Un canard sur la Loue

Participation de Rémy Démoly

 

Le ''Canard sur la Loue'' est un bulletin trimestriel très symphatique et fort bien illustré qui aborde de nombreux et très divers sujets ayant trait à la Vallée de Loue et ses environs immédiats tant sur les plans historique, culturels, culinaire, écologiques, que sur l'actualité dans les domaines (manifestations associatives, artistiques, sportives, loisirs etc).

 

Comité de rédaction (2008) :

Jean Claude Charnoz, Claire Chevaux, Jean Claude Colmagne, Rémy Démoly, Colette Foisy, Robert Francioli, Bernard Gauthé, Viviane Graby-Bury, Christine Gros, Gilles Lécuelle, Henri Meunier, Germaine Oudot, Odile Rolet-Répécaud, Paul Sasso, Nicole Sudan.

Un canard sur la Loue

 Directice de la publication et maquettiste : Madame Colette Foisy

 

Abonnements : simple à 12 euros, avec parrainage à 20 euros

à adresser à Un Canard sur la Loue – 6 rue des couchants – 39600 Villers-Farlay.


 

N° 72 – Automne 2004 - NOS ANCIENS SOUS L’EMPIRE

 

 Edité très récemment, un monument d’histoire que l’on peut se procurer dans toutes les bonnes librairies de la région, reprend le parcours quelques fois succinct mais toujours fort honorable, sinon glorieux, de plus de 6.000 francs-comtois, précisant le plus souvent possible les villes et villages qui furent leurs berceaux.

 LES FRANCS-COMTOIS ET L’EMPIRE

 Auteurs Jean Marie THIÉBAUD – Thierry CHOFFAT – Gérard TISSOT-ROBBE

Edition :  L’INTERMEDIAIRE DES CHERCHEURS ET CURIEUX

28 rue Geoffroy Saint-Hilaire – 75005 PARIS.

Citation : Cet ouvrage est le résultat d’un travail considérable de dépouillement d’archives nationales, départementales pour retrouver la trace des généraux et dignitaires de l’Empire, sans oublier les centaines d’officiers, de sous-officiers et de simples soldats, originaires des quatre départements comtois. Fin citation.

 Bien des familles du Val d’Amour y découvriront un ancêtre illustre dont elles portent le patronyme : Brigadier aux gardes écossaises , Voltigeur blessé à Dresde d’un coup de lance au genoux, Officier d’Infanterie qui se signala à Austerlitz, chirurgien aide-major mort des fièvres en Espagne ou haut fonctionnaire…

 Voici quelques exemples :

 AUGERANS :

Jean Baptiste Marie Gabriel Maxime VANDELIN (D’AUGERANS) Capitaine du Génie. Sa famille reçu des lettres de noblesses de Louis XVIII en 1816.

Berceau du Sergent PELLETIER Louis médaillé de Sainte-Hélène,

CUENNE Jean Louis chirurgien près de l’administration central du canton de Santans, né à Belmont (39) en 1771.

BELMONT :

Berceau de Jean Louis CUENNE cité sur Augerans.

LABOURON Jean Baptiste né en 1762 décédé en 1827. Officier.

 

CHATELAY :

Berceau du Capitaine BOISSON, Officier d’Infanterie mort à Toulouse (31),

VUILLEMIN Alexis Pierre ° à Orchamps Vennes (25)en 1790 prisonnier de guerre en 1814 puis instituteur à Châtelay (39)…

 

CHISSEY SUR LOUE :

Berceau du sous-Lieutenant CHAGROT Gilbert né en 1770 Officier de Voltigeur de la Garde Impériale,

Le Sergent GAFFIOT P.C. né en 1791 médaillé de Saint Hélène,

SENOT Jean Baptiste en service de l’an 13 à 1810…

 

MONTBARREY :

Berceau de DANTANT Joseph médaillé de Sainte-Hélène,

Le Sergent FAGAUX Jean Baptiste de la Légion du Jura en service de 1813 à 1818,

Le Sergent Major HUDRY Jean Baptiste en service de 1806 à 1814,

Le Canonnier  PETIT Pierre Charles, né en 1794 ,

VAISSIER Georges engagé volontaire au 1er d’Artillerie à pied, sous-officier, maire de sa commune natale en 1857…

Mais aussi VALLON Charles, VERCEY Claude, VUILLIER Alexis, VUILLIER Antoine…

 

SANTANS :

Berceau du Capitaine BAURANS (BAURAND) qui fit campagnes de Russie, d’Espagne et de Belgique,

BICHET Joseph prisonnier de guerre en Russie,

Le Capitaine DUPRÉ Jacques mort de maladie en 1804, titulaire de la Légion d’Honneur,

GUYOT Français qui fit la campagne d’Autriche puis servit six ans en Espagne, cultivateur à la Vieille Loye en 1857,

VUILLAUME Jean Baptiste, né en 1778, volontaire à 14 ans se reconvertit dans la douane à cheval…

 

VILLERS FARLAY :

Le Chef d’Escadron BARBE Charles, prisonnier des prussiens…

Le Colonel CAVAROZ Claude François qui deviendra juge de paix à Villers Farlay…

CAVAROZ Simon notaire, juge de paix…

Le Lieutenant-Colonel DUPERRON Louis François Sylvestre…

  Les lecteurs qui découvriraient ainsi un de leurs ancêtres et voudraient obtenir plus d’informations le concernant peuvent, ensuite, en obtenir par le biais du Service Historique de l’Armée de Terre à Vincennes  - BP 107 – 00481 ARMEES.

Rémy DÉMOLY – Chatelay.


 

N° 74 – Printemps 2005

 

1855 : Un enfant de CHATELAY,

disparaît sur le champ de bataille de MALAKOFF.

 

 27 mars 1854 : Français et Anglais déclarent la guerre à la Russie : le Tsar vient de provoquer le conflit en attaquant l’empire Ottoman…

 Février 1855 : le siège s’éternise,  les troupes anglaises sont pratiquement anéanties… Pour en finir avec la forteresse imprenable de Sébastopol, l’Empereur  Napoléon III, envoie un renfort de quatre vingt mille hommes aux troupes franco-anglaises…

 Le 18 juin 1855 : Le Conseil d’Administration du 19° Régiment de ligne signale la disparition de LAFFORET Jean Pierre, fils de Jeanne LAFFORET, né 20 juillet 1830 à Chatelay, canton de Montbarrey, département du Jura :

  …taille un mètre cinq cent quatre vingt et dix millimètres, cheveux et sourcils châtains, yeux roux, front rond, nez ordinaire, bouche petite, menton rond à la fossette, visage rond, journalier, servant en qualité d’engagé volontaire à Dole département du Jura a été reçu sous les drapeaux le 20 avril 1850, a disparu du Corps le 18 juin 1855, à l’assaut de la Tour Malakoff et que malgré les recherches les plus actives le Régiment n’a reçu aucun renseignement le concernant depuis cette époque…

 On imagine la douleur qui a du être celle de Jeanne LAFFORET, cette mère, sans nouvelle de son fils, âgé de 25 ans, soldat parti vers des terres si lointaines. Longtemps, elle a du nourrir le fol espoir de voir réapparaître son petit, disparu soit mais peut-être vivant, peut-être prisonnier ? 

 8 septembre 1855 : Malakof formidable construction, aménagée par Eduard Ivanovitch Totleben, qui défendait Sébastopol, est enfin emportée d’assaut par les français, sous les ordres de Motterouge et de Mac Mahon.

 Ce même jour, le général Pélissier, qui commandant  le corps de siège, reçut le bâton de maréchal et le titre de duc de Malakof. Une station du métro parisien portera plus tard son nom.

 Qui se souvient aujourd’hui de Jean Pierre LAFFORET mort au champ d’honneur et dont on a même pas retrouvé le corps ?

 Nous lui devions bien cet hommage ?

 Rémy DEMOLY

 

N° 75 – Été 2005 - Le Val d’Amour –  Je demeure dans le Val d’Amour !

 

 Qui d’entre nous n’a pas, dans la voix, une pointe de fierté sinon d’orgueil, lorsqu’il énonce son adresse ?

Il est vrai que nous aurions des difficultés à dire : j’habite le Val de la haine, le Val de l’antipathie, le Val de l’horreur, le Val de l’aversion…

Quelle chance avons-nous !

Mais nous ne sommes pas les seuls sur cette terre à demeurer sur un site qui comporte ce magnifique nom d’Amour.

Au Nord Est de l’Asie c’est un fleuve de 4.327 kilomètres formé par la réunion de l’Argoun et de la Chikla qui s’appelle Amour (ou Sakhalin-Oula). Fleuve qui sépare pendant une partie de son cours, la Sibérie de la Mandchourie et se jette dans la mer d’Okhotsk. Il donne son nom à une province russe.

 En Algérie,  c’est un  massif  montagneux reliant la chaîne des Ksour à celle des Ouled–Naïl (1100 a 1200 mètres d’altitude en moyenne) qui s’appelle Amour.

 Il y a un Val d’Amour au Canada dans le comté de Restigouche, province du Nouveau Brunswick et ce serait un sentier appelé le chemin du Val d’Amour, au long duquel le Parc Sugarloaf est situé, qui mènerait  vers le village de Val d’Amour.

La paroisse de Notre Dame de Sacré Cœur de Val d’Amour a été érigée en 1907, année de la nomination de son premier Curé résidant : l’abbé Ernest d’Amours.

 Mais plus proche de nous, et qui existait déjà en 1318 en Ariège, près de Belesta, ville de 1500 habitants, proche de Montségur une chapelle fort réputée, dédiée à Notre Dame du Val d’Amour. Ce Val d’Amour tiendrait son nom d’un ruisseau nommé l’Amourel, affluent de l’Hers, et qui semble s’être appelé autrefois Amour…

 

‘’De vieilles légendes pieuses et naïves

Transmises au cours des âges font état de miracles

Que la Vierge Marie accomplit en ces lieux

En faveur d’un berger qui avait pansé les plaies

Des jambes ulcéreuses avec l’eau d’une source

Qui sourdait faiblement de la colline proche.
Et il en fut guéri, le cœur illuminé

Par une apparition au nimbe étincelant.
Trois pauvres enfants aveugles, une jeune princesse,

Vont recouvrer la vue en baignant leurs yeux morts

De l’eau miraculeuse…

 

…Du haut du Val d’Amour

Le soir a la couleur d’une aile de palombe

Il tombe un grand silence du haut de mon clocher

Au loin le soleil brille, et par-dessus les tombes

Passe un souffle d’amour et de sérénité’’

                                               Jean-Louis SALVAIRE

Poursuivons notre recherche…

 Saint-Amour, ville de plus de 3.000 habitants, porte d’entrée en Franche-Comté  et du département du Jura qui devrait envisager d’ailleurs un jumelage avec le village de Saint Valentin !!!!

Le village de NANC lès Saint- Amour, dans le Jura également, environ 250 habitants près de Saint Amour. Il existait Villette les Saint-Amour qui depuis à fusionné avec la commune de l’Aubépin.

 Saint-Amour-Bellevue, en Saône et Loire, environ 600 habitants,

 Le Bois d’Amour dans le Morbihan.

 La Côte d’Amour en Bretagne  près des plages de sable de la presqu’île Guérandaise… La Bretagne retrouve tous ses charmes : les racines, l’imaginaire, l’authenticité… et la celtitude en prime. Alors crachin ou pas, il reste l’amitié….. dit le POINT dans un de ses récents articles.

 La Chambre d’Amour en Pyrénées Atlantiques.

 L’île d’Amour au Perreux sur Marne (93), petite île avec quelques habitations au milieu de la rivière Marne.

 Certains, lieux-dits, bâtiments, commerces portent ce nom d’Amour, par exemple :

Bien entendu le square Saint-Amour à Besançon,

 Le Moulin Amour en Normandie, moulin à eau encore en activité. Il tient son nom de son ancien propriétaire Désiré Amour, il est connu depuis l’an 1411,

 Au Canada, c’est une clinique réputée de St Romuald au Québec qui porte de nom de clinique Saint Amour. On y soigne l’anorexie, la boulimie… Dans la même région existe un restaurant renommé ‘’Le Saint Amour’’…

Ceux qui ont raté de peu cet honneur !

 Le village d’Amou dans les Landes a failli, à une lettre près se trouver dans notre liste tout comme la charmante bourgade de Damour près de Beyrouth au Liban une lettre de trop…

 

On pourrait également parler d’Hiroshima au Japon ? ‘’Hiroshima mon amour’’ mais là, il s’agit d’un roman, d’un film

Lecteurs ! Connaissez-vous d’autres contrées, rivières, régions, lieux-dits qui portent le nom d’Amour ? Dans l’affirmative faites-en nous part afin de compléter nos données

Recevrons-nous des réponses à pleines poignées ?                   

 Rémy DEMOLY


 

N° 75 Été 2005

8 mai 2005 - Commémoration du 60° anniversaire de la Victoire sur le nazisme.

 

Ce 8 mai dernier, les habitants du Val d’Amour ont pu voir les Mairies et monuments aux morts décorés de drapeaux et fleuris par nos Anciens Combattants accompagnés des autorités municipales.

 Mais qui sont donc ces hommes qui portent si fièrement ces drapeaux ?

 

Le Porte-drapeau

Texte de Rémy DEMOLY pour la journée du Porte-drapeau patriotique – octobre 1999 – Baume les Dames (25).

 

Une manifestation patriotique, un défilé, des obsèques… Vous avez, distraitement, regardé le porte-drapeau ; vous avez jeté un coup d’œil aux belles couleurs du drapeau déployé dans le vent sans un regard vers l’homme, ou, quelques rares et précieuses fois la femme, qui le portait ; cet homme bardé de médailles, la tête couverte d’une coiffure d’un autre âge, képi,  calot,  béret… Votre sourire est alors devenu ironique, peut-être même moqueur devant cette image, selon vous, anachronique…

La prochaine fois, approchez-vous, observez bien ce visage marqué par la vie que cet homme a offerte à son ‘’PAYS’’, à sa ‘’NATION’’, à ses frères de toutes races, de toutes religions, de toutes opinions politiques avec pour seul but : celui de défendre leur LIBERTÉ.

Voyez comme il est fier ! Retiré dans son monde intérieur, pour lui, seul existe son drapeau. Il en est la prolongation, la base, le socle, la racine. Avec cette hampe fièrement dressée vers le ciel, il honore Marianne. Il présente ses hommages à la Nation ! Il glorifie la France !

 Ses gants blancs dissimulent ses mains qui tremblent d’émotion, de plaisir, d’orgueil même, tans son Ambassade est chargée d’honneur et de dignité !

Le public ne l’intéresse pas. Tout juste entend-il la musique militaire qui résonne à ses oreilles, il n’écoute que les ordres du maître de cérémonie afin d’arborer avec panache et sans faiblesse les couleurs de son pays, de son régiment, de ses frères d’armes, les couleurs de la médaille qu’il porte si dignement, ces couleurs qui, un jour, recouvriront sa propre dépouille…

A quoi pense-t-il alors ?

Il songe à ceux qui, avant lui, autour de lui, se sont sacrifiés, aux millions d’hommes de tous peuples qui ont donné leurs vies pour défendre ces valeurs si rares et si chères à son cœur : don de soi, sens du devoir, courage, patriotisme, honneur, LIBERTÉ, ÉGALITÉ, FRATERNITÉ !

Valeurs désuètes avez-vous pensé ? Non ! Bien au contraire, valeurs vivantes, puissantes, valeurs de tous temps, valeur impérissables !

Voyez les larmes qui jaillissent de ses yeux lorsque retentit la Marseillaise l. Contemplez son visage rayonnant, remarquez la ferveur qui l’illumine et vous serez alors persuadé que ce bénévole anonyme vous représente. C’est l’image de vos ancêtres, de vos aïeux, de vous-même, de vos enfants. C’est le gardien de vos valeurs, c’est la sentinelle qui veille sur ‘’VOTRE HISTOIRE’’ ; c’est le dépositaire, le représentant, de ce qui, même inconsciemment vous est le plus cher !

Approchez-vous, venez lui serrer la main, le féliciter. Son cœur en sera rempli de joie et de satisfaction.
 

 

 LES ‘’SOLDATS DU FEU’’.

 

Extrait de ‘’la Sentinelle du Jura’’ (Archives Départementales du Jura cote PR 204), lettre d’un lecteur :

 

22 avril 1866

MAIZIER Alexis, Sergent de la Compagnie de pompiers à Montbarrey est mis à l’honneur…

 

Citation :… je suis heureux d’avoir l’occasion de vous transmettre un fait de cette nature et digne de remarque vous priant d’en rendre compte dans votre estimable journal si vous le jugez à propos.

 

     MAIZIER Alexis, sabotier et sergent de la Compagnie de pompier  à Montbarrey a dans maintes circonstances montré son dévouement et son courage au péril de sa vie.

 

      C’est ainsi qu’il a sauvé des eaux en 1858 le sieur MAIZIER, aubergiste à Montbarrey qui se serait noyé sans le secours du sergent , qu’il en a fait autant à l’égard du sieur ROCH de la Vieille Loye en 1856 en se portant dans la rivière torrentielle de la Loue alors débordée, pour retirer  ses chevaux et sa voiture que l’eau allait entraîner et engloutir., qu’il a retiré de cette même rivière le sieur BARREAUX de Montbarrey prêt à se noyer, qu’il a contribué témérairement à stopper les progrès du feu mis à la forêt domaniale à Chaux en 1864, qu’il a éteint, en grimpant sur la toiture de la maison, le feu qui menaçait d’embraser la demeure du sieur BŒUF, garde-barrière à Montbarrey.

     Une conduite aussi méritante a besoin de remerciements et on ne saurait mieux le faire qu’en la faisant connaître au public. Fin de citation.

 

 

Allo le 18 ?

 

 Chacun d’entre nous a en tête ce numéro tout en espérant ne jamais avoir besoin de le composer !

 

En effet, cet appel doit être employé avec discernement. Ce n’est qu’en cas de réel danger pour soi ou pour d’autres personnes qu’il doit être utilisé, sachant qu’il s’agit  là, de déclencher des moyens de secours conséquents.

 

Derrière le 18, se cachent les Centres de Traitement de l’Alerte (C.T.A.), généralement un par département. Dans le Jura le CTA se situe à Montmorot.

Au sein de cette structure, des équipes de sapeurs-pompiers professionnels sont à l’écoute du public 24 heures sur 24.

 

Les demandes de secours sont enregistrées par un opérateur dont la mission est d’identifier au plus vite la personne qui appelle (le numéro s’affiche systématiquement sur son écran) et de lui faire préciser tant la nature du sinistre (accident, incendie, malaise…) que sa localisation (selon les départements, le système informatique permet de visualiser en direct la carte du secteur concerné).

 

Conseil important : Surtout, lorsque vous appelez le 18, ne raccrocher pas avant que votre interlocuteur ne vous y invite… En effet, souvent, trop souvent, l’appel se résume ainsi : ‘’vite, vite, envoyez des secours… il y a le feu…’’ et dans l’affolement et la précipitation, le correspondant raccroche sans indiquer plus de précisions sur le sinistre constaté : localisation, ampleur et type d’ incident … Rappelons-nous que les demandes de secours sont centralisées en un point unique : le CTA !.

 

Si l’interlocuteur s’avère crédible (il y a toujours des petits malins qui jouent de la fausse alerte ! ), l’opérateur est alors à même d’envoyer des secours. La gestion de l’alerte est aujourd’hui assistée par l’informatique. A chaque sinistre ou accident la ‘’machine’’ propose tout un panel de moyens adaptés à la situation. De même, les centres de renforts sont immédiatement répertoriés).

 

Les Soldats du Feu, professionnels comme volontaires, sont alarmés sur leur bip individuel, le Chef du détachement, responsable de l’opération, reçoit alors un ‘’ordre de mission’’ stipulant tous les renseignements utiles. En fonction de la demande de secours, le stationnaire (CTA) peut engager  plusieurs types de véhicules. Simultanément, il informe les autres services publics (Police, Gendarmerie, DDE, SAMU, GDF, EDF… etc. Dans le cadre d’intervention de grande envergure, le CTA peut demander le renfort de moyens extra départementaux.

 

Arrivés sur les lieux de l’intervention, le premier chef d’agrès effectue une reconnaissance et adresse au CODIS un premier message de situation. Des plus précis, ce message permet, si besoin, une montée en puissance du dispositif et d’informer les autorités départementales de l’opération en cours.

 

Souvent, le système de gestion des secours est interactif : il est renseigné en permanence par les professionnels et les volontaires qui doivent préciser, à l’avance, leurs disponibilités en jours et en heures. Et, si autrefois il fallait appeler 20 pompiers volontaires pour être sûr d’en retrouver cinq au départ du camion, ce n’est plus exact aujourd’hui, même si les pompiers préfèrent en contacter deux ou trois de plus afin de garder une petite marge de sécurité envers les impondérables…

 

Enfin, derrière le 112, numéro d’appel européen, il y a toujours un interlocuteur. Mais, selon les pays, il varie. Ce sont très souvent des sapeurs-pompiers, des policiers ou des services médicaux d’urgence qui répondent. Il se peut aussi que ce soit des prestataires de services susceptibles de mettre le demandeur en relation avec le service local voulu (pompiers, médecins mais également la poste ou tout autre service commercial dans certains pays de l’Union Européenne).

 

Un peu plus de 242.000 Soldats du Feu sont en service en France. Placés  sous la tutelle du Ministère de l’Intérieur, les Sapeurs-Pompiers dépendent de la Direction de la Défense et de la Sécurité Civile (DDSC). Au niveau de chaque département le Service Départemental d’Incendie et de Secours (SDIS) est placé sous une double autorité : celle du Préfet (gestion opérationnelle) et celle du Président du Conseil d’Administration (CASDIS) pour la gestion administrative et financière.

 L’État-Major du SDIS 39 a son siège à Montmorot. Il est actuellement placé sous le commandement du Lieutenant-Colonel Hervé JACQUIN, Directeur Départemental par intérim.

Pour faire face à tous les types de risques, la France dispose de plus de sapeurs-pompiers qui se répartissent entre les Professionnels (un peu plus de 30.000), les Volontaires (près de 200.000), les personnels du Service de Santé (un peu plus de 8.000) et les que les 9.000 sapeurs-pompiers militaires (Brigades des Sapeurs-Pompiers de Paris et Bataillon des Marins Pompiers de Marseille).

Actuellement, 85% des sapeurs-pompiers sont issus du volontariat, 13% sont professionnels, 54% d’entre eux ont moins de 35 ans. Les femmes représentent près de 15% de l’effectif total.

Le Corps Départemental des Sapeurs-Pompiers du Jura compte un peu plus de 2.000 membres dont une centaine de professionnels.

.Depuis plusieurs années, les sapeur-pompiers volontaires rencontrent de réelles difficultés pour concilier leurs obligations professionnelles avec la disponibilité qu’implique le volontariat. De nombreux centres de secours, en zone rurale, sont ‘’handicapés’’ par ce problème de disponibilité diurne.

Toutefois, de plus en plus de conventions interviennent entre les employeurs et les organismes concernés sachant que les volontaires peuvent être appelés à chaque instant et qu’ils doivent suivre impérativement 200 heures de formation tant sur le plan incendie, que celui du secourisme ou de la connaissance et du maniement des matériels à utiliser. Ces volontaires se recrutent sur l’ensemble de la population mais également chez les médecins, les infirmières/iers, vétérinaires, pharmaciennes/ciens…

Dans notre prochain bulletin, et sur le même sujet, nous vous parlerons des Centres de Secours  de Mont-Sous-Vaudrey, de Mouchard et de Cramans ainsi que des  groupes de Sapeurs-Pompiers municipaux.

L’actualité diffusée par les médias nous indique combien les Sapeurs-Pompiers paient un lourd et fort douloureux tribu pour assurer notre sécurité ; aussi, je ne saurais que vous engager à réserver un accueil généreux et chaleureux au calendrier qui vous sera proposé dans quelques semaines pour la nouvelle année 2006 par ces femmes et hommes qui méritent toute notre plus grand respect et notre reconnaissance absolue.

 

Rémy DEMOLY

 

avec l’aimable et efficace concours de      

M. le Sergent/Chef Raphaël LETOURNEUR, 

Chef du Service de Formation/Ressources

Humaines du Groupement Nord – CSP Dole.

 

Remerciement pour son accueil à

M le Capitaine Alain CRISINEL,

Chef du Groupement Nord à Dole.

 

 LES ‘’SOLDATS DU FEU’’. (suite)

En ce qui concerne plus spécialement le Val d’Amour, mais qui peuvent être appelés en renfort dans d’autre secteurs, trois Centres sont en activité :

 Le Centre de Secours de Mont-Sous-Vaudrey, construit en 1998, il fait partie du Groupement Nord et dépend de Dole.

Il compte actuellement dans ses rangs 32 volontaires : 1 officier, 9 sous-officiers et parmi eux deux éléments féminins. Sous la direction du Lieutenant Jean Pierre AGOSTINI, ce service couvre 22 communes pour environ 6.000 habitants.

 Le Médecin Capitaine Mohamed EL OUAZZANI est attaché à ce Centre de Secours qui a été doté d’une ambulance (VSAB). Depuis la réception de ce matériel performant, les interventions du Centre ont fortement augmenté ; environ 80% d’entre elles sont à destination de personnes victimes de malaises ou d’accidents corporels.

Le Centre d’Intervention de Cramans, fait partie du Groupement Est et dépend de Champagnole, inclus dans le CIS de  Salins les Bains.

Il couvre les 4 communes de Cramans, Champagne-sur-Loue, Ecleux et Villers-Farlay au service d’environ 1.500 habitants. Le Major Jean-Claude Bert qui, a été un des artisans d l’intégration du centre au SDIS 39 en 1989, assurait sa direction, il a transmis le 12 novembre dernier son commandement à l’Adjudant Christophe DUGOIS. Le Cide Cramans compte 12 volontaires dont 4 éléments féminins et 4 jeunes gens de moins de 18 ans. Il est doté entre autres d’un camion spécialement aménagé pour lutter contre les feux de forêts. Les interventions s’évaluent à environ 4 à 5 par mois.

 Le Centre de Secours de Mouchard, est également rattaché au Groupement Est et dépend de Champagnole.

Il couvre les 3 communes de Mouchard, Port-Lesney et Pagnot, au service d’environ 1800 habitants. Il est dirigé par l’Adjudant Didier JUNOD. Il compte 11volontaires dont 4 éléments féminins. Les interventions s’évaluent à environ  70/80 par an.

S’ajoutent à ces différents organismes de secours trois CPI (Centres de Première Intervention), Sapeurs Pompiers communaux volontaires qui dépendent directement du Maire et n’interviennent que dans leurs communes : Chamblay , Chissey, La Loye. Ils sont composés de bénévoles formés de la même manière que les Sapeurs Pompiers au niveau du Groupement. Des manœuvres  mensuelles, au sein de ces unités, aguerrissent le personnel et permettent de vérifier les matériels afin d’en assurer l’entretien ou, le cas échéant, le renouvellement.

 Le problème le plus important de ces Centres de Première Intervention est certes celui du recrutement. En effet, les contraintes familiales et professionnelles dissuadent souvent, et c’est fort dommage, ceux qui aimeraient collaborer activement à ces activités locales de secours fort utiles sinon indispensables pour la population.

Jeunes filles, jeunes hommes qui désirez rendre service à vos concitoyens en participant utilement aux opérations locales de secours et de sauvetage, même si vous résidez dans les villages des environs immédiats, n’hésitez pas à prendre contact avec les CPI de Chamblay, Chissey, La Loye. Le meilleur accueil vous y est garanti. Une formation aux techniques de premiers secours et d’utilisation de matériels spécialisés vous est assurée.

Le CPI de Chamblay : Il est placé sous la direction de l’Adjudant Yves BEAUGENDRE et comprend 9 membres dont 1 moniteur de secourisme. Il pratique environ 25 interventions de secours par an. Il est doté d’un matériel performant dont un véhicule SG 2 Renault, d’une moto-pompe de 60 M3, d’appareils d’oxygénothérapie et, depuis peu, de détecteurs de monoxyde de carbone (CO).

 Cette équipe, très active, soutien par l’installation de postes de secours les diverses manifestations prévues par des Associations locales comme les randonnées annuelles de l’Association de développement du Val d’Amour (ADAVAL), les cérémonies patriotiques etc... De plus elle s’est organisée en une Amicale qui, chaque année organise entre autres animations, un loto mais également une fête patronale doublée d’une brocante et d’un feu d’artifice. Ces activités ont servi et servent toujours au financement d’achat ou de renouvellement de matériel de secours.

Le CPI de Chissey : Il est placé sous la direction de l’Adjudant Daniel CHENU. Il comprend 9 membres pour quelques 20 interventions annuelles. Son matériel comprend entre autre un véhicule d’intervention de marque Citroën et 1 moto-pompe de 40 m3. L’équipe de Chissey est particulièrement bien soudée et efficace ; elle organise régulièrement des animations comme, chaque année, le fameux ‘’cerf à la broche’’  pour la fête patronale du 15 août mais également un souper-dansant en octobre. Les revenus de ces réjouissances permettent l’achat de matériel d’équipement.

  Illustration : l’ancien véhicule du CIP de Chissey un FI Ford des années 1950 actuellement déposé au musée des Sapeurs Pompiers de Saint-Aubin.

  

Le CPI de La Loye : Il dépend directement du Centre de Secours de Mont sous Vaudrey commandé par le Lieutenant BERTRAND Alain. Il est placé sous la direction de l’Adjudant Jean Noël GUYENOT qui transmet actuellement ses responsabilités au caporal chef Hubert GIRARD. Il comprend 13 membres. Le matériel est en parfait état et comprend entre autre un véhicule de première intervention ‘’VPI’’ de 400 litres, d’un d’appareil d’oxygénothérapie, d’une  moto pompe de 80 m3, d’un groupe électrogène…

L’équipe de La Loye, très active et bien organisée, intervient entre 15 à 20 fois par an. Elle organise chaque année un repas annuel.

 En conclusion à ces pages concernant les ‘’SOLDATS DU FEU’’ et afin de leur exprimer toute notre estime :

On sait, par le biais des informations télévisées, radiophoniques ou de presse que l’ensemble de ces professionnels et volontaires et autres bénévoles qui ont choisi ces activités à risque paient chaque année un lourd tribu pour la sauvegarde et  la sécurité de leurs concitoyens. 

Sans cesse sur le pied de guerre, ils sont là pour assurer la protection des personnes et des biens, mais également pour la protection de l’environnement (pollutions, risques chimiques, incendies, inondations, risques divers en matière de transport, agressions naturelles chimiques ou technologiques). S’y ajoute pour certains les formations particulières : cynophiles, plongée, secours en milieux périlleux, sauvetage-déblaiement…

 Leurs tâches sont très étendues et diverses, leur courage bien connu. En effet, quotidiennement ces femmes et hommes témoignent qu’entraide et dévouement ne sont pas de vains mots. Ils méritent notre plus grand respect et l’assurance de notre vive reconnaissance. Nos enfants ne s’y trompent d’ailleurs pas qui rêvent tous, un jour ou l’autre de devenir sapeur-pompier !

Bravo à toutes ces jeunes femmes et hommes qui veillent intensivement et inlassablement sur notre sécurité et qui ont droit à notre très haute considération.

 Rémy DEMOLY

 

 

 Poème de Madame Viviane PAPILLON de La Vieille Loye.

LE VIEIL ARBRE ET LA MORT.

 

Oh ! L’Arbre mort

Tu dors ?

Tu es couché

Pour l’Éternité.

 

Couvert de blanc

Fais-tu semblant ?

De te donner l’air

Jeune et très fier ?

 

La neige et les frimas

Le gel, la pluie, le vent

Rendement et quota

Jeunisme performant…

 

Oh ! L’Arbre mort

Tu dors ?

Tu es couché

Pour l’Éternité.

 

Couvert de blanc

Fais-tu semblant ?

De te donner l’air

Jeune et trop fier ?

 

Le Printemps et tes fleurs

Tes branches et tes feuilles hirsutes

Pommes fondantes à cœur

Bourgeons. Éole chahute…

 

Oh ! L’Arbre mort

Tu dors ?

Tu es couché

Pour l’Éternité.

 

Couvert de blanc

Fais-tu semblant ?

De te donner l’air

Jeune et pas fier ?

 

Oh ! Vieil Arbre gris

Certains,  debout, ne savent pas la Vie

Et toi, couché, tu connais la vraie Vie !

Auteur : Viviane PAPILLON

de La vieille Loye (39)

 

Quelle image éloquente que cet arbre abattu, couché sur le sol ; végétal qui semble perdu et qui, contre toute attente, lutte en permanence, utilise avec opiniâtreté toutes ses ressources afin de fournir chaque année des fleurs magnifiques qui deviendront des fruits délicieux.

 Belle leçon de courage et d’espoir pour nous, humains, qui trop souvent démissionnons face à nos problèmes de santé, tragédies ou petits bobos !

 

Rémy DEMOLY

 

 

 Regards sur le passé.

 

Extrait de la SENTINELLE DU JURA du 28 mars 1865.

 

MONT SOUS VAUDREY. - Lettre d’un lecteur.

 

Acte de dévouement digne d’éloges.

 Mon père âgé de 68 ans qui s’était égaré, mercredi soir, en suivant les chemins du bois qui avoisinent la commune de SOUVANS, a passé la nuit dans ces bois par un froid glacial et malgré d’actives recherches faites par moi et plusieurs personnes qui ont droit à ma reconnaissance, n’a pu être retrouvé que le lendemain soir 23 mars à 4 heures du soir, par un jeune homme, le nommé BANET Elysée de SOUVANS qui l’a découvert gisant immobile dans une sorte de bas-fond marécageux.

Il s’est empressé de relever mon père et n’ayant pu le faire marcher, il l’a chargé sur ses épaules et l’a porté ainsi jusqu’à son domicile où il est arrivé exténué de fatigue après un trajet de près de 3 kilomètres opéré sur des chemins difficiles.

Là, mon père a été, de la part de son courageux bienfaiteur et de sa femme, l’objet des soins les plus attentifs.

 Je vous serais obligé de bien vouloir faire connaître à vos lecteurs cet acte de dévouement.

 

Extrait de la SENTINELLE DU JURA du 28 mars 1865.

CHATELAY le 7 février 1866.

 

Noces agitées.

 

Des jeunes de la commune de CHATELAY avaient imaginé de donner un charivari à deux jeunes mariés mais la plaisanterie fut mal goûtée par les familles des deux époux et on ne tarda pas à en venir aux coups ; il y en eut d’assez graves portés de part et d’autre, il paraît même que le père de l’épouse a été dangereusement atteint. Procès verbal a été dressé avec les fauteurs de cette source de désordres.

 

Ne jetez rien ! Donnez ! Posez des questions !

 

Un petit village sur les bords de la Loue, non loin de la forêt de Chaux.

Louis, 72 ans, habite dans une vieille demeure qui a abrité ses aïeux depuis des temps immémoriaux. Ses deux petites filles sont là, en vacances. Elles s’ennuient un peu ; il pleut, le grand-père n’a pas d’ordinateur et les consoles de jeux n’amusent qu’un temps…

  • Venez donc m’aider à débarrasser la cave, je dois bientôt rentrer du vin et il n’y a plus de place pour le ranger leur dit-il histoire de les occuper.

Dans le fond de cette vieille cave voûtée, un amoncellement de bocaux et de vieilles bouteilles vides…

- Nous allons jeter tout çà, grand’mère n’est malheureusement plus là pour faire de conserves ou des confitures et puis ces bouteilles sont réellement moches n’est-ce pas les filles ?

 - Oui grand-père, elles sont difformes et toutes pleines de bulles d’air… Il n’y en a pas une pareille que l’autre…

Cinq voyages furent nécessaires pour emmener au ‘’container verre’’ tous ces vieux flacons disparates… Les filles s’amusaient comme des folles à faire éclater le verre dans le grand récipient métallique presque vide, le bruit était infernal. Il ne restait plus que cinq bouteilles dans la brouette lorsque la voisine, attirée par le tapage s’approcha des deux jeunes filles…

- Qu’est que c’est que ce raffut qui dure depuis une demi-heure leur dit-elle tout en souriant ?

 - Nous débarrassons la cave de grand-père répondent les jeunes filles…

-  Mais, mais, ce sont de très anciens flacons, soufflés à la bouche, ils sortent tout droit de la verrerie du village voisin…. Quelle horreur ! Vous avez brisé toutes ces reliques ? J’en pleurerais… Quel gâchis !

- Vous auriez pu faire le bonheur de bien des collectionneurs ou d’amoureux des choses anciennes en leur offrant ces fiasques, témoignages de notre histoire locale. Ils les auraient posées religieusement sur leurs cheminées… Les auraient fait admirer par des connaisseurs, les auraient prêtées pour des expositions… Ce sont les traces de notre passé, le travail de vos ancêtres…

 Épilogue : le grand-père se fait gentiment ‘’remonter les bretelles’’ par ses petites-filles et pour se faire pardonner leur promet que lorsqu’elles débarrasseront le grenier de toutes les vieilleries qui l’encombrent, elles poseront auparavant, toutes les questions nécessaires à la voisine amoureuse des vieilles bouteilles, à l’instituteur de village qui s’intéresse à l’histoire locale ou au professeur d’histoire de la Faculté qui vient au village y passer ses fins de semaines…

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Souvent, ces objets qui nous semblent sans valeur, usés, démodés,  désuets, obsolètes et surtout encombrants représentent, même quelques fois en mauvais état, une valeur certaine et précieuse pour un collectionneur, une association de recherche d’histoire locale, un musée…

Par exemple, certaines tuiles anciennes sont signées et introuvables ailleurs que sur ou sous votre toit… Le vieux moulin à café mural… Les outils anciens qui ravissent les écomusées… Les cartes postales dont la valeur est fixée certes sur ce qu’elles représentent, par le timbre postal qu’elles portent mais également sur le plan généalogique, par les adresses et les textes qu’elles affichent… Les vieux livres, même en très mauvais état peuvent faire le bonheur de bibliothèques municipales tout comme les journaux anciens… Les lettres du grand-oncle qui a fait la guerre de 14/18 et qui écrivait du front… Cette liste n’a pas de fin…

 

Sans esprit bassement commercial on peut faire des heureux autour de soit et même, par-là contribuer grandement à l’éducation des jeunes générations en remettant à des responsables conscients et justement ‘’responsables’’ ces vieilleries qui envahissent votre espace.

Pour terminer, j’ajouterai que j’ai toujours obtenu de la part d’antiquaires, de spécialistes de la récupération ou de chineurs avertis, des indications très honnêtes sur la valeur réelle des objets que je leur montrais. La vente est certes quelque peu rémunératrice mais le don est combien plus gratifiant… Imaginez vos vieux flacons exposés dans un écomusée avec une petite fiche devant : Don de M. Louis…..

Rémy DEMOLY


 

N° 81 Hiver 2006. ASSOCIATION DES VILLAGES DE LA FORÊT DE CHAUX.

 

Crée à l’instigation de Maître BOUVIER, Président-Fondateur, en 1985 – étude du site par un ethnologue - pose de la première brique de réhabilitation du site en 1990 – premier visiteur d’une exposition sur les charbonniers en 1992 – actuellement reconstruction  originale d’un habitation datant de 1830, démontée en 1932 (maison qu’avait habité la famille SIRE et dans laquelle un des habitants actuels de la Vielle Loye est né)… de nombreux autres projets…

  

     Comment qualifier cet important groupe de gens de qualité qui oeuvrent dans de très nombreux domaines se rapportant à la forêt de Chaux, sinon par des mots tels que : exceptionnel, efficace, brillant, original, authentique, intelligent…. et j’irais même jusqu’à employer les mots de savant, essentiel, indispensable. L’étude de ses activités et de son programme m’a littéralement époustouflé et rempli d’admiration !

     Remercions en effet tous ceux qui s’activent bénévolement sous la direction éclairée de leur Président  Alain GOY, dans de si différentes matières qui touchent toutes à la défense de notre patrimoine matériel et historique commun.

Je n’en citerai ici que quelques-unes :

 -    Expositions thématiques sur

     les métiers du bois (entre autres mise à feu de moules à charbon…),

     la pharmacopée forestière, (entre autres : découverte des champignons…),

     la faune de cette forêt (loup, croyances, superstitions, brâme du cerf),

     la production verrière,

     la vannerie…,

-    Musée de la Poterie Joseph MARTIN à ÉTREPIGNEY,

-         Armoiries pour les communes,

-         Constructions nouvelles (oratoires, ruchers, baccus, fours à pain…),

-         Restaurations de sites anciens (baraques du 14, Fours à pain, borne royale…),

-         Aménagements de sites touristiques (Chênes aux Vierges, fontaines, Croix…),

-         Animations et fêtes populaires (Gens de métiers de Chaux, La maison en bois de lune…,

-         Signalétique (panneaux-rappels historiques…),

-         Colonnes-guidons,

-         Veillées à Thèmes (veillée paysanne, bûcheronne, retour aux sources, révolte des Demoiselles, le Feu, les Fouletots (lutins)…),

-         Participation active à de nombreuses festivités locales,

-         Publications : (bulletin annuel en Février, monographies, cartes touristiques livrets de découverte, catalogue d’exposition,

-         Voyages culturels,

-         Accueil d’étudiants étrangers,

-         Groupe de danse (évoluant sur les thèmes du cerf et de la forêt),

-         Liens étroits avec d’autres Associations locales comme :

Les Alwati : le plus ancien groupe traditionnel de notre région né au village de La Loye. Musiques, chants, danses et vieux Métiers. Responsable M. Henri MEUNIER tél 03 84 71 35 68.

Chamave : groupe traditionnel. Musique, chants, patois. Responsable M. MAUBLANC tél 03 84 71 35 68.

Confrérie St-Nicolas des Radeliers de la Loue : techniques et pratique du flottage sur la Loue. Responsable M. Robert FRIANCIOLI,  tél 03 84 37 64 36.

Les conteurs du Pays de Chaux : Responsable M. Alain GOY, tél 03 84 71 72 07.

L’arbre aux Fouletots :Transmission active des gestes et des savoir-faire (stages). Responsable M. Charles GATELIER, Tél 03 84 81 56 29.

   Etc etc…   

 

Cette Association a déjà reçu de nombreuses marques de reconnaissance comme :

-         le Prix de la fondation des Pays de France

-         le Prix ‘’Servir’’ du Rotary club de Dole

-         le 1° Prix du concours régional des chantiers de bénévoles,

-         le 1° Prix du concours national des chantiers de bénévoles…

On ne peut qu’applaudir à ce travail gigantesque qui est ainsi réalisé et soutenir totalement et de tout cœur cette action magistrale.

On peut adhérer à cette Association en écrivant à : A.V.F.C. – 39700 – ÉTREPIGNEY ou en prenant contact avec les membres de l’Association aux baraques du 14 en Juillet et en Août à La Vieille Loye.

 

Parenthèse à propos des Charbonniers

Comme dans d’autres régions de France, en Franche-Comté et plus précisément semble-t-il dans le Jura, les charbonniers, bûcherons, coupeurs de bois, fendeurs, élagueurs, scieurs, leveurs d’écorce, charpentiers et autres métiers du bois, vivaient dans les forêts se déplaçant avec leurs familles au gré des coupes de bois.

Ces populations, nomades par nécessité d’emploi, souvent, par méconnaissance,  mal perçues par les habitants des villes et villages, se sont, pour des raisons de sécurité et d’entraide, rassemblées dans des groupes très fermés tels celui des Bons Cousins Charbonniers.

Les membres de ces confréries, initiés au cours de réunions secrètes et selon des rituels précis et confidentiels, usaient de mots, de signes et de gestes leur permettant de se reconnaître entre eux.

 Légende ou réalité, on rapporte dans certains ouvrages, que le roi de France, François I°, s’étant égaré au cours d’une chasse dans les forêts royales avait ainsi surpris, par hasard , un groupe de Bons Cousins Charbonniers en pleine réunion clandestine. S’étant enquis sur ce qui se passait sur ses domaines, il aurait  exprimé sa volonté d’être reçu Bon Cousin Charbonnier ; initié sur le champ, serait ainsi devenu le protecteur de cette société qui s’étendit, plus tard et sous son règne, en Angleterre et en Allemagne…

 Toujours selon ces récits, François I°, Roi de France, s’étant assis, au cours de cette séance, sur le billot présidentiel du ‘’Père Maître’’, il en aurait été chassé avec véhémence.

 

‘’Charbonnier est maître chez soi !’’ lui aurait-il été rétorqué, d’où serait issue la sentence bien connue et encore utilisée de nos jours.

Faut-il accorder avoir la ‘’Foi du Charbonnier ‘’ pour accorder crédit à cette belle histoire ?

Références :

Larousse : ‘’Charbonnier est maître en sa maison’’ autrement dit le plus pauvre homme est maître en sa demeure. 

Foi du Charbonnier : Foi naïve et robuste des âmes simples.*

Les Bons Cousins Charbonniers – Pierre MERLIN – éditions du Folklore comtois. 2005. (2005)

Jacques BRENGUES, auteur de ‘’La Franc-maçonnerie du Bois Protectrice de la Forêt (éditeur Guy Trédaniel 76 rue Claude Bernard – 75005 Paris).(1991).

 ·        Loin de moi la prétention de corriger le Larousse mais ce mot de ‘’naïve’’ ma paraît mal utilisé dans ce contexte.

Cette Foi du charbonnier n’était pas si ‘’naïve’’ qu’il y paraît ; je l’imagine plutôt consentie, peut-être ‘’robuste’’ mais surtout appliquée avec détermination. Les charbonniers n’étaient pas, pour la plupart, gens naïfs parce que de petites conditions comme on voulait le faire croire !

Souvenons-nous par exemple que pour ne pas être envahis, les charbonniers, lorsque des inconnus se présentaient sur leur territoire, se noircissaient plus encore le visage afin d’accréditer les craintes des gens des villes qui les comparaient à des créatures sataniques et les soupçonnaient de se livrer à des pratiques de sorcellerie !

Réaction intelligente de ces travailleurs du bois, loin de la naïveté qu’on pouvait leur prêter si on ne les connaissait pas. Vivant en pleine forêt, tirant du sol et de l’espace environnant leur subsistance, ceux-là n’étaient justement pas naïfs ni ‘’déconnectés’’ pour employer un mot d’actualité, et possédaient la véritable intelligence humaine qui leur faisaient protéger sagement la source de leurs maigres revenus. C’est cette intelligence que beaucoup d’entre nous cherchent maintenant à retrouver après avoir pu constater les méfaits d’une civilisation débridée sur la Nature. Que ne les a-t-on pas mieux écoutés et suivi leurs conseils !

Rémy DEMOLY

 

 

N° 82 - spécial commémoration Jules Grévy

 

LE CANARD AU PALAIS DE L’ÉLYSÉE

 

Conscient des risques démesurés qu’il encourait, Votre Canard préféré, celui de la Loue, a pris son envol, un beau matin pour rejoindre la capitale.

En effet, afin de pouvoir informer ses lecteurs et malgré les rumeurs de grippe aviaire qui refaisaient la une des journaux, malgré nos chasseurs, autorisés en cette triste période à tirer dans tous les coins et sur tout ce qui vole, j’ai pris la direction de Paris et suis allé voir mes congénères du palais de l’Élysée.

Je courrais des dangers certes, connaissant les menus des réceptions présidentielles comme celui concocté par Paul Bocuse en 1975 pour le Président  Valéry Giscard d’Estaing, avec en entrée une escalope de foie gras de canard poêlée au verjus, mais également, la même année, ce menu avec pour plat principal un canard Claude Jolly, une création Michel Guérard et comble, le jour de mon arrivée, le menu comportait des aiguillettes de canard….

Mes nouveaux amis, palmipèdes des jardins du Palais présidentiel, se savaient protégés. C’était parait-il une très ancienne tradition du lieu que d’y apporter ses propres canards et tout au moins de les y laisser vivre en paix.

Les divers Présidents qui se sont succédés depuis les lustres et pour ne citer que les derniers : messieurs Jacques Chirac,  François Mitterrand, Valéry Giscard d’Estaing, Alain Poher (intérimaire), Georges Pompidou,à nouveau Alain Poher (toujours intérimaire), Charles de Gaulle, René Coty, Vincent Auriol, bien que, comme on l’a vu plus haut, ne refusant pas l’inscription sur les menus d’oiseaux sauvages ou d’élevage, ont apporté constamment leur protection aux canards de l’Élysée. Seul, parait-il et selon les faits historiques rapportés, le Président Paul Deschanel ne nous portait pas dans son cœur… Seul, selon l’histoire, le Président Paul Deschanel (celui tombé du train…) en 1920, nous a poursuivi de son  inimitié… Coup de chance pour nous, il n’est resté Président que durant sept mois…

On peut supposer très sérieusement d’ailleurs, que cette assistance émanait surtout des épouses de ces hommes d’État, bien trop occupés eux-mêmes, par les charges de leurs fonctions prestigieuses, pour se soucier du sort des ‘’coin coins’’ du palais… Le cellier peut-être les intéressait davantage…

D’autre part, l’ensemble des jardiniers, employés, gardes, techniciens qui oeuvraient sur place avait pour consigne implicite de ne pas les effrayer et de les défendre contre toute agression. Seuls les chiens des présidents, privilégiés, avaient le droit de jouer avec eux, tentant de les effrayer lorsqu’ils courraient sur les pelouses.

Mais je m’égare ! J’étais là pour bien autre chose : quelles traces matérielles, au Palais de l’Élysée, a pu laisser Jules Grévy, l’enfant du pays durant son mandat ?

 Un brin suffisants et guindés les canards de l’Élysée… Propres sur eux, pas ébouriffés, replets, parce que trop bien nourris, mais très cordiaux et fiers d’étaler leur savoir surtout qu’il s’agissait  d’informer un hurluberlu comme moi, tout droit issu d’une campagne éloignée et dont ils savaient tout juste même que de cette magnifique région du Jura leur avait donné un Président de grand renom, ferme dans ses convictions et dont on disait : ‘’ses mots sont frappés en médaille’’ tant sa finesse d’esprit et sa maîtrise du langage étaient remarquables.

Pourtant, barbotant de concert dans la fontaine du parc, installée sous la présidence de Monsieur François Mitterrand, mes semblables, canards, canes et canetons, m’apprirent bien des choses.

 C’est le Président Jules Grévy qui fit construire en 1881, le ‘’Jardin d’hiver’’, prolongement de la salle des Fêtes, et dans lequel se sont tenues certaines conférences de presse. Galerie vitrée à ossature métallique, elle a abrité, à l’origine, des plantes exotiques.

Plus tard, les Présidents Valéry Giscard d’Estaing et François Mitterrand ont confié à des architectes réputés, la réfection de cette serre qui sert, aujourd’hui pour les cérémonies officielles de remises de décorations, dîners d’État ou Arbre de Noël de l’Élysée.

C’est notre Président franc-comtois qui, durant son mandat, a fait installer le téléphone au Palais. Mes amis canards parisiens m’ont affirmé que ni dans les greniers, ni dans les caves  de l’Élysée ne subsistait, malheureusement, de matériel téléphonique de l’époque qui aurait pu y être remisé et surtout, une fois récupérés, être placé en exposition à la médiathèque de Mont-sous-Vaudrey par exemple ????

Jules Grévy fit poser également une pendule sur le bâtiment central, voulant on pourrait l’imaginer, rappeler ainsi à ses visiteurs, que l’exactitude est la politesse des rois ?

Il ne m’a pas été possible de savoir si cette pendule était d’origine comtoise, elle a été elle-même changée et il m’aurait fallu, comme pour la lecture des menus des réceptions officielles afin de savoir si le Président Jules Grévy y avait fait inscrire le brézi, la saucisse de Morteau ou de Montbéliard et la cancoillotte, il m’aurait fallu disais-je, consulter une montagne de documents déposés au Centre historique des Archives Nationales à Paris (AN F21 1456 et 1460 - Bâtiments civils et palais royaux, travaux et entretien, palais de l’Élysée et 4AG 634-638 archives du service de l’architecture). Le temps m’a manqué pour cette tâche écrasante…

 Par contre, ce qui est certain c’est que cet estimable comtois, dont la table était réputée, avait introduit les vins du Jura sur la table présidentielle ainsi que le rappelle M. Pierre JEAMBRUN dans son ouvrage ‘’Jules Grévy ou la République debout – Tallandier 1991. ‘’La table du Président était très confortable et les vins de Pupillin y règnaient en maîtres’’.

Apprenant avec horreur, que dans le jardin d’hiver, croissaient des orangers, j’ai quitté en catastrophe les jardins de l’Élysée pour revenir dans mon Jura natal… Un de mes ancêtres avait ainsi disparu sur une table prestigieuse, accommodé en canard à l’orange…

 *Brézi : bœuf fumé séchés dans l’intérieur de la cheminée, viande boucanée, conservée par dessiccation.

 

Rémy DEMOLY

 

Même n° 82 - Nous avons lu pour vous

 

Pour ceux qui s’intéressent  à l’histoire locale, nous leur conseillons de lire ‘’

 

une réédition du livre ‘’La Sorcellerie au pays de Quingey’’ paru en 1947, dans lequel son auteur, Francis BAVOUX, dresse un panorama du pays de Quingey qui était au XVII° siècle ‘’un gîte d’étape entre Besançon et Salins’’, il évoque le bailliage créé dans la localité au milieu du XVI° siècle, dont l’appareil de supplice (le gibet) est décrit avec précision, puis l’instruction des procès en sorcellerie que se fondent généralement sur des dénonciations ou encore sur la rumeur publique…

 … On parlait d’épidémie démoniaque, de sortilèges et de maléfices…

Francis BAVOUX, archiviste éclairé, loin de toute théorisation et de toute préférence confessionnelle, relate avec une grande précision les procédures en la matière qui lui ont semblé les plus significatives’’...

Les lecteurs trouveront dans cet ouvrage parfaitement documenté, la description détaillée de procès en sorcellerie au cours desquels émergent les noms de quelques villages des alentours de Quingey tout comme bien des patronymes de justiciables et de responsables locaux.

 

Dans la collection dirigée par M.-G. MICBERTH

 

- MONOGRAPHIES DES VILLES ET VILLAGES DE FRANCE -

La Sorcellerie au pays de QUINGEY

Francis Bavoux

 

Introduction de M. Maurice GARÇON

Le Livre d’histoire

 

Cet ouvrage à tirage limité et numéroté, est une précieuse pièce de collection pour qui s’intéresse à la ville de Quingey et à ses environs.

 Il est en vente au ‘’Tabac de Quingey’’ au prix de 26 Euro.

 

N° 83 Avril 2007 du Canard sur la Loue

 

RÉCIDIVISTE !!!

 

Il avait déjà commis un texte sur la cancoillotte paru dans le Canard sur la Loue, il a cité ce met franc-comtois dans son article : Le canard au Palais de l’Élysée, paru dans notre dernier bulletin. Notre ami Rémy DEMOLY récidive en nous communiquant les paroles d’une rengaine d’époque, dont l’auteur lui est inconnu et qui tendrait à prouver que la cancoillotte figurait bien au menu du Président Jules GRÉVY au Palais de l’Élysée… il vous en laisse juge !

 

LA CANCOILLOTTE DU PRÉSIDENT

 

·        On a chanté sur tous les tons

·        La valse qui donne des frissons

·        Ah Saperlotte !!!

·        Moi je vais vous chanter ici

·        Une aventure de Jules Grévy

·        La cancoillotte

 

·        Au temps d’Grévy, nos députés

·        S’en allait bien souvent frapper

·        Jusqu’à sa porte

·        En lui disant : ‘’Quand vous r’viendrez

·        Rapportez nous d’Monsouvaudrey

·        D’la cancoillotte.’’

 

·        Grévy qu’était un homme charmant

·        Suçant ses doigts le Président

·        Leur demandait en souriant

·        L’aimez-vous forte ?

·        Je connais à Dole un ami

·        Qui vend l’assiette un sous et demi

·        De la cancoillotte

 

·        Aussitôt le wagon fermé

·        Voilà qu’une odeur monte au nez

·        Et de quelle sorte !!!

·        Grévy s’écriait tout ravi :

·        ‘’Je sens qu’on a bien réussi

·        Ma cancoillotte…’’

 

·        Wilson fur’tait… il fallait voir

·        Croyant qu’on avait dans l’couloir

·        Posé culotte

·        Y n’savait pas que l’président

·        Avait dans son compartiment

·        D’la cancoillotte.

 

·        Le Protocole, un peu farceur

·        Dit : ‘’Président, quelle drôle’ d’odeur

·        Que le vent apporte.’’

·        Grévy répond : ‘’Çà m’donne le trac

·        Grand Dieu, elle coule dans mon sac

·        Ma cancoillotte

 

·        Alors, ministres et généraux

·        Cessant de lire leurs journaux

·        Et tou’l’escorte

·        Rigolaient de voir Jules Grévy

·        Passer les doigts sur le tapis

·        Plein d’cancoillotte

·        Suçant les doigts, le Président

·        Leur dit d’un air tout bon enfant

·        ‘’Je vous exhorte

 

·        A faire comm’moi, sans mépriser

·        Ce bon produit de la Comté

·        Chère cancoillotte

 

·        Jules avait bien raison ma foi

·        De vanter le produit comtois

·        Que nous transporte

·        C’est un régal digne des dieux

·        Qui plait toujours aux amoureux

·        D’la cancoillotte

 

·        Au prochain menu s’il vous plait

·        Si vous nous voulez satisfaits

·        Et sans parlotte

 

·        Mettez donc su’l’plateau de fromage

·        Ce régal’digne des rois mages

·        D’la cancoillotte.

Rémy Démoly

NOUS AVONS LU POUR VOUS

 

LES COLLINES DE L’ESPOIR –

Auteur Arlette SCHNEIDER. Ed. Hugues de Chivré, Le Gros Chêne- 37460 - Chemillé sur Indrois)

 

Remarquable ouvrage documentaire, témoignage émouvant de l’un des plus grands moments historiques de la colonisation française en Algérie et chant d’amour et de nostalgie à une terre, au doyen des villages français.

Avec des qualités d’historienne et une grande sensibilité, l’écrivain explique en un style clair et concis la conquête française en Algérie  ainsi que la construction du premier village français, Dély-Ibrahim, situé à dix kilomètres à l’ouest d’Alger où se sont installées, en autres, les familles Lanternier de Chatelay,  Baudier de Chissey, mais également les Boilley, Chazeran, Freney, Mourey-Maillard, Spitz etc…

 

Les 224 pages de récit illustré de cartes postales, de peintures, de photos, de poésies et de documents authentiques des Archives Nationales brodent admirablement les lieux de cette mémoire  collective française. Avec beaucoup de plaisir et non sans émotion, transporté au cœur de l’action,  le lecteur parcourt le temps et l’espace. Il  vit l’exode des émigrés européens au XIX° siècle, leur installation et les difficultés rencontrées dans le tout premier village. Il côtoie également les grandes figures de l’histoire : des frères Barberousse en passant par le Commandant Boutin, le Consul Deval , le dey Hussein, le maréchal Bugeaud, Abd-el-Kader etc.

 

Les collines de l’espoir, ouvrage nourri de l’espoir des pionniers, celui des ancêtres de l’écrivain, celui des Pieds-Noirs et des Musulmans  ainsi que celui de bâtir un monde fraternel. Ce livre touche le lecteur ; il pourrait inspirer un scénario de film.

                                                                                               Rémy DEMOLY

   

Monsieur Paul Aimé BAUDIER, a bien voulu accéder à ma demande et écrire la belle et très intéressante page d'histoire de notre contrée que vous trouverez ci-après. Ce texte captivant et fort bien documenté, retrace l'extraordinaire aventure de ses ancêtres partis de Chissey pour Algérie en 1834. On se souvient, ici, que Jeanne Lanternier l'héroïne de Chatelay avait elle-même émigré deux ans plus tôt, âgée de 12 ans, avec sa famille dans ces contrées nouvelles pour y rencontrer un avenir très exceptionnel selon les écrits la concernant...

Dépaysement, labeur, souffrances, maladies, quelques fois terreur et mort, tel a été le lot de ces courageuses familles dont les patronymes cités dans ce texte sont encore portés dans nos villages : BAUDIER, BOILLEY, CHAZERAN, FRENEY, LAMBERT, LANTERNIER, MOUREY-MAILLARD, SPITZ, VAUCHER et dont la devise pouvait être cette belle phrase de Vauvenargue

''Qui sait souffrir peut tout oser''.

Rémy DEMOLY

 

 

LE VOYAGE IMPROBABLE

Jean et Catherine BAUDIER, de Chissey-sur-Loue accompagnés de leurs cinq enfants émigrent en Algérie dès 1834

  • Une famille BAUDIER à Chissey sur Loue dans le premier tiers du XIXème siècle.

Dans les registres paroissiaux conservés à la mairie de Chissey-sur-Loue apparaît pour la première fois le nom de BAULDIER à la fin du XVIème siècle. Il s'agit en l'occurrence de Claudia Barbe BAULDIER, fille de Claude, qui épouse en 1596 Emilien BOILLEY, puis on trouve en 1601, Pierre BAULDIER qui déclare la naissance de sa fille Anatolia. (1 )

Arrière petit fils de Elgidius BAUDIER, baptisé à Chatelay vers 1640, Anatoile BAUDIER, né à la fin de l'année 1751, cultivateur, épousait à Chissey le 11 février 1777 Bénigne CHAZERAN, baptisée à Chatelay le 24 septembre 1746. Ils eurent cinq enfants dont deux, Thérèse et Claude François, moururent en très bas âge. L'ainée Huguette épousa, à l'âge de 30 ans, à Chissey, Claude Antoine LAMBERT en 1807. La troisième, Anne, quant à elle, se maria 8 ans après, en 1815, avec Jean-Claude FRENEY.

Deux ans auparavant, le 24 février 1813 précisément, Jean, le quatrième enfant de Anatoile et Bénigne, né le 30 avril 1785, épousait Catherine VAUCHER. Cette dernière était une jeune fille de Villers-Farlay. Elle y fut baptisée le 7 mai 1786. Elle était née dans le foyer de Jacques et Marie Alexandrine MOURET MAILLARD.

Anatoile BAUDIER ne connut malheureusement pas le bonheur de voir marier un seul de ses enfants puisqu'il mourut le 14 avril 1805, à l'âge de 54 ans, soit deux années avant le mariage de sa fille aînée Huguette. Dès l'âge de vingt ans Jean reprit, donc, la petite exploitation de son père à Chissey et y établit sa femme Catherine en février 1813 au lendemain de leur mariage. Un premier enfant, un garçon que l'on prénomma, comme cela semblait être une tradition familiale depuis quelques centaines d'années, Claude Louis arriva très vite dans le foyer, le 30 novembre 1813.

Deux ans et demi après, le 1er avril 1816 naissait un deuxième garçon : Claude Ambroise, puis le 6 décembre 1818 une fille, Adélaïde, s'annonçait au foyer de Jean et Catherine BAUDIER.

Trois autres garçons virent le jour chez les BAUDIER : Anatoile le 22 juin 1823, Pierre le 6 mars 1826 et, enfin, Claude François le 30 avril 1829.

On a du travailler très dur chez les BAUDIER : il fallait élever 6 enfants. Bénigne, la mère de Jean, mourut le 11 avril 1827, puis, un peu plus de deux mois après la naissance de Claude François, Adélaïde disparut, en juillet de cette année 1829, à l'âge de 10 ans et demi.

A l'orée des années 30, Jean et Catherine qui allaient avoir 45 ans se retrouvaient seuls avec cinq garçons dont l'aîné, Claude Louis, avait, maintenant, 17 ans ; le lopin de terre qu'ils exploitaient, sans doute pas bien grand, allait-il assurer la subsistance de la famille et surtout garantirait-il l'avenir des cinq garçons ? L'idée d'émigrer a du germer dans la tête de Jean et Catherine, à la recherche de nouvelles terres pour leurs enfants, et pourquoi pas Alger qu'un corps expéditionnaire de l'armée Française venait de prendre, en juillet 1830 ?

D'autant plus qu'à cette époque, la situation économique et sociale en Franche Comté et dans le Jura n'était pas des plus florissantes. Suite à l'effondrement militaire de l'Empire, des armées étrangères, des Autrichiens et des Suisses, ont occupé la Franche Comté en 1814 et 1815. Cette occupation et les réquisitions qui s'ensuivirent, alliés à de mauvaises conditions climatiques, provoquèrent une hausse considérable du prix du blé et donc du pain ce qui occasionna durant les deux années qui suivirent, 1816 et 1817, une très grave crise de subsistances, la dernière des grandes disettes. Tout le pays fut dès lors en proie à une vague d'agitations. Dans le Jura, particulièrement, l'apparition, dès novembre 1816, de bandes de vagabonds et de marginaux armés allait susciter la terreur.

A Chissey un autre grand malheur allait advenir. En 1820, en effet, un incendie détruisit 22 maisons de ce petit village. A la fin des années 20 et au début des années 30 les habitants du Val d' Amour ne retrouvèrent plus dans la terre les ressources suffisantes pour subvenir aux besoins de leur famille. De très nombreux jeunes gens du pays émigrèrent pour être domestiques à Paris. Plusieurs familles demandèrent à émigrer. Il est dit dans le «Dictionnaire géographique, historique et statistique des communes de la Franche Comté» -Tome IV Département du Jura - Edition de 1856 – à propos de Chissey « Qu'un grand nombre de familles ont émigré pour l'Afrique (2) en 1830. Si l'Etat avait accordé le passage gratuit à tous les habitants qui le demandaient, il est probable que ce village serait à peu près désert. »

Il semblerait cependant que cet afflux de demandes d'émigration se soit produit non pas en 1830 mais bien plus tard, dans le début des années 40 et principalement à partir de 1848, la colonisation et donc le peuplement par des français et des européens de l' Algérie venant d'être décrété par la toute nouvelle Seconde République. (3) Les autorités françaises jusque là, empêtrées dans des luttes politiques, face à la réprobation de l'Angleterre et malgré l'énorme pression exercée par l'armée pour une occupation totale du Pays, n'avaient, depuis la prise d'Alger en 1830, ni décidé d'engager réellement la colonisation et donc le peuplement de l'Algérie, ni ordonné le retrait définitif de l'armée.

Quoiqu'il en soit, Jean et Catherine BAUDIER, avec leurs cinq garçons, décidèrent de quitter Chissey et rejoignirent Toulon pour embarquer le 5 décembre 1834 sur la gabarre «La Fortune», bâtiment de la marine française, en partance pour Alger. Qu'allaient-ils trouver là bas ?

- L'Algérie en 1834 :

Après un blocus de la ville d'Alger par la marine française et de graves incidents durant ce blocus qui virent périr des marins et officiers français, un corps expéditionnaire français, fort de 37.551 fantassins et artilleurs, débarqua le 14 juin 1830 sur la plage de Sidi Ferruch à proximité d'Alger. Après plusieurs jours de combats contre les janissaires de HUSSEIN PACHA, Dey d'Alger, alors sous domination turque, l'armée française entra dans Alger le 4 juillet.

Cette expédition avait été décidée, après bien des tergiversations et d'incessantes luttes politiques, par Charles X, dont la fin du règne approchait - il allait être détrôné par Louis Philippe suite aux «trois glorieuses» de juillet 1830 - pour laver l'affront fait au consul de France à Alger, Pierre DEVAL, par le dey HUSSEIN qui le souffleta à l'aide de son chasse mouches le 27 avril 1827, le fameux «coup de l'éventail» ! Le différend remontait, en fait, à 1797 date à laquelle une créance de 24.000.000 de francs avait été contractée par le Directoire et qui n'avait jamais été remboursée par la France. Par le prise d'Alger, la France avait également la ferme volonté de faire cesser les courses de pirates qui écumaient la Méditerranée et qui pour beaucoup partaient d'Alger.

La plaine de la Mitidja et Blida furent occupées en novembre 1830. En 1834, alors que les combats avec ABD-EL-KADER, fils de l'émir MAHI EN-DIN, général en chef des tribus de tout l'ouest de l'Algérie qui se soulevèrent contre l'armée française et dont il prit la succession, faisaient rage dans l'Oranais. L'Algérois, quant à lui, était loin d'être sur, des bandes armées, les tribus «Hadjoutes» notamment, terrorisaient la région.

En cette même année 1934, seules 13 communes étaient édifiées à proximité d'Alger. L'armée Française n'occupait alors, en plus de la Mitidja et Blida, qu'une bande littorale autour d'Alger qui allait des environs de Cherchell à l'Ouest jusqu'à Bougie à l'Est. Médéa un peu plus au sud ouest d'Alger, et encore plus à l'ouest, les villes de Mostaganem et d'Oran étaient occupées par l'armée française.

A cette époque rien n'était decidé, si l'armée semblait vouloir la conquête et la colonisation de l'Algérie, les pouvoirs publics à Paris tergiversaient et se montraient incapables d'afficher une volonté claire quant au devenir de ce pays d'Afrique du Nord.

Ce ne fut véritablement qu'en 1841 que le général BUGEAUD comandant les troupes françaises en Algérie qui comptaient désormais 100.000 hommes dans ses rangs - le tiers des effectifs de l'armée française ! - intensifia sa guerre contre ABD-EL-KADER et engagea la véritable campagne pour la colonisation et l'occupation de tout le pays.

 

A l'automne 48 le gouvernement de la 2ème république lança les premiers appels à des colons volontaires. Le 12 novembre 1848 l'Assemblée Nationale adopta un texte scindant l'Algérie en trois départements avec pour chefs lieux : Alger, Oran et Constantine.

La conquête de l'Algérie fut longue, difficile, occasionnant une guerre particulièrement sanglante, en perte en hommes énorme dans les rangs de l'armée française, bien sur, mais aussi chez les nouveaux arrivants et, sans doute, bien encore plus grande chez les habitants du Pays. Révoltes et soulèvements sanglants se succédèrent dans tout le pays jusqu'à la fin des années 1870.

 

 

- Pourquoi et comment partir dans un pays si lointain et si peu sûr ?

Alors que rien n'était entrepris pour inciter les gens à partir, que la colonisation de l'Algérie était loin d'être décidée, alors qu'apparemment très, très peu de familles du Jura et de Franche Comté émigrèrent en Afrique du Nord dans les années 1830, Jean et Catherine BAUDIER, eux, décidèrent donc de partir en Algérie. Ils y pensaient sans doute depuis le départ en 1832 de la famille LANTERNIER de Chatelay avec laquelle ils entretenaient, sans doute, des liens (4) A la recherche de nouvelles terres pour leurs garçons, les deux aînés notamment, leur bout de terrain ne pouvant plus subvenir aux besoins de la famille, ils demandèrent, par l'intermédiaire de la Préfecture, au Ministère de la Guerre l'autorisation de partir en Algérie et d'y exploiter une concession que l'on devait acheter, document indispensable à leur venue à Alger. Il est fort probable, par ailleurs, que l'armée, désireuse dès le début de la conquête d'entreprendre l'installation de colons en Algérie, soit entrée en contact avec ces familles pour les encourager à s'exiler, voire pour leur faciliter les démarches administratives.

Le 26 avril 1834 le Conseiller d'Etat , membre du Conseil d'amirauté, Directeur des ports, écrit au nom du Ministre de la Marine et des Colonies à Monsieur le Préfet maritime de Toulon pour lui signifier qu'il autorise, sur la demande du Ministre de la guerre, Jean BAUDIER, sa femme et ses cinq enfants à passer de Toulon à Alger sur un bâtiment de l'Etat. Dans cette même lettre il est bien spécifié que ces sept passagers recevront la simple ration pendant la traversée. (5)

Ce qui fait qu'ayant certainement reçu notification de cette autorisation, Jean qui avait alors 49 ans et Catherine, de un an plus jeune, accompagnés de leurs cinq garçons : Claude Louis âgé de 21 ans, Claude Ambroise âgé de 18 ans, Anatoile de 11 ans, Pierre de 8 ans et Claude François, le dernier, âgé quant à lui de 5 ans, prirent la route à la mi novembre 1834.

Ils ne partaient pas seuls, une autre famille de Chissey qui s'exilait, elle aussi, vers Alger allait faire le chemin avec les BAUDIER. Il s'agissait de SPITZ François, cultivateur, né à Chissey et âgé de 52 ans, sa femme SPITZ Magdelaine, femme au foyer, également née à Chissey, âgée de 34 ans et de leur fils SPITZ François Xavier âgé de 13 ans.

Ils rejoignirent, à dix donc, Chalon sur Saône, certainement en diligence, pour embarquer sur un bateau de transport fluvial qui allait descendre la Saône jusqu'à Lyon pour rejoindre, ensuite, le Rhône et naviguer jusqu'à Avignon. De là ils gagnèrent Toulon par la route. Ils avaient quitté Chissey sur Loue depuis une douzaine de jours. Ils allaient, dès lors, pouvoir embarquer pour Alger.

. Embarquement sur la gabarre la «Fortune» le 5 décembre 1834 à Toulon

Les BAUDIER et les SPITZ embarquèrent sur la gabarre «La Fortune» qui était un petit bateau appartenant à la Marine Française.

«La Fortune», que l'on appelait dans l'armée, de façon impropre, gabarre était en fait une corvette de charge. Construite dans les chantiers navals de Toulon et lancée deux années auparavant, en 1832, la «Fortune» qui fut dans un premier temps, jusqu'en 1833 en fait, appelée «Var», était un bateau à vapeur et à voile. Elle assurait le transport de matériel et de troupes pour Alger ou Bône.

Seulement 19 passagers prirent place dans ce bateau. Il y avait là, selon l' «Etat nominatif de MM les Officiers, Sous-officiers et Soldats pour l'Armée d'Occupation d'Afrique», - à « La table de l'Etat Major, un capitaine et deux lieutenants, à la table de «Mr CLEVET» (?), un commis de 3ème classe de la Subsistance Militaire et deux chirurgiens dentistes de l'Hôpital Militaire et comme «simples rationnaires» treize personnes : Deux gendarmes, un employé de la Subsistance Militaire, les BAUDIER et les SPITZ, cultivateurs de Chissey, tous assimilés, femmes et enfants compris, à des soldats 2ème classe.

Après une semaine de navigation, ils débarquèrent à Alger puis furent transférés à Dely-Ibrahim où les BAUDIER (7) possédaient un titre de concession certainement obtenu en France soit auprès du Ministère de la Guerre à Paris, soit auprès des autorités de la Marine à Toulon et où ils retrouvèrent la famille LANTERNIER de Chatelay.

- Dely-Ibrahim

Dely Ibrahim fut, avec Koléa – tout proche d'Alger également – le premier village de la colonisation. Bâti sur l'emplacement de l'Haouch Dély-Ibrahim – La ferme du fou Abraham – le village fut édifié par Ordonnance Royale du 21 décembre 1832 – deux ans environ avant l'arrivée des Baudier - sous l'autorité du Duc de Rovigo. Ce fut dans ce village que fut bâtie la première église catholique en terre africaine que le premier Evêque d'Alger consacra en 1841.

Les premiers habitants du village furent 50 familles bavaroises, wurtembergeoises (?) et prussiennes placées là par le Duc de Rovigo. Ces familles faisaient partie des 500 émigrants qui en 1831 avaient attendu au Havre leur départ pour l'Amérique du Nord. N'ayant pu obtenir leurs passeports, ces malheureux furent embarqués pour Alger où ils débarquèrent, après un voyage particulièrement long et éprouvant, en février 1832. Les familles qui furent placées à Dély-Ibrahim y trouvèrent des conditions de vie effroyables. Hébergés dans des baraquements sommaires, sans eau au printemps et en été, eau qu'ils devaient, alors, aller chercher à Ben-Aknoun à 3 kilomètres de là, sans presque plus d'argent, leurs faibles économies s'étant volatilisées durant leur long séjour au Havre, et donc sans beaucoup d'outils et très peu de bœufs, ils durent travailler un sol particulièrement broussailleux et ingrat. Beaucoup y laissèrent leur vie.

La situation dans les années qui suivirent ne fut guère plus brillante, les premiers arrivants tels les LANTERNIER, arrivés à Dély-Ibrahim dans le courant de l'année 1832, ou bien encore les BAUDIER arrivés, eux, en toute fin 1834 ou au début de l'année 1835 ne trouvèrent pas, en ces lieux bien inhospitaliers, le pays des richesses, «l'Eldorado» dont on avait du, certainement, leur vanter les mérites. Ils durent travailler très dur, cultivant chacun son lopin de terre, dans des conditions climatiques qu'ils, pour la plupart d'entre eux, ne connaissaient évidemment pas. Le climat, les conditions sanitaires déplorables les rendaient plus vulnérables à toutes sortes de maladie, au paludisme, notamment, qui ne les épargnait pas. Le taux de mortalité était effrayant.

L'insécurité régnait dans tout l'Algérois et particulièrement dans la Mitidja, plaine séparée d'Alger par le Sahel qui s'étend au sud est d'Alger de Blida à Cherchell, où des coups de force, des razzias menés par des tribus, les Hadjoutes notamment, en lutte contre l'occupation française, semaient la terreur dans toute la région. Ce fut, d'ailleurs, lors d'une de ces razzias qu'en 1836 la famille LANTERNIER, les parents, leur unique fils, l'aîné, et leurs cinq filles furent enlevés sur la route de Boufarik. Jeanne, la deuxième, jeune fille de 16 ans particulièrement belle, fut emmenée et offerte par ABD-EL-KADER au Sultan du Maroc.

A la fin de l'année 1839 la guerre s'intensifia, ABD-EL-KADER fit déferler de l'Atlas sur la Mitidja les tribus Hadjoutes. Les combats furent terribles, la Mitidja n'offrit plus qu'un spectacle de désolation, les récoltes brulaient, des colons furent massacrés, beaucoup se réfugièrent à Alger. La proximité d'Alger et de la forte présence militaire épargna Dély-Ibrahim et cette région du Sahel proche de la grande ville, bien qu'une forte insécurité y demeurât.

Ce furent dans ces terribles conditions que s'installa la Famille BAUDIER à Dély-Ibrahim et exploita les quelques hectares de la concession. Cependant le problème des terres à laisser à ses cinq garçons demeurant, Jean BAUDIER fit, en 1841, une demande d'une nouvelle concession à Ouled-Fayet, nouveau village très proche de Dély-Ibrahim, dont l'édification venait d'être décrétée.

Ouled-Fayet

Jean et Catherine BAUDIER obtinrent cette nouvelle concession – chaque famille recevait 7 hectares environ - dans ce village d'Ouled-Fayet en 1842. Ils s'y installèrent avec Claude Ambroise, le deuxième, alors âgé de 26 ans et des deux plus jeunes Pierre et Claude François qui avaient respectivement 16 et 13 ans. L'ainé, Claude Louis, âgé de 29 ans, demeura à Dély-Ibrahim et continua à travailler sur la première exploitation. Le troisième garçon de 19 ans, Anatoile, resté lui aussi, à Dély-Ibrahim, quitta le travail de la terre et devint garçon boulanger.

Catherine décéda le 12 juillet 1844 à l'âge de 58 ans et, un peu moins de 6 ans plus tard, le 28 février 1850, dans sa soixante-quatrième année, Jean rejoignit sa femme.

La famille BAUDIER s'implante. Les enfants font souche.

Claude Louis BAUDIER qui était resté à Dély-Ibrahim, épousa le 30 juillet 1844, Elisabeth SCHNEIDER. Ils eurent trois enfants et partirent en 1851, en bord de mer, toujours dans l'Algérois, à Zéralda où Claude Louis était aubergiste. Cinq ans après, ils firent une demande de concession sur le territoire de la commune. (8) Ce ne fut qu'en 1858 qu'ils obtinrent cette concession dont la superficie était d'un peu plus de quinze hectares.

Claude Ambroise BAUDIER demeura toute sa vie à Ouled Fayet, exploitant la concession léguée par ses parents, où il mourut entre décembre 1894 et 1901. Il avait épousé Pauline GOULOIS en 1847. Ils eurent huit enfants.

Anatoile BAUDIER, resté à Dély-Ibrahim après le départ de ses parents à Ouled-Fayet en 1842, après avoir été garçon boulanger, tint au village un débit de boissons. Il épousa le 1er août 1846 Marie Anne MERCADAL, originaire de Mahon – Ile espagnole de Minorque – De cette union naquirent dix enfants. En 1860 Anatoile et Marie-Anne BAUDIER s'installèrent à El-Biar, dans la proche banlieue d'Alger, où ils furent aubergistes.

Pierre BAUDIER demeura, comme son frère Claude Ambroise, à Ouled-Fayet toute sa vie. Il y fut cultivateur propriétaire. Il épousa le 12 octobre 1861 Rose Claire CAMUS, grande tante d'Albert CAMUS. Ils eurent cinq enfants. Pierre mourut à l'âge de 58 ans des suites d'un accident.

Claude-François BAUDIER demeura également à Ouled-Fayet, il y fut cultivateur  propriétaire. Il épousa le 12 mai 1860 Marie Anne Julie STUDER née à Délemont, dans le canton de Berne en Suisse. Ils eurent sept enfants, tous nés à Ouled-Fayet. Ce fut le 1er septembre 1895 que Claude François disparu à l'âge de 66 ans.

- Epilogue

Ils étaient tout proches de la cinquantaine, ils avaient leurs cinq garçons, âgés de 21 à 5 ans, encore au foyer. Jean et Catherine BAUDIER, accompagnés de leurs enfants, certainement poussés par la misère, s'embarquèrent pour cette folle expédition. Peut-être un peu aventuriers, sans doute très préoccupés de leur avenir et surtout de celui de leurs enfants, ils eurent, à leurs âges, le grand courage de partir pour un pays dont ils ne connaissaient certainement pas grand chose, un pays où ils allaient être parmi les tous premiers pionniers, où ils allaient devoir travailler très dur, un pays où tous les dangers allaient les guetter. Ils réussirent cet incroyable pari. Ils s'installèrent dans ce pays, l'Algérie. Leurs enfants et les trois générations suivantes y restèrent, y travaillèrent, y prospérèrent jusqu'à ce que l'Histoire en décida autrement.

Paul-Aimé BAUDIER - Arrière petit-fils de Claude-François BAUDIER -

(1) Tous les renseignements généalogiques donnés dans cet article sont extraits du livre de Jacqueline ENSARGUEIX «Généalogie de la famille BAUDIER ses alliances 1640-1983 » - Ed. Saumur 1984 -

(2) ,A cette époque là, en 1856 encore, quand on parlait de l' Afrique on pensait essentiellement à l' Afrique du Nord et essentiellement à l' Algérie, appelée ainsi que depuis le tout début des années 40, pas encore complètement colonisée et non totalement pacifiée.

(3) Contrairement à ce qu'affirme le «Dictionnaire géographique, historique et statistique des communes de la Franche Comté » L'essentiel de l'émigration des Jurassiens vers l'Algérie ne s'est pas produit en 1830, loin de là, A la lecture de la communication à la Société d'émulation du Jura datée du 24 juin 1961 sur : L'émigration Franc Comtoise en Algérie au XIXème siècle par Mr. BROUTET on note qu'entre 1843 et 1845 il y eut environ 1500 émigrants, qu'entre 1851 et 1855 environ 2000 émigrants et qu'entre 1891 et 1894, 900 émigrants environ s'installèrent en Algérie. Pour le Jura seul, Mr BROUTET souligne qu'on note en 1848 et 1849 le départ de seulement 40 familles et qu'en 1855 le Jura seul envoie 425 personnes. Rien avant 1840. Dans cette même communication on peut lire, par ailleurs, qu'avant 1840 l'émigration est assez restreinte et les conditions d'établissement difficiles» et que :»l'insécurité règne dans la région d'Alger ; le colon doit être soldat et paysan avant 1840 » Dans ce même ouvrage il est signalé l'existence d'un village, Bou Medfa peuplée en 1852 de 33 familles Franc Comtoises : 16 de Haute Saône, 11 du Doubs et 6 du Jura.

(4) Le fait que les LANTERNIER et les BAUDIER se connaissaient semble pouvoir être confirmé à la lecture d'un extrait de «Souvenirs algériens» de Joseph AUMERAT- Imprimerie MAUGUIN Blida 1898 – dont des extraits ont été publiés dans «L'Écho d'Alger» les 17 et 24 juin 1955 : « La pauvreté de cette famille nombreuse, à l’époque où l’on cherchait des colons pour l’Algérie, entraîna Lanternier à emmener tout son monde à Alger en 1833 probablement. Ainsi les Lanternier s’installèrent-ils à Dély-Ibrahim, premier des villages de colonisation, en voie de fondation. Ils y avaient d’ailleurs des amis du Jura, notamment les Baudier (de Chissey), parent du maire de Chatelay, qui avait enregistré la naissance de Jeanne.»

(5) Un fac-similé de cette lettre du Conseiller d'Etat, membre du Conseil d'Amirauté, Directeur des ports adressée au Préfet maritime à Toulon se trouve dans l'ouvrage de Jacqueline ENSARGUEIX : «Généalogie de la famille BAUDIER – Ses alliances – 1640-1983». Issu des Archives portuaires, Place d'Armes 83800 Toulon Naval - Série 2A

(6) Le fac-similé de cet Etat nominatif avec en-tête de l'Armée d'Occupation d'Afrique se trouve dans l'ouvrage de Jacqueline ENSARGUEIX «Généalogie de la famille BAUDIER – Ses alliances 1640 - 1983» Issu également des Archives portuaires de Toulon. 

(7) Nous n'avons à ce jour aucun renseignement supplémentaire sur la destinée de la famille SPITZ après leur arrivée à Alger.

(8) Cinq années de présence dans un village étaient nécessaires pour obtenir une concession moyennant 5000 francs et une demande préalable – dans la plupart des cas cette demande devait être renouvelée plusieurs fois - accompagnée de fiches de renseignements. En outre le demandeur devait être obligatoirement marié.

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‘’Il est des jours où Cupidon s’en fout !’’ chante Maxime le Forestier !

Il est des jours où CUPIDON se tue au travail…


Une petite anecdote et peut-être un record établi. Lors de mes recherches j'ai trouvé un collatéral qui aurait bien mérité la médaille de la famille française avec un total de 26 enfants !!! J'ai bien dit vingt six ! Avec 2 épouses il est vrai,  6 enfants avec l'une d’elles, 18 avec l'autre.
Rendons- lui hommage, il s'agit de Claude LIEGEY né à Gillancourt en Haute-Marne vers 1660, marié une première fois avec Claudine SAUVAGE en 1684, laquelle est décédée en 1694 après lui avoir donné 6 enfants dont un seul a survécu. Marié une seconde fois en 1695 à Jeanne HICART qui décède en 1734 après lui avoir donné 18 enfants ! 4 seulement survivront.
Il est décédé en 1738 à plus de 80 ans comme quoi cela conserve !

Transmis par Philippe VUILLAUME

                                                                                           

Pour le jeu du "qui dit mieux" !
 
Prisce Rochet (1780-1854), négociant et percepteur à Melisey (70), a "donné" 21 enfants recensés (22 selon la tradition familiale) à son épouse, Victoire Grandgirard (1784-1830), morte à la naissance du dernier… Ils sont nés entre 1804 et 1830, soit quasiment une grossesse par an ; mais 13 seulement ont atteint l'âge adulte, la
plupart des autres étant décédés dans l'année de leur naissance ; le record ci-dessous n'est pas atteint et je trouve dans les souvenirs de la guerres de 14-18 rédigés par Etienne Carry (que me transmettent aimablement ses petits-enfants) qu'il cantonne un jour de novembre 1917 à Paitone, en Italie du Nord (Lombardie), dans une ferme où vivaient une fratrie de 3 ménages (deux frères et une sœur), totalisant 43 enfants, soit quatorze ou quinze (seulement) par couple : c'est le total qui est impressionnant !.

Transmis par François Lassus
 

Rapporté par Rémy DEMOLY

 

Origine d’une expression courante :

 

GAUFFRE Jean Désiré Damien, né à Saint-Pierre la Cluse (Jura en 1750.

 

     Ce Comtois choisit la voie religieuse, il étudie la théologie à Besançon ? Ordonné prêtre, il reçoit la charge de Vicaire à la Cluse puis de Curé à Saint-Pierre. La Révolution survient, réfractaire, il se réfugie aux Verrières Suisses puis reprend son poste à la Cluze en 1804.

 

   Un jour, selon la ‘’légende’’ locale, un nommé un républicain aurait tenté de le faire arrêter, Jean GAUFFRE lui aurait donné une si violente gifle que le nommé JAUDON en aurait gardé une trace indélébile.

 

De là serait venue l’expression encore usitée : donner une gauffre

 

     L’histoire ne dit pas si le nommé JAUDON a tendu l’autre joue…..

 

Malaise à la Cour :

 

PAJOT Claude louis, né à Nozeroy (39) le 23.10.1747. Décédé le 09.03.1822.

 

     Avocat à Besançon. Il quitte le barreau par un trait qui dépeint bien l'indépendance du caractère franc-comtois. Il plaidait au palais de Besançon. Comme il arrive quelquefois, pendant la plaidoirie, le Président se mit à sommeiller, puis à ronfler. Alors PAJOT s'arrête, s'assied et attend. Le Président qui n'entend plus le ronronnement ordinaire de la parole se réveille, interpelle l'avocat et lui dit : ''Eh bien, continuez donc avocat !'' Celui-ci répond : '''Quand la Cour aura fini de dormir''. ''Je vous interdis pour un mois'' s'écrit le Président furieux. Claude Louis Pajot prenant son bonnet, se lève et déclare en sortant : ''Et moi, plus fort que la Cour, je m'interdis pour toujours''.

 

     Et il ne plaida plus jamais à Besançon !

 

 

Le Lieutenant Antoine DUVAUX

(1770-1835)

ou la pauvre vie d'un officier de fortune.

 

     Monsieur René CARON né à Mons-sous Vaudrey, où habite encore une partie de sa famille, demeure, pour sa part, dans le Tarn et Garonne ; pour ses études, il a quitté le village en 1948. Par la suite, muni d’un diplôme d’ingénieur des Arts et Métiers, il a tout d’abord œuvré dans la recherche nucléaire et spatiale avant de créer, en association, une entreprise d’engénéring en électro acoustique dont il a assuré la direction jusqu’à sa retraite en 1992, fonction qui l’a amené à réaliser des installations de grands systèmes de sonorisation en France mais également au Moyen-Orient, en Asie du Sud Est, en Chine etc…). Il a donné, récemment, à Mont-sous-Vaudrey, une très intéressante conférence généalogique sur la famille CARON dont l’histoire se confond avec celle de ce village et des ses environs ; sa ‘’collection’’ de CARON, qui y sont nés, y ont vécu ou y sont morts s’élève à 650 personnages.  

     Cette recherche généalogique l’a fortement rapproché de son village natal ; c’est ainsi qu’avec l’appui du Maire de Mont-sous-Vaudrey, Monsieur Bernard FRAISIER, il a effectué, avec beaucoup de patience et de méticulosité, une numérisation de l’ensemble de l’état-civil et des registres paroissiaux ce qui facilite grandement le travail des chercheurs amateurs et surtout préserve les précieux volumes détenus par la Mairie.

 

     Monsieur René CARON a bien voulu nous transmettre un texte publié en 1943, dont l’auteur, Monsieur Xavier BRUN, professeur d’histoire à Lyon, lui-même originaire de ce lieu. Ce récit fort original, qui lui a été communiqué par Madame Elisabeth ROIDOR,  nous a paru mériter d’être porté à votre connaissance d’autant plus qu’il relate l’histoire d’une famille locale et cite des patronymes encore portés dans la vallée de la Loue comme : Bouveret, Briot, Brugnot, Brun, Mornave, Oudot, Rebillat, Roidor

 

     Vifs remerciements à M. René CARON et à Madame Elisabeth ROIDOR.

 

Rémy DEMOLY               

 

 

 

A la Mémoire de mes Grands-parents François DUVAUX et Éliane ROIDOR

 

    Si les historiens des guerres de la Révolution et de l'Empire nous présentent les nombreux grands chefs (1) qui, ayant mené leurs troupes à des combats heureux, furent bientôt comblés d’honneurs et de richesses, ils ne nous montrent pas combien le sort des petits officiers de cette époque fut souvent misérable, nonobstant les bons services qu’ils rendaient ou avaient rendus à leur patrie. La biographie du lieutenant Antoine Duvaux le fera voir nettement.

 

     Né sous Louis XV, le 25 juillet 1770 à la Villeneuve lez Chaussin, dans l’ancien comté d’Auxonne, de François Duvaux (2), laboureur et marchand, et de Françoise Petit, Antoine perdit son père vers sa cinquième année et fut élevé par sa mère et par sa sœur Anne qui avait quatre ans de plus que lui. Celle-ci épousa en 1785, Jean Baptiste Bouveret, maître perruquier et marchand à Dole.

 

     Au début de novembre 1787, Antoine Duvaux qui comptait alors dix-sept ans s’enrôle dans le 81° régiment d’infanterie de l’armée de Louis CVI. C’était un beau garçon, d’une taille moyenne, aux yeux bruns, aux cheveux noirs, au teint fleuri. Intelligent, suffisamment instruit, consciencieux et patriote. Il fut député par son régiment à la fameuse fête de la Fédération qui fut célébrée à Paris dans le Champ-de-Mars le 17 juillet 1790, puis il fut fait caporal-fourrier en janvier 1891. On sait que, le 21 septembre 1792, la Convention proclama la République que Louis XVI fut décapité le 21 janvier 1793 et que, au mois de mars suivant, les Vendéens se soulevèrent pour rétablir la royauté et sauver de l’oppression le clergé et la noblesse. En mai de la même année 1793, le 84° régiment fut au nombre des troupes républicaines envoyées contre les insurgés et le courage que Antoine Duvaux déploya dans cette rude expédition (3) lui valut successivement en 1791 les grades de sergent, de sergent-major, d’adjudant et de sous-lieutenant. Ce dernier grade fut la récompense d’une blessure qu’il avait reçue à la jambe au moins d’août. Officier à l’âge de vingt-quatre ans, il voyait une belle carrière s’ouvrir devant lui, mais le rigoureux hiver de 1791-95 et l’humidité des côtes de l’Océan ajoutèrent à sa blessure un rhumatisme qui, s’aggravant pendant les opérations militaires des deux années suivantes, le rendit incapable de faire de longues marches. Aussi fut-il mis à la réforme en décembre 1796, quelques mois après que Hoche eut fini de pacifier l’Ouest de la France (4). N’étant plus que sous-lieutenant réformé (c’est-à-dire en inactivité provisoire) à la suite de la 13° demi-brigade d’infanterie légère, avec un traitement annuel de 350 francs, Antoine Duvaux se dirigea tristement vers son pays natal.

 

     Comme sa mère était morte en 1793, içl n’avait plus d’autre proche parent que sa sœur Anne, épouse de Jean Baptiste Bouveret, qui tenait à Dole, dans la rue Besançon, une boutique de mercerie et de quincaillerie, tandis que celui-ci y exerçait, avons-nous dit, le métier de barbier-perruquier, et il des aida de son mieux à gagner leur pain, tout en s’acquittant de ses obligations d’officier réformé. Il fut notamment chargé, en novembre 1798, de conduire à Besançon trente-six conscrits originaires des cantons de Chaussin et de Saint-Aubin (5).

 

     Au printemps de 1799, Antoine Duvaux qui approchait de la trentaine résolut de se créer un foyer et de remédier à l’insuffisance de son traitement par les mêmes moyens que eux dont sa sœur et son beau-frère usaient pour subsister. A cet effet, il vendit les champs et les prés qu’il avait hérités de ses père et mère, loua dans une autre rue de Dole, au prix de 220 francs par an, un logement de trois chambres dont une pouvait servir de boutique et épousa en juin Madeleine Rebillat, fille d’un marchand de Chaussin. Les deux années suivantes s’écoulèrent sans procurer aux nouveaux mariés d’autre satisfaction que la naissance d’un fils qui reçut le nom d’Étienne. En effet, le traitement de réforme n’était pas payé régulièrement, le loyer en emportait la majeure partie et la clientèle demeurait peu nombreuse. Aussi décidèrent-ils, dans l’été de 1802, de s’établir dans un lieu où le logement et la nourriture leur coûteraient moins cher et ils portèrent leur choix sur Mont-sous-Vaudrey, village d’un millier d’âmes, très fréquenté et commerçant, sis à peu de distance de Dole et possédant un relais de poste.  Les frais de cette nouvelle installation obligèrent Madeleine à vendre les biens fonds qu’elle avait hérités de ses parents. Là, elle mit au monde en octobre un deuxième fils qui fut nommé François et, peu de semaines après, Antoine eut le chagrin d’apprendre la mort de Jean Baptiste Bouveret qui fut suivie de celle d’Anne en janvier 1803. Dès lors, s’il dut continuer à vivre chétivement de sa réforme et d’un métier qu’il jugeait indique de lui, il jouit du moins de quelque tranquillité et eut l’agrément de s’entretenir avec trois autres officiers réformés habitants le même village (le capitaine Caron, le capitaine Brugnot, et le lieutenant Oudot). Des victoires de Napoléon, devenu Empereur en mai 1804, et de celles de ses généraux : Elchingen et Austerlitz en 1805, Iéna et Eckmühl, Esling, Wagram en 1809. Mais il fut affligé, en 1810, par la mort de son unique neveu, Claude Étienne Bouveret, soldat en Italie et plus encore, en septembre 1812, par celle de son propre fils Étienne, âgé de douze ans.

 

 

          On sait que, ayant épousé le 2 avril 1810, Marie Louise d’Autriche dont il eut le roi de Rome le 20 mars 1811, Napoléon commença au mois de juin 1812, son expédition de Russie en passant le Niémen et que, à la mi-octobre suivante, l’incendie de Moscou et la brusque venue de l’hiver l’obligèrent à ordonner la retraite. Peu auparavant il avait commandé de lever de nouvelles troupes et, le 13 octobre, Antoine Duvaux reçut avis qu’il était remis en activité comme sous-lieutenant dans la 41°  cohorte d’infanterie de la garde nationale du premier ban en garnison à Brest. Il avait alors quarante-deux ans.

 

     Ayant déterminé sa femme à transporter son commerce de mercerie et de quincaillerie à Chaussin, afin que, pendant son absence, elle y eût la compagnie et, au besoin, l’aide de sa sœur Anne Rebillat, mariée à Louis Joseph Briot, receveur de l’enregistrement au-dit lieu. Antoine Duvaux alla y louer pour elle un petit logement dont le prix fut de 39 francs par an, puis il se rendit à Dole où, après avoir salué son ami, le capitaine pensionné Joseph Mornave, il monta le 30 dans la diligence de Paris pour atteindre Brest. Il y fut nommé en février 1813, membre du premier Conseil de guerre permanent de la 13° division militaire séant à Rennes. Bientôt après, son régiment, devenu le 140° de ligne, fut appelé dans la Grande Armée que Napoléon conduisit en avril à Erfurt pour la faire entrer de là, en mai, dans le Royaume de Saxe.

 

     Comme ce régiment faisait partie du corps de Victor, duc de Bellune, Antoine Duvaux assista notamment aux batailles qui se livrèrent autour de Leipzig les les 16 et 18 octobre, puis le 30 au combat de Hanan près du Main. Le 9 du même mois, il avait été fait lieutenant, au traitement annuel de 1100 francs.

 

     Dès après ce dernier combat, l’armée française repassa le Rhin. Ao commencement de novembre, comme les Prussiens de Blücher et les Autrichiens de Schwarzenberg se disposaient à envahir la France, Napoléon posta Marmont entre Strasbourg et Mayence pour résister aux uns et Victor entre Strasbourg et Bâle pour contenir les autres. Ayant traversé la Suisse, plusieurs des corps de Schwarzenberg entrèrent dans la Franche-Comté à la fin de décembre 1813 et ils l’occupèrent ainsi que la Bresse et une partie du Duché en janvier 1814 tandis que le reste des troupes investissait Huningue et Belfort, puis obligeait Victor à se retirer de l’Alsace en Lorraine. Après s’être défendu dans la région de Saint-Dié et d’Épinal , celui-ci dut reculer vers Nancy d’où, ayant été joint par Ney, il gagna d’abord Vaucouleurs, ensuite Saint-Dizier. Sur ces entrefaites, un ordre daté du 5 janvier à Paris, fit passer le lieutenant Antoine Duvaux du 140° régiment d’infanterie de ligne au 46°  en garnison à Arras. Il y arriva le 29, ayant été deux jours en route.

 

     Paris ouvrit ses portes aux Alliés le 31 mars de cette année-là, Napoléon abdiqua son trône le 11 avril, puis se retira à l’île d’Elbe, et Louis XVIII entra le 3 mai dans la capitale. Il fit bientôt réorganiser l’armée et, le 5 août suivant, le lieutenant Duvaux fut renvoyé dans ses foyers pour y attendre la fixation de son traitement de réforme conformément à l’ordonnance du 12 mai précédent.

 

     Il alla donc retrouver à Chaussin sa femme à qui, pendant ses vingt-deux mois d’absence, il n’avait pas pu faire parvenir d’argent ; d’ailleurs, il en avait manqué le plus souvent lui-même. Le commerce avait à peine procuré à celle-ci son pain quotidien et celui de son jeune fils, encore que, au lieu de se borner à attendre les chalands chez elle, elle fût fréquemment allée els chercher dans les principaux villages d’alentour, les jours de foire ou de marché. Les époux décidèrent alors de s’établir de nouveau à Mont-sous-Vaudrey et, au début d’octobre de cette même année 1814, ils y louèrent, moyennant 72 francs par an une chétive masure sans étage et couverte de paille dont une des quatre chambres, ouvrant sur la route de Dole, pouvait servir de boutique. Là, Antoine Duvaux se remit à raser et à tondre, tandis que sa femme Madeleine continuait à vendre de la mercerie et de la quincaillerie.

 

     On connaît les événements de l’année 1815, Napoléon revint le 1° mars de l’île d’Elbe en France, fit fuir Louis XVIII en Belgique et assembla une nouvelle armée, mais vaincu le 18 juin à Waterloo, il abdiqua derechef le 22 ; puis le roi étant rentré, le 8 juillet dans Paris, l’empereur se réfugia le 15 en Angleterre.

 

     Ce ne fut que le 23 mai 1817 (presque trois ans près son retour dans ses foyers) que le lieutenant A. Duvaux reçut avis que son traitement de réforme était fixé à la somme  annuelle de 150 francs. Comme il estimait que la part active qu’il avait prise aux campagnes d’Allemagne et de France lui donnait droit à la pension de retraite, laquelle était plus forte que ledit traitement, il la sollicita aussitôt, mais le succès ne couronna pas les efforts qu’il fit à ce sujet les quinze années suivantes.

 

     En 1818 il envoya à Dole son fils François, âgé de seize ans, pour qu’il y apprit le métier de tailleur d’habits, qui agréait à celui-ci plus qu’un autre, parce que sa mère lui avait montré, pendant ses deux années de quasi veuvage, à se servir de l’aiguille et des ciseaux. Il revint exercer ce métier chez ses parents en 1820, puis sept années s’écoulèrent, marquées notamment par la mort de Napoléon le 5 mai 1821 et par celle de Louis XVIII le 16 septembre 1824 qui fut suivie de l’avènement de Charles X.

 

     En avril 1828, le mariage de François avec Élise Roidor, gracieuse fille de seize ans, fit entrer en rayon de gaîté dans la chaumière de l’ancien officier que les infortunes de l’Empereur avaient tout autant contribué à assombrir que ses douleurs rhumatismales et sa gêne pécuniaire. En effet, les nouveaux époux s’établirent chez lui et ils y restèrent environ six ans. Cette chaumière fut de moins épargnée par l’affreux incendie qui, en 1832, consuma le clocher, une partie de l’église et vingt et une maisons d’alentour dont la plupart étaient aussi couvertes de paille.

 

     En 1834, coulant joindre à son métier de maître tailleur celui de marchand d’étoffes, François loua une demeure plus vaste et mieux construite où ses père et mère ne tardèrent pas à se retirer. Le règne de Louis Philippe, commencé en août 1830 procurait à la France la paix et la prospérité, mais Antoine Duvaux n’en fut pas longtemps témoin, car émacié par ses souffrances,  il décéda le 7 février 1835 à l’âge de soixante-cinq ans. Son hoirie ne consistait, outre ses état de service, un veux livre de cartes géographiques et un gros recueil d’almanachs narrant les faits et gestes de l’empereur, que en une épée, un hausse-col à l’aigle d’argent, un sac de campagne en cuir noir, une gourde militaire de coco sculpté, une tabatière ronde dont le couvercle montrait, en cuivre doré, une sous une vitre, Napoléon debout sur le globe terrestre, enfin un petit cadre de bois renfermant son propre portrait en miniature par un de ses collègues en 1794 (6).

 

     Il fut enterré, revêtu de son uniforme bleu à boutons de cuivre et de son shako. L’année suivante, le Conseil Municipal créa un nouveau cimetière et y fit transporter les ossements contenus dans l’ancien qui était situé à coté de l’église, mais le corps du lieutenant Duvaux fut trouvé intact, comme s’il eut été embaumé. Le curé récita pour lui de nouvelles prières, une nouvelle fosse fut creusée pour lui et, comme une compagnie de soldats tenait alors garnison dans le village, elle lui rendit les honneurs. Il les avait mérités. 

 

Xavier BRUN. Au Chateley de Nantey, 1944.

 

    

 

(1)   Berthier, prince de Neufchâtel et de Wagram : Bernadotte, prince de Ponte Corvo ; Davoust, prince d’Eckmühl, duc d’Atterstaedt ; Massena, prince d’Essling, duc de Rivolu ; Ney, prince de la Moskowa, duc d’Elchingen ; Moncey, duc de Conegliano ; Augereau, duc de Castiglione ; Soult, duc de Dalmatie ; Lannes, duc de Montebello : Lefebvre, duc de Dantzick, etc…

 

(2)   Sa famille, établie dès avant 1679 à la Villeneuve, tirait son nom du fief de Vaux (sur Saint-Barain) dont elle avait anciennement cultivé les terres.

 

 

(3)   La révolte s’alluma en Vendée au milieu de mars 1793 et elle gagna bientôt l’Anjou, le Bas-Maine, le Bas-Poitou puis, au début de 1794, la Bretagne. Dans les premières de ces provinces, elle ne se termina qu’au printemps de 1796 et, dans la dernière, que dans l’été de la même année. La lutte prit dès lors, un caractère si féroce que, tant d’un côté que de l’autre, les captifs et les blessés étaient impitoyablement massacrés. En outre, irrités des mille embuscades qui leur étaient dressées, manquant du nécessaire et d’ailleurs fort indisciplinés, les soldats républicains pillaient et incendiaient tous les villages qu’ils rencontraient.

 

(4)   Devenu, au printemps de 1795, chef de toute l’armée des côtes de l’Océan. Hoche se montra non seulement bon général mais encore politique aussi adroit que humain. Il obligea, sans exercer de grandes violences, les paysans  à livrer leurs armes, il rétablit la discipline dans ses troupes, il apprit à ses soldats le respect des mœurs, des idées et de la religion des habitants, bref à force de vigueur et de prudence, il obtint que, dans l’été de 1796, tout l’ouest de la France fut pacifié.

 

(5)   Il convient de se souvenir que l’année 1796 fut marquée par une glorieuse campagne de Bonaparte en Italie (victoires de Montenolle, de Millesimo, de Dego, de Mondovi de Lodi, de Lonato, de Castiglione, de Bassano, d’Arcole) laquelle continua en 1797 (victoires de Ticoli, de Tangliamento, etc.) ; l’année 1798-99 par sa non moins glorieuse expédition d’Égypte et de Syrie (victoires des Pyramides, d’Aboukir) suivie, le 10 novembre 1799 de la chute du Directoire auquel il se substitua avec le titre de premier Consul, pour remédier à la discorde, au désordre et à la misère qui régnaient en France ; enfin, l’année  1800 par une autre brillante campagne du même Bonaparte en Italie où furent remportés notamment les victoires de Montebello et de Marengo.

 

(6)   Sa femme Madeleine vécut jusqu’en avril 1853. Leur postérité directe finit avec leur petite-fille Irma (décembre 1934 – avril 1902) qui a publié sous son nom d’épouse (Mme Ernest Brun) trois livres de poésies intitulés Relais du Pays, Echos de l’Ame, Echos du Monde. Ils furent appréciés par le professeur Boussey à l’Académie de Besançon (Rapports lus aux séances du 22 février et du 17 mai 1900).

 

 

Tu me regardes...

 

Dans notre bulletin n°78 du printemps 2006, nous avons publié un poème de Viviane PAPILLON qui demeurait à La Vieille Loye : « Le vieil Arbre et la mort ». Une nouvelle fois, nous avons le grand plaisir de vous offrir une de ses œuvres.

Depuis cette date Viviane PAPILLON a ‘’fait son chemin’’, voici ce qu’elle nous écrit :
Ma rencontre avec Rémy Démoly et sa gentillesse m'ont permis de débuter avec mon premier poème sur commande dans le Canard sur la Loue.
Ensuite, tout c'est "enchaîné": participation en 2005 à mon 1er concours au Centre culturel Européen (80) avec un 1er Prix "Le poème le plus court", puis un second en 2006 "La plus belle lettre d'Amour"... (En tout 4 de 2005 à 2009).
Février 2008 participation aux Poésiades de Bayonne organisées par l'Institut Académique de littérature francophone : Prix d'excellence « pour Bleu, Blanc, Rouge » (hommage aux Femmes Battues) et en 2009 diplôme "Mention Spéciale"pour Lettres à JF. Au Printemps 2008 Prix à Lure ACALAVO pour "Enfants du Sahel" et participation en sept. 2008 "Aux Mots Doubs" Salon littéraire national à Besançon, (dialogue avec Richard Bohringer). Décembre 2007, 1er Prix de poésie à Choisey (AJA président Jean-Louis Deléglise, écrivain).
Tu me regardes…

Tu me regardes, peureux
Tu me regardes, haineux
Tu me regardes, heureux
Tu me regardes, quels yeux !

Tu me cajoles, mousseux
Tu me cajoles, teigneux
Tu me cajoles, soucieux
Tu te cajoles, yeux bleus..

Et l’on s’endort, les deux…
Mon Chat.

Besançon le 17 novembre 2007

 

 

ENDOGAMIE
 

(Larousse de 1922 : n.f. du groupe endon, au-dedans et damos, mariage. Règle qui, chez certains peuples, défend aux membres d’une tribu d’épouser les membres d’une autre tribu).

L’isolement des villages d’antan, l’absence de moyens de transport, les longs hivers de Franche-Comté et plus précisément du Haut-Jura et du Haut-Doubs pouvaient, à une certaine époque, faire craindre un risque d’endogamie qui aurait régi les alliances familiales locales.

Pour ma part, je me souviens que mon père me racontait les bagarres épiques, il n’y a que 80 ou 70 courtes années, de garçons qui se « taugnaient » dès que l’un d’entre eux tentait de courtiser une fille du village voisin… Les « culs brûlés » de Charquemont pourchassaient les « glorieux » de Damprichard qui « beuillaient » les belles du hameau pourtant éloigné d’à peine 7 kilomètres et vice versa… On rejetait l’étranger ! L’étranger de l’intérieur !

Corporation, mobilité, habitat forestier, provoquaient les mêmes inquiétudes dans le monde des travailleurs du bois. Bûcherons, coupeurs de bois, leveurs d’écorce, vivaient en forêt, isolés des villes et villages. Mais les scieurs de long, les équarisseurs qui œuvraient à leurs côtés, venaient souvent d’Auvergne ou d’autres contrées de France ; nombre d’entre eux épousaient une comtoise et se fixaient sur place adoucissant ainsi cette pratique inévitable et involontaire d’unions matrimoniales entre familles forestières. Il en était de même pour les nombreux réfugiés politiques ou de droit commun accueillis en forêt qui saisissaient cette chance pour repartir du bon pied et former une famille honorable et stable.

 


 

Nos villageois et travailleurs comtois des forêts n’ont eut, eux, rien à redouter d’une quelconque endogamie ; ils ont, en effet, au fil des temps, glané tant d’apports humains enrichissants, venus des Séquanes, des Romains, et bien avant des nombreuses invasions barbares, Burgondes, Varasques, Vandales, Visigoths, Ostrogoth, Alains, Francs, Sarrazins, qui, tour à tour, cheminèrent et vécurent dans cette contrée où beaucoup d’entre eux firent souche. Plus heureux encore, on admet, communément, qu’une colonie de soldats africains du Nil s’est fixée dans le Jura, sous Auguste, quelques années avant la naissance de Jésus-Christ.

N’oublions pas que ce sont des soldats Hongrois et Allemands qui sont venus secourir Dole assiégée par les troupes du prince de Condé en mai 1636… Quelques-uns de ces militaires ne seraient-ils pas restés sur place ?

La guerre de 10 ans (1635-1644) qui a dépeuplé une très grande partie de notre région a permis l’apport précieux de Suisses et de Savoyards qui ont aidé à repeupler notre contrée dévastée. Quelques envahisseurs Suédois sont eux-mêmes restés sur place, certainement fascinés par les paysages ou éblouis par la finesse et le courage de nos Comtoises, ou encore alléchés par les gaudes, les fromages, le bresi et la saucisse fumée… Nous avons bénéficié également, dans d’autres temps de l’histoire, de « locataires » Bourguignons, Croates, Espagnols, Autrichiens, Français, Gens du voyage…

Puis ce furent les conquêtes coloniales suivies des deux guerres mondiales, enfin, de celles d’Indochine et d’Algérie qui apportèrent un sang nouveau. Italiens , Polonais, quelques Russes, Africains du Nord et du Sud, Asiatiques et j’en oublie ! L’indigène du cru est certes de sang mêlé!


Quel fabuleux, bénéfique et florissant patrimoine génétique ont ainsi acquis ces générations de femmes et d’hommes vivant dans notre belle et rude contrée !

L’endogamie régnait plus certainement dans les familles dites « de haute volée » dont le seul but était de préserver leur sang noble et leurs pouvoirs, tout comme chez les grands possédants, pour des motifs évidents de sauvegarde de goussets, de biens et de privilèges. Les nobles qui régnaient sur notre pays avaient depuis longtemps créé l’Europe des alliances avant que l’on ne crée l’Alliance de l’Europe…

A l’instar de nos princes et nantis, les descendants des exécuteurs des hautes-œuvres, étaient pratiquement contraints d’épouser une fille ou un fils de bourreau, ces familles étant victimes de leur sinistre réputation ! Qui donc en effet, aurait osé épouser, aussi belle et dotée soit-elle, une descendante de ces dynasties de bourreaux qui de père en fils et durant de nombreuses générations tenaient office d’exécuteurs ?

De ces multiples et heureux brassages ethniques, croisements et métissages divers, un peuple s’est révélé, formé d’hommes intelligents, ingénieux, durs à la tâche et d’une résistance physique peu commune. Le climat rigoureux, la nature majestueuse, féconde mais exigeante, la terre généreuse et fertile ont d’autre part contribué à affermir cette population quelque peu austère, profondément et traditionnellement attachée au terroir, à ses valeurs anciennes mais tout à la fois résolument tournée vers le futur, la modernité, le monde extérieur.

Si je devais citer quelques noms venus de l’étranger et qui ont tant fait pour notre pays, il me faudrait un livre entier… Examinons simplement les monuments aux morts de nos villages proches : à Chamblay on trouve par exemple FRANCIOLI, BOUKATIM, RAVOYARD ; à Mont-sous-Vaudrey : GIURIATO, ALBERTINI ; PERSONNITAZ César qui résidait à Arbois, maquisard et fusillé le 01.06.1944 à la Citadelle de Besançon etc.

Le monde des arts a donné d’innombrables chefs d’œuvres à nos musées, nos villes, nos églises, venant d’étrangers établis en Franche-Comté… GIACOMOTTI (peintures à l’église de Quingey), Gaspard BARETTA, originaire de Milan (Italie), ingénieur, fournit des plans pour la restauration des remparts de Dole après la première conquête de la Franche-Comté en 1669, longtemps après qu’Ambrogio PRÉCIPIANO, d’une famille originaire de Gavia en Italie, établie en Franche-Comté au XVI° siècle, officier envoyé à Dole pour diriger les travaux des fortifications, 1541, rectifie les plans de ses prédécesseurs et entoure la ville de beaux et solides ouvrages dont plusieurs subsistent. Il arme ensuite la ville de Gray (Haute-Saône) d'une enceinte complète en 1551-1555 puis passe les marchés du boulevard du Pont à Dole en 1560. Charles Quint en récompense de ses éminents services lui octroya la baronnie de Soye en 1555…

J’ai beaucoup voyagé de par le monde, tant en Afrique qu’en Asie, en Amérique du Sud et bien entendu en Europe. Sur tous ces territoires, au sein de civilisations différentes et sous des climats quelques fois difficiles, partout j’ai rencontré des gens merveilleux d’intelligence, de délicatesse et d’esprit remarquable et éminent.

Quelle est ma joie, passant devant une cour de récréation actuelle, de contempler ces enfants de toutes provenances occupés à jouer et rire entre eux, totalement débarrassés de nos vieilles appréhensions inculquées par cette peur du reste du monde qu’avaient nos anciens. Souvenons-nous qu’autrefois, nous avons même pourchassé jusqu’à les brûler, les roux et les rousses, les taxant de sorcellerie… Je suis sincèrement convaincu que, découvrant mieux encore leurs voisins, acceptant la différence, ces jeunes gens, ces jeunes enfants, nous éviteront ces conflits sanglants et désastreux que nos pays ont connus.

Ne mettons pas de frontières à nos Liberté, Égalité, Fraternité !



 

Citations : Une phrase de M. Roger CHIPAUX généalogiste réputé, Ancien Président du Conseil d'Administration du Centre d'Entraide Généalogique de Franche-Comté :
« La découverte et l’acceptation de la diversité de ses propres origines, diversité géographique, sociale, culturelle ou religieuse met un terme immédiat et définitif à toute idée de prétendue race pure et de refus des migrations. Nous sommes tous cousins. Nous sommes tous des descendants de migrants »

L’écrivain Comtois André BESSON, dans son ouvrage «Mon pays comtois», cite avec bonheur Madame Gabrielle POURCHET, Présidente de la République du Saugeais qui a déclaré :
« Nous n’avons pas de frontières. Seuls les pays arriérés sont bornés ».
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En ce qui concerne les savoyards, je vous invite à consulter le site : http://www.demolyremy.fr/ rubrique immigration savoyarde recherches du général F.M. Fournier et listes diverses, beaucoup d’entre vous seront surpris de constater que leur patronyme est issu de Savoie, de Suisse ou d’ailleurs !

Rémy DEMOLY