE’’. Il va conduire de bonne main la maison. Des employés travaillent dans l’atelier situé au bas de cette résidence. Pour beaucoup d’horloger, le ‘’château’’, c’est avant tout l’établissement auquel ils viennent livrer leur ouvrage. La fabrique CORNEILLE fait fonction d’établissement pour un grand nombre d’artisans à domicile. La production de roues, fourchettes est vendue aux Maison Horlogères en Suisse, dans le Val de Morteau ou à Besançon.
Notre ‘’modeste’’ instituteur à su revêtir le costume de patron et prendre des responsabilités allant jusqu’à se présenter aux élections municipales et prendre un mandat de maire dans cette commune de plus de 1.800 habitants : Charquemont de 1908 à 1912.
VERS LE DECLIN
Alors que l’ensemble de toute la partie industrielle et commerciale était restée sous l’enseigne ‘’CHATELAIN-CORNEILLE. Par acte de donation reçu le 29.03.1905 par Maître GUIBARD à Damprichard, Ermand passe la main à ses beaux-fils, Auguste, 21 ans, prend la direction des affaires devant son frère René, 18 ans.
Peut-être un peu jeune, doublé d’un manque d’expérience et de quelques problèmes de conjoncture, l’ensemble va peu à peu partir vers le déclin.
An 1905, la construction de l’usine hydroélectrique du Refrain. La société propose l’électricité aux communes, mais la municipalité de Fournet Blancheroche où se situe l’usine de la Rasse refuse. Ce refus, fort dommageable pour la commune, va provoquer le départ des usines. L’attitude de la municipalité s’explique par l’antagonisme existant à l’époque entre les agriculteurs et la population horlogère.
Le courant arrivera bien plus tard, en 1921-1922. Mais les CHATELAIN n’ont pas attendu et le matériel, l’outillage, les stocks sont enlevés. Dès 1905 une grande partie du personnel déménage avec l’entreprise, d’un coup Fournet Blancheroche se vide de sa population. Dix sept familles soit une centaine de personnes sont parties.
Le site de la Rasse, naguère peuplé d’une bonne centaine de personnes, perd donc au début du siècle ses activités horlogères. La grande usine, qui n’a pas trouvé de repreneur ainsi que la grosse maison d’habitation vont peu à peu tomber en ruine et nos CHATELAIN perdre ainsi une part importante de leur patrimoine et de leur potentiel sans compter leur renommée industrielle.
Lors de la dépression économique de 1920-1922, René quitte son frère et part en Savoie à la recherche de travail et fonde une entreprise à Annemasse. Marié à une suissesse, il décède à Mornex proche d’Annemasse le 5 décembre 1958.
A Charquemont, la fabrique CHATELAIN continue ses activités sous la direction d’Auguste. Un évènement va changer la destinée de cette maison, c’est le rapprochement à partir de 1923 avec l’entreprise BEAUMANN des Bois en Suisse.
L’association BEAUMANN-CHATELAIN de part et d’autre de la frontière est une première ; à Charquemont sont produites les roues et les écorces, tandis que l’usine des Bois assure le pivotage et la terminaison. La demande helvétique en assortiments à cylindre stimule la fa brique CHATELAIN. Auguste se retire de la Société en 1932 et fait entrer son entreprise dans le groupement de fabricants qui vient de se constituer à Charquemont sous l’impulsion de Gaston MAILLOT.
MAILLOT et le COMPTOIR CYRAX
Gaston MAILLOT appartient à cette grande famille d’horloger de l’ascendance de la maman d’Auguste, il y avait donc lien de parenté. Gaston MAILLOT avait repris en main l’affaire de son père et lui donna une grande extension sous l’appellation CYRAX, mot formé des lettres initiales de cylindre, roues et axes. Il fonde en 1932 un comptoir général de vente associant pas moins de dix fabricants de fournitures dont Auguste CHATELAIN.
Cette association accroît considérablement les possibilités de pénétration du marché international. Le Comptoir exporte dans tous les pays, des Etats-Unis à l’Afrique du Sud. En France, les pièces sont expédiées dans touts les départements aux horlogers-rhabilleurs ou à quelques gros fournisseurs. Le président du Comptoir est Auguste CHATELAIN, Gaston MAILLOT est le gérant. Le Comptoir CYRAX ne survit pas à son fondateur, mort en 1945. La guerre et les transformations de l’industrie ont rendu caduque cette belle association.
Je crois que ce fut là, la fin du beau règne des CHATELAIN et le démantèlement de cette grande fortune. La partie industrielle a disparu avec la ruine de la Rasse, l’hôtel du Lion d’or depuis bien longtemps sans activité est aujourd’hui à l’abandon, le ‘’château’’ toujours là mais ayant perdu de sa superbe, occupé par une personne âgée propriétaire. Bref en une génération, cette belle et grande saga n’existe plus.
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Tout ce monde a progressivement quitté Charquemont : -Ermand et Cécile pour Besançon : Ermand décédé le 16.11.1927, âgé de 56 ans (dit alors sans profession), Cécile décédée le 20.01.1946, âgée de 86 ans. Les 3 enfants du premier mariage Arsène/Cécile : - Marie Madeleine Andréa, née le 01.05.1882 à Charquemont, mariée le 21.10.1907 à Alphonse FARINE à Besançon, décédée le 11.09.1972 à Besançon. - René Paul Auguste, né le 15.08.1884 à Charquemont, marié le 07.10.1912 à Jeanne Émilie WOLF à Montbéliard, décédé le 14.02.1945 à Moncey, âgé de 61 ans. Jeanne Émilie, née le 12.05.1893 à Montbéliard est décédée le 22.10.1887 à Régnier (Haute-Savoie). - René Paul Arsène, né le 21.10.1887 à Charquemont, marié à Marthe Edmée Cécile REY (Suisse), décédé le 05.12.1958 à Monnetier-Mornex (Haute-Savoie). Marthe Edmée Cécile est décédée le 16.06.1989 à Ambilly (Haute-Savoie).
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On retiendra qu’Auguste fût maire de Charquemont à la suite d’Ermand de mai 1912 avec l’interruption du 08.1914 à 10/1916 pour appel sous les drapeaux.
J’ai relevé également sa présidence à la tête de l’harmonie ‘’La Démocrate’’ jusqu’en 1927. |